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La substitution, une menace pour certains producteurs

Le 22 octobre 2013 par Daniel Krajka
* Mots clés :  Commodités


L'évolution des technologies, des prix trop élevés, de nouvelles règlementations ou de trop grands risques sur les approvisionnements menacent la place de certaines matières premières par des substitutions.


La substitution d'une matière pour une autre dans l'industrie prend de nombreuses formes et peut avoir un effet important, tant sur un marché que sur les entreprises impliquées, rappelle le cabinet d'études EY dans une récente étude sur les gueules de bois du "supercycle" pour les compagnies minières et pétrolières. "Le supercycle a été sans précédent tant dans son ampleur que dans sa durée. Cette singularité a planté les germes des prochaines perturbations pour le mode de fonctionnement des entreprises",  résume Bob Stall, un responsable mines et métaux d'EY aux États-Unis. Dans ce contexte changeant, les sociétés concernées doivent réagir rapidement. "Nous pensons tous avoir le temps pour réagir quand le moment viendra. Mais, c'est comme avec une balle, vous êtes touché avant de l'avoir entendue", met en garde le responsable de la recherche mines et métaux du consultant, Mike Elliott. 
 
L'exemple le plus frappant a été la montée en puissance des gaz de schiste sur le marché américain. Le charbon thermique, qui assurait 50% de la production d'électricité du pays en 2002 – alors que le gaz naturel n'en générait que 18% –, n'en produisait pas plus d'un tiers dix ans plus tard, alors que la part du gaz avait bondi à 30%. L'effondrement des cours du gaz naturel provoqué par l'irruption du gaz de schiste avait massivement incité les producteurs d'électricité à abandonner le charbon. Cette tendance avait été amplifiée par les directives de l'État visant à limiter les émissions de CO2 ainsi que par l'utilisation de nouvelles technologies telles que la fracturation et le forage horizontal.  Ayant fermé une cinquantaine de mines en deux ans, les producteurs de charbon se sont diversifiés dans le charbon métallurgique et le gaz naturel. 
 
 
Ne trouvant plus de débouchés aux États-Unis, le charbon thermique a été massivement exporté vers l'Asie et l'Europe. Dans cette dernière zone, il a rudement concurrencé le gaz naturel, plus cher, malgré les préoccupations environnementales affichées par les autorités. Devant l'afflux de volumes additionnels, les producteurs américains de gaz envisagent d'exporter leur produit sous forme liquéfiée vers l'Europe. Ces exportations devraient rééquilibrer les prix du gaz, les renchérissant en Amérique du Nord et les abaissant dans le reste du monde. A long terme, la Chine, qui dispose de très importantes réserves de gaz de schiste, devrait augmenter la part du gaz dans son mix énergétique. L'État intervient à nouveau en limitant la consommation de charbon à 4 milliards de tonnes par an en 2015. 
 
Substitutions dans les métaux 
 
D'autres mouvements importants de remplacement d'un métal par un autre sont en cours. Dans l'industrie automobile, ce sont encore les nécessités de réduire les émissions et la consommation de carburant, qui favorisent l'utilisation de l'aluminium aux États-Unis. Si dans les autres pays, la baisse de poids des véhicules passe par l'utilisation grandissante des aciers à forte résistance, aux Etats-Unis, c'est l'utilisation du métal léger qui est favorisée. D'autres matières comme le magnésium, la fibre de carbone et d'autres matériaux composites entreront également dans la fabrication des nouveaux véhicules. Subissant des cours bas, conséquence de la surproduction par rapport à la demande, les aluminiers ont identifié le marché automobile comme facteur de développement. 
 
 
Avec une demande soutenue et une offre limitée par l'appauvrissement du minerai extrait et les coûts d'investissement colossaux nécessaires à l'ouverture de nouvelles mines, le cuivre est celui des métaux de base dont les cours sont les plus éloignés de ses coûts de production. Les industries utilisatrices ont par conséquent tenté de réduire leurs besoins en métal rouge, diminuant de 400 000 à 500 000 tonnes par an leur consommation, affirme EY.  L'utilisation du graphène (souvent allié au cuivre) pour les connexions électroniques, de l'aluminium pour les climatiseurs et autres appareils produisant du chaud ou du froid, augmentent rapidement. Si le cuivre est encore sans concurrent dans la moitié de ses applications, son prix, passé du double à plus du triple de celui de l'aluminium, le rend vulnérable dans de nombreuses applications. 
 
 
L'utilisation de la fonte de nickel en Chine a déjà largement réduit la place du nickel, faisant plonger ses cours, alors que nouveaux complexes de production arrivent au stade de l'exploitation. Sensiblement plus cher que le palladium, le platine a vu son utilisation réduite au profit de celle de l'autre platinoïde dans la fabrication de catalyses pour l'industrie automobile. La substitution progressive tend à soutenir les cours du palladium et à déprimer ceux du platine. Dans les terres rares, la prise de conscience de la dépendance vis-à-vis de la Chine a incité les utilisateurs à chercher des solutions alternatives. Face à l'envol des prix General Motors a réussi à fortement limiter l'utilisation de dysprosium dans la fabrication des batteries destinées à sa Volt. Plus radical, Toyota va utiliser des aimants au samarium-cobalt en remplacement de ceux au dysprosium-néodyme. 
 
Le supercycle a entraîné pendant une longue période une "prime de pénurie" relative pour certains métaux, suffisamment conséquente pour inciter les industries utilisatrices à trouver des alternatives. "Les compagnies intelligentes veillent activement aux risques de substitution et ont mis en place des stratégies évolutives de gestion de ces risques", explique Christian Mion, l'associé d'EY, responsable mines de la région Europe, Moyen-Orient, Inde, Afrique. Les entreprises les plus vulnérables sont celles qui dépendent d'un seul produit ou dont les profits sont trop liés à une seule matière.

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