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20 milliards d'investissements pour le fer de Guinée

Le 27 mai 2014 par Daniel Krajka
* Mots clés :  Mines


Rio Tinto et Chinalco ont trouvé un accord avec le gouvernement guinéen pour développer le riche gisement ferreux de Simandou. Les 100 millions de tonnes de minerai qui le gisement pourrait déverser sur le marché devraient peser sur les prix.


Le gouvernement guinéen et ses partenaires ont finalement signé le 26 mai à Conakry le contrat cadre pour le développement des blocs 3 et 4 du gigantesque gisement ferreux de Simandou. Outre Sam Walsh, le directeur exécutif de Rio Tinto, Liu Caiming, le directeur financier de Chinalco, et Jin-Yong Cai, le directeur général de la Société financière internationale, associés dans la coentreprise Simfer, l’évènement a rassemblé le président de la République, Alpha Condé, des membres du gouvernement, des diplomates accrédités, des représentants de la société civile ainsi que des dirigeants des syndicats patronaux et salariés.
 
"Ce cadre d’investissement est composé de deux conventions et d’accords commerciaux. Il s’agit en particulier de la convention de base amendée qui est le résultat de la consolidation de la convention de base d’origine et de l’accord transactionnel signé avec les partenaires en 2011 qui prend en compte les évolutions du contexte du projet. La seconde composante est la convention BOT (Build Operate and Transfer). Cette convention qui est le véhicule à travers lequel seront réalisées les infrastructures nécessaires à l’évacuation du minerai de fer provenant de la mine du Simandou sud. Ces infrastructures se composent principalement de voies ferroviaires longues de 650 km traversant les quatre régions naturelles du pays et d’un port en eau profonde dans la préfecture de Forécariah", a détaillé le ministre des Mines et de la Géologie, Kerfalla Yansané. 
 
Ces infrastructures multi-usages et multi-utilisateurs permettront le transport de matières agricoles et de marchandises diverses. Elles participeront au développement économique du corridor. Après une période d'exploitation de trente ans, elles seront rétrocédées gratuitement au pays. Lorsque la mine atteindra sa pleine capacité, ce sont 45 000 emplois qui pourraient être créés, directement et indirectement. "Ce projet est le plus grand projet intégré mine-infrastructures, jamais développé en Afrique", a fait remarquer le ministre des Mines et de la Géologie. Sans compter les retombées financières liées aux impôts, taxes et autres redevances qui pourraient assurer à l’Etat, au cours des dix prochaines années, des revenus d’environ quatre fois son budget annuel. Le projet a le potentiel doubler, voire tripler le PIB du pays avec un taux de croissance à deux chiffres, s'est réjoui Kerfalla Yansané.  
 
Reste à finaliser le projet en concluant l'étude de faisabilité et en bouclant le financement des infrastructures. Un projet de cette taille exigeait une vision à long terme et de la patience, a rappelé Sam Walsh, le directeur exécutif de Rio Tinto. "Aujourd’hui nous sommes réunis au nom de quelque chose de bien plus important qu’un simple document ou même qu’une mine ou un chemin de fer", a expliqué le dirigeant, soulignant qu'il revenait au peuple de Guinée de décider si le cadre d’investissement devait avoir force de loi. "Le défi immense qu’il représente n’est pas seulement celui des partenaires de Simfer, il est aussi celui du gouvernement qui doit se doter de toutes les capacités pour pouvoir faciliter sa mise en valeur, a répondu le président Alpha Condé. Mon souhait le plus ardent est que ce projet soit non seulement un modèle pour la Guinée mais aussi un modèle pour le continent africain pour une gestion responsable des ressources naturelles dans la quête de prospérité et de réduction de la pauvreté. "
 
L’Etat guinéen, qui possède déjà 7,5% de la société d’exploitation des gisements Simfer, pourra augmenter sa participation à 35% sur vingt ans, dont 7,5% gratuitement, 10% à un coût historique, et 10% à la valeur du marché. Les autres partenaires de Simfer sont actuellement Rio Tinto (46,57%), Chinalco (41,3%) et la SFI (4,625%). Le projet ne paiera pas de taxes pendant ses huit premières années d'exploitation. Le taux de prélèvement sera ensuite de 30% sur les profits de Simfer et de la compagnie en charge des infrastructures. Les royalties seront de 3,5% et une contribution de 0,25% du chiffre d'affaires sera versée aux populations locales. 
 
Surabondance de minerai de fer 
 
Selon le ministre, le gisement qui contient 2 milliards de tonnes nécessitera 20 milliards de dollars d'investissements pour une production annuelle de 100 millions de tonnes (Mt) de minerai de fer. A 200 dollars par tonne, Simandou est loin d'être le moins cher des projets lancés par Rio Tinto, note Adrian Wood de Macquarie. Son coût d'investissement est notamment supérieur d'un tiers à son actuel développement dans le Pilbara qui va lui permettre de porter à 360 Mt sa production annuelle dans la région. Rio justifie son investissement en Guinée par la qualité du minerai extrait, en particulier sa faible teneur en phosphore. En mélangeant ce minerai à celui extrait du Pilbara – dont la teneur en phosphore est en forte augmentation – Rio optimiserait son minerai vendu aux sidérurgistes chinois. 
 
Pour limiter ses dépenses d'investissement, Rio cherche de nouveaux partenaires qui prendraient en charge la construction et l'investissement dans les infrastructures. L'analyste souligne cependant que l'arrivée du minerai du Simandou sur le marché, vers 2021, pèsera sur les prix et donc sur la profitabilité des compagnies minières. Pour Chinalco, bras armé de l'Etat chinois, la hausse de l'offre permettra aux sidérurgistes chinois de s'approvisionner à meilleur prix en desserrant l'étau des grandes compagnies minières. En ne contrôlant pas la logistique, Rio va permettre à d'autres groupes de se développer dans la région, ajoutant encire à l'offre de minerai de fer.

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