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ArcelorMittal développe sa mine au Canada

Le 03 septembre 2014 par Daniel Krajka
* Mots clés :  Mines


Les ambitions minières d'ArcelorMittal coïncident avec une croissance accélérée de l'offre des grandes compagnies minières au Brésil et en Australie.


Le numéro un mondial de l'acier, ArcelorMittal, est également une compagnie minière importante avec 29 mines réparties dans 11 pays, a rappelé Pierre Lapointe, le directeur général excellence opérationnelle d'ArcelorMittal Mines Canada lors du Media Day organisé le 2 septembre à Paris. Ce sont avant tout des mines de fer mais le sidérurgiste détient également des mines de charbon métallurgique et même un projet dans le manganèse en Afrique du Sud. Le complexe minier de Mont-Wright dans le Québec, avec ses 2 800 salariés, constitue son plus important actif dans le minerai de fer. Le groupe peut ainsi alimenter ses hauts-fourneaux en France, en Pologne au Mexique et bien sûr Dofasco au Canada. Il assure à lui seul 36% des 67 millions de tonnes (Mt) de de minerai de fer produit par le groupe. 
 
Le gisement situé dans la fosse du Labrador est relié au port en eau profonde de Port Cartier par une ligne de chemin de fer de 420 km qui lui appartient. Un millier de salariés travaillent sur cette mine d'une superficie de 24 kilomètres carrés qui dispose d'un concasseur et d'un concentrateur. Les réserves et ressources y sont de près de 725 millions de tonnes de minerai brut à une teneur en fer d’environ 30%. Le minerai est foré puis fragmenté par explosion, avant d'être chargé sur des tombereaux de 400 tonnes, a expliqué Lapointe. Il est ensuite concassé, broyé et concassé. Purgé de son eau, le minerai est chargé sur les trains qui l'emporteront à Port-Cartier, à 420 km plus au sud. 
 
Un culbuteur décharge le minerai qui prend trois directions: l'usine de bouletage, les aires de stockage ou le port. Deux tiers du minerai sont enrichis, broyés, filtrés, agglomérés, tamisés et cuits à 1 300° sur les deux lignes de l'usine. Des convoyeurs souterrains et aériens transportent ensuite le minerai jusqu'aux aires de stockages, puis jusqu'au port privé, l'un des plus importants de ce type du Canada, capable d'accueillir sur ses cinq quais des vraquiers capesize. 
 
Dans le cadre du "Plan Nord" – programme de développement de la partie nordique du Québec – ArcelorMittal avait annoncé le 20 mai 2011 l'agrandissement de son complexe minier de Mont-Wright et des travaux additionnels à Port-Cartier. L'ajout de 23 tombereaux de 400 tonnes, de 6 pelles et de 6 foreuses ainsi que la construction d'un nouveau concentrateur et l'agrandissement de diverses installations devaient porter les capacités d'extraction de 16 Mt à 24 Mt. L'achat de 5 locomotives et de 320 wagons, la construction de 24 km de voies d'évitement ainsi que l'ajout d'un deuxième chargeur de minéralier ont donné au projet la logistique nécessaire. ArcelorMittal a pris soin d'obtenir le soutien des populations locales pour développer son projet, signant un accord d'entente avec les représentants de la communauté d'Uashat Mak Mani-Utenam. 
 
Le projet dont l'étude avait commencé en 2010 a été achevé dans les délais prévus et la production a atteint les 24 Mt annuels, a souligné Lapointe, malgré les difficultés à travailler dans un environnement qui subit des températures de moins 40° durant l'hiver. Le budget d'investissement n'a pas été dépassé. Interrogé sur les conséquences pour cette mine de l'effondrement du prix du minerai de fer, Pierre Lapointe a souligné que l'extension de Mont-Wright a permis une augmentation de la productivité de 19% entre 2011 et 2014. Entre 2013 et 2014 les coûts ont également été réduits d'environ 20%. Filiale d'un sidérurgiste, la mine peut profiter de cette position privilégiée, explique Pierre Lapointe. L'usure des chenilles des pelles – 1,8 million de dollars par pelle, et il y en a cinq sur le site – a été réduite de 25% en faisant appel aux compétences du sidérurgiste. 
 
Un environnement difficile pour le minerai de fer 
 
A terme, nous pouvons produire 28 à 30 Mt de minerai, sans investissement important, a expliqué Pierre Lapointe. Une production additionnelle qui sera pour moitié absorbée par les hauts-fourneaux du sidérurgiste ou sera dirigée vers l'Asie par Posco, le sidérurgiste coréen, partenaire à hauteur de 15% dans le site. L'objectif de production d'ArcelorMittal pour 2015 est de 84 Mt. Un volume qui ne lui permettra pas de devenir le numéro quatre du secteur derrière les trois géants, le brésilien Vale et les anglo-australiens Rio Tinto et BHP Billiton. Un nouveau venu, l'australien Fortescue Metals, a déjà produit 125 Mt lors de l'année fiscale qui s'est terminée en juin 2014. Il vise à court terme les 160 Mt. Les trois grands, qui bénéficient de coûts de production plus bas que leurs concurrents, veulent saturer le marché et obliger une grande partie des mineurs chinois à se retirer. 
 
Malgré la chute des prix du minerai sous les 90 dollars la tonne, ils profitent encore de marges confortables grâce à des couts qui ne dépassent guère les 20 dollars par tonne. Tablant sur une demande chinoise qui devrait continuer à court terme à s'apprécier, ils visent une nouvelle hausse brutale de leur offre: de 306 Mt à 450 Mt d'ici à 2018 pour Vale, de 225 à 290 Mt pour BHP Billiton et de 266 Mt à 360 Mt pour Rio Tinto. Si l'on inclut les 55 Mt du projet minier australien Roy Hill – lancé par la milliardaire australienne Georgina Hope Rinehart – et les 26,5 Mt du projet d'Anglo American Mina Rio, ce sont près de 400 Mt qui devraient être ajourées à l'offre mondiale de minerai de fer. Assez pour submerger le marché, malgré l'appétit des sidérurgistes chinois. 
 
Le prix du minerai de fer culminait à plus de 190 dollars la tonne en février 2011. Il est tombé sous les 90 dollars sous l'effet conjoint du ralentissement de la sidérurgie chinoise, qui ne croit plus qu'à un rythme annuel de 2% par an contre 7,5% précédemment, et de l'augmentation brutale de l'offre des géants du secteur. Ce marché pourrait bien se retrouver dans la situation du charbon thermique. Les grandes compagnies minières avaient également joué la hausse de la production pour baisser leurs coûts unitaires et éliminer leurs concurrents. Depuis début 2011, le prix du charbon- vapeur a baissé de moitié et devrait stagner longuement sous les 70 dollars.
 

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