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La filière papetière doit mieux s'intégrer et s'engager dans l'économie circulaire

Le 10 novembre 2014 par Franck Stassi
* Mots clés :  Recyclage, Papiers
Balle de papier
Balle de papier
Paprec

Dans un récent rapport, le député Serge Bardy propose la création d’une filière élargie à la cellulose, et appelle les acteurs du papier à prendre le tournant de l’économie circulaire.

 

"Il n’existe pas de filière du papier recyclé en France", constate le député Serge Bardy (PS) en ouverture de son rapport "France, terre d’avenir de l’industrie papetière", commandé en janvier dernier par Jean-Marc Ayrault, alors Premier ministre, et présenté en septembre à l’Assemblée nationale. Produit issu d’un processus de production, le papier recyclé doit s’intégrer, selon le rapporteur, à une filière dédiée à la cellulose. Il s’agit de sa proposition phare.

 
La chaîne de valeur du papier représente environ 200 000 emplois. Compte tenu des différents métiers représentés, elle apparaît très fragmentée (bois, production, transformation et distribution de la pâte, imprimerie, tri). Son poids économique (la communication graphique génère 2,3% du produit intérieur brut français) et les enjeux liés aux métiers qui la composent nécessitent qu’elle acquière davantage de visibilité auprès des pouvoirs publics, estime Serge Bardy.
 
La création d’une filière intégrant les différents marchés permettrait de renforcer la collaboration entre les acteurs ayant pour point commun la fibre de cellulose, et d’élargir la réflexion sur les possibilités offertes par la fibre de papier (agrocarburants, nanotechnologies), à l’heure où le secteur est en proie à des difficultés économiques. La réduction de l’outil industriel, notamment marquée en 2013 par la fermeture de l’usine Stora Enzo de Corbehem (Pas-de-Calais), ainsi que la perte de 30% des emplois dans la filière bois-papier-impressions sur la période 2000-2010 témoignent également d’un déficit de compétitivité du secteur en France.
 
Le secteur traverse par ailleurs une phase de transformation. Les papiers d’emballage, d’hygiène et spéciaux se portent mieux que les papiers graphiques (écriture, presse…), qui représentent 36% de la production française. "Cette contraction est liée au contexte économique ainsi qu’à des raisons structurelles : l’utilisation d’autres supports pour transmettre de l’information", expliquait en juin dernier à L’Usine Nouvelle Paul-Antoine Lacour, délégué général de l’union française des industries des cartons, papiers, et celluloses, Copacel.
 
A l’instar des trente-quatre plans industriels mis en œuvre par le précédent gouvernement, Serge Bardy définit trente-quatre chantiers auxquels cette filière nouvelle pourrait rapidement s’atteler. Il s’agit ainsi de créer un portail dédié au profilage des professionnels, standardiser la consigne de tri sur l’ensemble du territoire, interdire la mise en décharge des vieux papiers, obliger à l’installation d’un dispositif de tri à la source dans les logements neufs, sécuriser les paiements entre les industriels et les récupérateurs, intégrer des clauses environnementales aux appels d’offres publics, porter un projet cellulose selon une logique de pôle de compétitivité, ou bien encore réfléchir à l’évolution des labels certifiant l’éco-responsabilité des produits.
 
L'économie circulaire, clef de voûte des propositions
 
La deuxième proposition consiste à dessiner de nouvelles perspectives pour cette filière, au moyen de l’économie circulaire. Cette définition d’un modèle basé sur la croissance sans l’épuisement des ressources naturelles ainsi que sur la création d’emplois non délocalisables "semble apporter des réponses et des pistes valables de sortie de crise". Ecofolio, l’organisme interlocuteur des émetteurs de papiers, a recyclé 49% des papiers en 2013. Cette part doit être portée à 60% en 2018. La part des papiers et cartons recyclés après usage s’est quant à elle élevée à 81,6% en 2013. "Pour l’accroître, il faut agir sur des gisements peu mobilisés actuellement, comme les papiers bureautiques qui sont encore insuffisamment récupérés. Il faut également réduire les coûts de collecte", estimait Paul Lacour, délégué général de Copacel, auprès de L’Usine Nouvelle.
 
"Passer du déchet à la ressource constitue un enjeu capital pour le déploiement de l’économie circulaire", rappelle pour sa part Serge Bardy dans son rapport. L’efficacité du geste de tri est au centre du problème : les flux fibreux (papier journal, revues et magazines, cartons d’emballage non-souillés) sont souvent mélangés aux plastiques, aciers et métaux, ce qui nécessite davantage de tri – une source de coûts supplémentaire – et dégrade la qualité des matériaux. Séparer à la source les flux fibreux et non-fibreux constitue donc un objectif prioritaire pour la filière. L’harmonisation des consignes de tri concourrait à cet objectif, au même titre qu’un renforcement du dispositif de promotion du tri. De plus, une interdiction de la mise en décharge des vieux papiers – où les flux fibreux sont méthanisés ou brûlés – permettrait d’accroître les quantités mises à disposition des industriels.
 
S’appuyer sur l'économie sociale et solidaire
 
L’engagement de la filière dans la voie de l’économie circulaire transite également par son organisation en termes de ressources humaines. Il s’agit de "bâtir l’intelligence humaine de demain" au moyen d’une évolution des métiers et des compétences. L’automatisation de l’outil industriel peut favoriser la compétitivité du secteur et contribuer à réduire la pénibilité des tâches effectuées. Un appui renforcé aux acteurs de l’économie sociale et solidaire peut aussi jouer en faveur de l’emploi et de l’insertion, grâce à leur objectif d’être viables économiquement tout en étant performants socialement. Ceux-ci sont nombreux à ne pouvoir réaliser les investissements nécessaires à leur développement (véhicules de collecte, presses à balles…). "Le papier comme le bois se prêtent bien en France à une économie circulaire, puisque nous disposons en abondance de ces ressources, mais que nous n’en tirons pas suffisamment de valeur ajoutée au profit de nos territoires", conclut le rapporteur.
 
A la suite de la remise de ce rapport, la ministre de l’Écologie, du Développement durable et de l’Énergie Ségolène Royal a annoncé vouloir harmoniser progressivement les consignes de tri, un objectif inséré dans la loi sur la transition énergétique, et généraliser le tri du papier par les entreprises.

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