imprimer Ajouter à vos favoris envoyer à un ami Ajouter à mes favoris Delicious Partager cet article avec mon réseau profesionnel sur Viadeo linkedin Partager cette page sous Twitter S'abonner au flux RSS de Indices et Cotations

Flambée des prix de l’aluminium secondaire

Le 01 septembre 2010 par Daniel Krajka
* Mots clés :  Les prévisions, Entretien


ENTRETIEN  Entretien avec Jean-Paul Mermet, président d’AC3A, une centrale d’achat et de trading de métaux.

 

Depuis plus d’un mois, la cotation au comptant de l’aluminium secondaire sur le LME est non seulement supérieure à sa cotation à trois mois*, mais également à celle du métal primaire. Comment expliquez-vous cette situation ?

 

Cette hausse des prix de l’aluminium de deuxième fusion indique tout d’abord une tension sur ce marché, provoquée par une meilleure tenue que prévue de l’industrie automobile ; ce métal étant utilisé principalement pour la motorisation des véhicules. Il est difficile de discerner si la spéculation joue un rôle dans cette augmentation, d’autant qu’à la différence du métal primaire, il est difficile d’utiliser les contrats LME pour spéculer. On est cependant loin de la forte hausse du premier semestre 2008, portée par une frénésie d’achats.

 

Quelles sont les principales différences entre les deux filières ?

 

Il faut d’abord souligner les modes de fonctionnements différents entre producteurs de métal primaire et métal secondaire. Le marché du métal primaire est contrôlé par des sociétés métallurgiques et minières géantes qui dominent toute la filière, depuis l’extraction de la bauxite jusqu’à l’électrolyse de l’alumine. Par contre, en ce qui concerne le marché de l’aluminium secondaire, les affineurs sont étroitement soumis aux lois du marché des déchets  d’aluminium.

 

Comment vont les affineurs aujourd’hui ?

 

Après une crise sévère entrainant de nombreux dépôts de bilan en Europe et plus particulièrement, en France, Italie, Allemagne et Espagne, le secteur s’est restructuré et concentré. Mais ce ne sont pas des géants, les plus importants dépassent légèrement les 150 000 tonnes de capacité, les grands entre 35 et 50 000 tonnes. La situation est aujourd’hui plus assainie et les survivants pratiquent une politique plus raisonnable, bien plus réactive à l’évolution du niveau des commandes. Leur carnet de commande est actuellement au maximum.

 

Comment expliquez-vous ce surcroît de demande ?

 

C’est une bien meilleure santé qu’attendue de l’industrie automobile qui est à l’origine des fortes tensions du marché. Il y a trois mois, le pessimisme s’installait dans l’attente de la fin des primes à la casse et d’une nouvelle saturation du marché européen. Heureuse surprise, la consommation et production asiatique, chinoise en particulier, a pris le relais. Les constructeurs européens récoltent les fruits de leur stratégie très positive sur ce marché au potentiel considérable. De plus l’Allemagne marche bien et l’Espagne va un peu mieux.

La relative faiblesse potentielle de la production automobile en Europe est plus que compensée par les exportations des blocs moteurs. On peut citer une référence comme le moteur 110 chevaux de PSA. Mais les autres constructeurs ont également leurs atouts. Si le métal primaire domine dans la fabrication des éléments de carrosserie, des liaisons au sol ou des jantes, le secondaire est utilisé pour les carters moteur ou boîte, les supports multifonctions ou autres éléments du bloc moteur et de la boîte de vitesse qui ne subissent pas de contraintes physiques en résistance à la traction ni de chocs trop importants.  

 

Comment réagissent les recycleurs ?

 

En amont, les prix des scraps qui se sont sensiblement appréciés cet été n’ont pas rechuté depuis. La collecte est toujours difficile, d’autant que de nombreuses unités de recyclage ont respecté la trêve estivale. Les acheteurs chinois s’étaient retirés du marché du déchet depuis mai. Leur retour pourrait accroitre les tensions sur l’approvisionnement.

 

Quelles sont les perspectives ?

 

La demande de métal primaire suivra la conjoncture mondiale et les évolutions de ses divers et nombreux secteurs diversifiés ; ce qui rend l’analyse prévisionnelle complexe.

Dans le secondaire, les carnets de commandes des affineurs sont pleins pour septembre et octobre ; une situation qui n’avait pas été anticipée. Nous manquons toujours de visibilité pour l’année prochaine et il suffirait que la demande de l’automobile ralentisse pour que les cotations reviennent en contango.

Le milieu de l’affinage est cependant optimiste et table sur une poursuite de la reprise globale tirée par la Chine. Dans un tel contexte le prix de la tonne d’aluminium de deuxième fusion pourrait atteindre  un niveau de 2 300 euros.

Mais la volatilité ne se calme pas, depuis le début de l’année il y a déjà eu quatre renversements de tendances !

On doit constater cependant que malgré ces épiphénomènes, la pente de la courbe des prix est fondamentalement orientée à la hausse depuis décembre 2008, après la chute des prix vertigineuse du second semestre 2008.

 

 

* habituellement la cotation au comptant est inférieure à la cotation à trois mois, c’est le contango, l’inverse est appelé backwardation.

 

 


Une question ? nous contacter


À la une
© L'Usine Nouvelle    - Publicité- Conditions générales d'utilisation