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« Sur les matières premières, l’échelon pertinent c’est l’Europe »

Le 30 mai 2012 par Daniel Krajka
* Mots clés :  Entretien


ENTRETIEN 

Deuxième partie d’un entretien avec Patrice Christmann, directeur-adjoint en charge de la stratégie des ressources minérales, Direction de la Stratégie du BRGM.

 

Quel rôle joue le comité pour les métaux stratégiques dans ce contexte ?
Le comité a pour mission essentielle d'assister le ministre chargé des matières premières dans l'élaboration et la mise en œuvre de la politique à l'égard des métaux stratégiques en vue de renforcer la sécurité d'approvisionnement nécessaire à la compétitivité durable de l'économie française. Il a non seulement un caractère interministériel mais aussi un rôle de concertation étroite avec les acteurs économiques. Et l'une de ses tâches est d'ailleurs de contribuer à sensibiliser les acteurs industriels qui ne l'étaient pas tous encore, et leur apporter des informations relatives aux matières premières minérales, informations dont ils peuvent avoir besoin sans toujours pouvoir les obtenir facilement jusqu'à présent. Si, hors conflits, il n’y a pas de rupture d’approvisionnements, il y a néanmoins des tensions importantes sur les prix. A titre d’exemple, les hausses des matières premières – 20% de son coût moyen de production –  ont réduit d’environ un milliard d’euros les résultats 2011 de l’industrie automobile en France.

Que pensez-vous de la constitution de stocks stratégiques ?
Après la chute du mur de Berlin, les Etats-Unis se sont retrouvés avec des volumes pléthoriques de métaux dit stratégiques, achetés au prix fort. Ils les ont massivement soldé depuis, ce n’est donc pas une assurance tout temps. Les stocks sont difficiles à gérer par des Etats. La criticité des matières ne cesse d’évoluer. C’est comme tirer sur des cibles mouvantes, dans l’obscurité, en sortant d’une réunion arrosée. Vous n’êtes jamais sûr de stocker le bon produit au bon moment.

Que font les autres pays pour se protéger ?
Le Japon, qui est encore plus endetté que la France, investit chaque année plusieurs centaines de millions de dollars dans l’intelligence économique, et dans la prise de participations dans les entreprises d’exploration ou dans des gisements – niobium au Brésil, dernièrement –. Le Japon a créé le 29 février 2004 le JapanOil, Gas and Metals National Corporation ou Jogmec pour cette tâche. Ces prises de participation facilitent ensuite la participation au tour de table des sociétés des grandes maisons de commerce japonaises. La Corée et l’Allemagne disposent de structures équivalentes, le Kores et le DERA (Deutsche Rohstoffagentur). En Allemagne une douzaine d’entreprises se sont récemment associées autour de la problématique de l’approvisionnement en matières premières. Ce sont des exemples intéressants. Il faut partager les informations et les efforts, il y a besoin de collaboration entre les centres de connaissances liés aux pouvoirs publics et les acteurs industriels. Beaucoup sont des PME, dont le rôle est critique dans les chaînes d’approvisionnement des grands groupes industriels. Une PME qui disparaît cela peut-être la disparition d’un savoir-faire très rare, en métallurgie ou en usinage par exemple. Cela peut représenter un problème sérieux pour l’industrie aval. La perte de savoir-faire et de brevets pour la production d’aimants permanents dans les pays occidentaux, l’ultra domination asiatique dans ce domaine est un problème industriel très sérieux.

L’Europe n’est-elle pas plus adaptée à cette problématique ?
Un projet minier moyen requiert 350 millions de dollars pour entrer en production. Et certains atteignent 5, voir plus de 10 milliards de dollars. La seule étude de faisabilité du projet terres rares Kvanefjeld, au Groenland coûterait 64 millions. Et ensuite il faut trouver le métallurgiste pour traiter le minerai. C’est pourquoi pas plus de 4 à 6 projets vont aboutir dans les terres rares, dont deux sont déjà connus, Lynas et Molycorp.
Le Conseil vient de lancer un appel d’offre pour mettre à jour l’étude 2010 sur les métaux critiques d’ici à 2013. Ces mises à jour seront effectuées tous les 3 ans.
Parmi les projets-cadre horizon 2020, la priorité est désormais donnée aux matières premières minérales.
Le projet ERA-Min est destiné aux agences de programmation de la recherche, tant nationaux que régionaux. Il encourage la mise en commun des efforts de recherche, les synergies et les financements conjoints.
Les principaux axes sont le respect du développement durable et une meilleure valorisation avec le développement des techniques de recyclage, l’utilisation des nanotechnologies pour une utilisation minimale des ressources et l’étude des substitutions. Des travaux qui seront ouverts à des partenaires étrangers.
Face aux risques capitalistiques, techniques, géopolitiques, l’économie d’échelle que procure l’Europe est indispensable. Elle peut aider à développer la R&D de la métallurgie séparatives des terres rares, actuellement très polluante et énergivore.
Les coûts de R&D nécessaires à la production d’un produit destiné au marché mondial, tel qu’un avion ou une molécule pharmaceutique innovante sont tels qu’il paraît pertinent de partager cet effort au niveau européen. Ensemble nous pouvons supporter ces coûts et les risques inhérents à la recherche et à l’innovation. Isolément, les pays européens paraissent bien faibles par rapport aux géants que sont la Chine, l’Inde ou le Brésil. L’association chinoise des terres rares, une société scientifique, compte environ 100 000 membres, son homologue européenne quelques centaines. De gros efforts de recherche et de formation sont nécessaires. Il faut attirer les jeunes européens vers les métiers scientifiques.
 

Découvrir la 1ère partie de l'entretien


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