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L’Inox dérouille

Le 16 septembre 2011 par Daniel Krajka
* Mots clés :  Métaux ferreux


Concurrencés par les aciéristes asiatiques, les producteurs européens d’acier inoxydable ont perdu leurs avantages concurrentiels et doivent réagir rapidement

 Markus Moll, le directeur du consultant spécialisé, basé à Vienne, SMR (Steel & Metals Market Research) n’était pas venu pour faire plaisir aux participants à l’International Stainless Steel Summit organisé par le Metal Bulletin, qui s’est tenue à Munich la semaine dernière. Il a tout d’abord souligné que la profitabilité des produits plats en acier inoxydable – moins de 100 euros d’ebit par tonne – était insuffisante en Europe. Ce segment représente un chiffre d’affaires d’environ 80 milliards de dollars sur les 100 milliards du marché global de l’Inox. Et en moyenne, les marges pour les producteurs de matière premières sont sept fois supérieures à celles des producteurs d’Inox. Le marché européen a subi une forte hausse des importations qui a participé à la baisse des prix de base des aciers 304, laminés à froid, tombés sous les 1 100 euros par tonne.


Pour Markus Moll, la sidérurgie inoxydable européenne souffre de trois problèmes majeurs. Globalement, ce secteur est pénalisé par un taux d’utilisation de ses capacités insatisfaisant. « Il y a des fonderies qui doivent être éliminées », affirme-t-il. En Europe, les capacités devraient fondre de 8 millions de tonnes (Mt) actuellement à moins de 6 Mt en 2015. Les autres régions – Japon, Taïwan, Corée – devraient également connaître des réductions de capacités, mais la sidérurgie indienne poursuivra sa croissance. Aux Etats-Unis, malgré des fermetures, les capacités poursuivront leur développement. La Chine, qui ne représentait pas plus de 3% de l’offre mondial d’Inox en 2000 en assurait l’an dernier 38%. Une part qui devrait grimper à 43% d’ici à 2015, prévoit RBS.


Les perspectives ne sont pas entièrement négatives, il n’est pas besoin que les aciéristes fassent faillite et le nombre d’acteurs pourrait augmenter. Mais il y aura peut-être des scissions dans les groupes, conjecture Markus Moll, précisant que l’heure était à la réorganisation du secteur en Europe.
 

Le deuxième problème pour l’industrie européenne est qu’elle n’est plus leader sur les coûts de production. En utilisant la fonte de nickel, les aciéristes chinois ont aujourd’hui un avantage concurrentiel qui ne doit guère à des salaires largement plus bas. L’utilisation de fonte de nickel – produite à partir de minerai à très basse teneur, importé d’Indonésie, des Philippines ou de Nouvelle-Calédonie – leur donne un avantage concurrentiel de 600 à 700 dollars par tonne de métal. Il y a quelques années, les aciéristes chinois utilisaient des vieux haut-fourneaux pour faire une fonte à 4% de nickel. Ils ont ensuite raffiné le métal pour obtenir une fonte à 10% de teneur. Utilisant une nouvelle technologie (RKEF, four rotatif de réduction et four électrique de fusion), les unités les plus modernes produisent une fonte à 20%, proche d’un ferronickel standard.

Il y a en Chine environ 50 producteurs de fonte de nickel, estime Moll, 60% d’entre eux utilisant des haut-fourneaux, les autres des fours électriques. China Nickel Ressource vient même de construire une nouvelle unité en Indonésie qui devrait entrer en production cette année. Leurs coûts de production varient entre 12 000 et 20 000 dollars par tonne. Malgré cet avantage en termes de coûts, cette technologie est particulièrement nuisible sur le plan environnemental. « Si l’on est sérieux avec l’environnement, la fonte de nickel n’est pas la solution. Si la Chine utilisait des scraps d’Inox comme les autres pays, ils réduiraient sensiblement les émissions de CO2 », souligne l’analyste.

Troisième problème, pointe Markus Moll, les producteurs asiatiques ont d’importants programmes d’augmentations de leurs capacités dans les produits plats. Pas moins de 13 des 20 plus importants acteurs du secteur sont asiatiques. Encore groupés aux places 4, 5, 7 et 8, les Européens – TK Stainless, Acerinox, Aperam, Outokumpu – vont voir leur part diminuer fortement lorsque les chinois Tisco et Baosteel auront concrétisé leurs ambitions.


Les aciéristes européens doivent réagir, met en garde Moll qui avance trois solutions. D’ici à 2015, ils pourraient procéder à une consolidation, ramenant leurs capacités de 8,3 à 5,7 Mt. Ce qui permettrait à leurs capacités d’utilisation de dépasser les 80%. Une autre voie est d’investir dans l’amont, ce qui pourrait réduire la volatilité des prix des alliages. Le coréen Posco, le numéro un de l’acier inoxydable, possède ainsi sa propre usine de ferronickel alimentée par un partenariat avec la SMSP en Nouvelle-Calédonie. Il a aussi un partenariat dans le chrome avec le sud-africain Samancor, dans le molybdène avec General Moly et une participation dans le producteur brésilien de niobium, CBMM. Enfin, conseille le consultant, il est temps pour l’Europe d’imposer des sanctions contre les entreprises qui violent les accords de l’OMC. Les entreprises chinoises d’Etat ont accès à des prêts avec un taux de 0,6%, une subvention déguisée par rapport à ses concurrents obligés de se financer sur les marchés de capitaux.


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