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L'amidon de manioc, un marché à forte valeur ajoutée

Le 20 décembre 2006 par Rédaction L'Usine Nouvelle

Selon les recommandations de la FAO, les pays producteurs de manioc devraient se tourner vers la fabrication d'amidon.

Chaque année, 60 millions de tonnes d'amidon sont extraits de céréales, de racines et de tubercules. Seuls 10 % de cet amidon sont tirés du manioc, une culture qui sert d'aliment de base à des millions de personnes à faible revenu vivant en Afrique, en Asie et en Amérique latine.

La production mondiale de manioc s'établit à environ 200 millions de tonnes par an. Dans un rapport, la Food and Agriculture Organization (FAO) affirme que de nombreux pays en développement pourraient renforcer leurs économies, et ainsi accroître les revenus des agriculteurs, en consacrant une plus grande partie de cette culture bon marché en amidon à valeur ajoutée. « Le manioc donne un amidon tout à fait excellent, explique Danilo Mejia, ingénieur agronome à la division des systèmes de soutien à l'agriculture de la FAO. Par rapport aux amidons issus de la plupart des autres plantes, il a une limpidité et une viscosité supérieures, et il dénote une grande stabilité dans les aliments acides. »

Comme culture, le manioc présente des avantages de production tels les rendements à l'hectare, la tolérance à la sécheresse et aux sols dégradés. Comme source d'amidon, il est hautement compétitif : la racine contient plus d'amidon, en poids sec, que presque toutes les autres cultures vivrières, et il est facile à extraire à l'aide de technologies simples. De plus, les prix à l'exportation, actuellement de 225 dollars la tonne pour la fécule superfine de Thaïlande, sont plus bas que ceux de la fécule de pomme de terre, de maïs et de blé produite dans l'Union européenne et aux Etats-Unis. Cependant, si la demande mondiale d'amidon de manioc n'a cessé d'augmenter au cours des 25 dernières années, seule la Thaïlande a effectué la transition vers des produits destinés à l'industrie de transformation.

En dehors du Nigeria et de l'Afrique du Sud, l'industrie d'extraction de l'amidon est quasiment inexistante en Afrique, qui produit pourtant plus de 100 millions de tonnes de manioc par an. « Dans la majorité des pays d'Afrique tropicale, la racine de manioc est une denrée de base qui constitue une réserve importante en cas de perte d'autres cultures vivrières, et de plus en plus une culture de rente pour le marché urbain, indique NeBambi Lutaladio, du service des cultures et des herbages de la FAO. Les politiques gouvernementales ne tendent guère à promouvoir la production d'amidon de manioc, même si plusieurs pays importent des amidons qui pourraient être produits localement. » Selon l'étude, les pays tropicaux importent chaque année de l'amidon de maïs pour une valeur supérieure à 80 millions de dollars, alors que la quasi-totalité des importations pourraient être remplacée par de l'amidon de manioc local.

« Par ailleurs, poursuit Lutaladio, il n'existe aucune tradition publique de recherche et développement, et le secteur privé rechigne à investir dans la recherche pour améliorer les technologies de transformation du manioc à cause du manque de protection des brevets. » La mise en place d'une amidonnerie moderne coûte un capital de 8 à 10 millions de dollars et des fonds supplémentaires pour couvrir les coûts de gestion durant les premières années. De plus, Lutaladio explique qu'une industrie viable d'extraction en Afrique « nécessite des mécanismes de cultures sous contrats et de vastes plantations utilisant des variétés à haut rendement et des technologies après récolte capables de traiter de grandes quantités de matières premières ». Actuellement, la culture de manioc est le fait de petits cultivateurs qui préfèrent vendre leur production en tant qu'aliment lorsque les prix du marché du frais sont élevés.

L'exemple de la Thaïlande

La Thaïlande est  le premier producteur mondial d'amidon de manioc. Son industrie a démarré il y a à peine 50 ans et s'est rapidement développée dans les années 1990.  Le programme gouvernemental de promotion de l'amidon de manioc a permis l'introduction de variétés à haut rendement mises au point à partir de croisement entre les espèces locales et d'Amérique latine. En 1996, le manioc amélioré couvrait 380 000 hectares, soit près du tiers de la surface cultivée en manioc du pays. Le manioc amélioré produit aujourd'hui jusqu'à 20 tonnes de racines à l'hectare pour une production totale de 36 millions de tonnes par an. La Thaïlande utilise 50 % de sa récolte (18 millions de tonnes) pour en extraire environ 2 millions de tonnes d'amidon. La moitié est exportée vers le Japon et Taïwan de plus en plus sous forme d'amidon modifié à haute valeur ajoutée.

Le pays se penche également sur l'utilisation de l'amidon comme matière première pour la fabrication d'éthanol carburant. La principale société pétrolière thaïlandaise vient d'annoncer la réalisation d'une étude de faisabilité pour utiliser le manioc dans une usine visant à produire un million de litres de biocarburant par jour. Selon l'étude, une tonne de manioc ayant une teneur de 30 % en amidon pourrait donner 280 litres d'éthanol à 96 %.

« La Thaïlande a montré ce qui peut être accompli en tirant parti d'une main-d'œuvre bon marché, de faibles coûts de transport et d'une commercialisation efficace des produits. Si davantage de pays considéraient le manioc comme un produit de base stratégique pour l'industrie, cela favoriserait le développement de leurs secteurs alimentaire, agricole et industriel, et contribuerait en outre à l'emploi rural et urbain. Toutefois, la clé de la réussite pour les nouvelles entreprises voulant pénétrer sur ce marché sera un capital suffisant et des approvisionnements réguliers d'amidon répondant aux spécifications des utilisateurs, le tout à un prix compétitif », conclut Lutaladio.

Pascal Coesnon


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