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Entretien avec Alexey Arnautov, responsable de la division Aluminium d’UC Rusal

Le 16 mars 2010 par Daniel Krajka
* Mots clés :  Entretien, Rusal, BHP Billiton


ENTRETIEN  UC Rusal est le leader mondial de l’aluminium et de l’alumine « La demande en Chine peut augmenter de 20 % cette année, à 15 millions de tonnes »

 

Le pire semble passé pour la filière aluminium. Attendez-vous un rééquilibrage du marché pour 2010 ?

Il faut souligner une certaine stabilité des prix en ces premiers mois de l’année. Certains changements positifs ont été constatés, tant du point de vue de l’offre que de la demande. Nous sommes témoins du début du relèvement de l’économie chinoise, entraînant une hausse continue de la demande. Toutefois, nous attendons toujours une forte volatilité des marchés.

Les analystes du consultant CRU prévoient qu’en 2010 la consommation d’aluminium dans le monde va augmenter jusqu’à 12,6% par rapport à 2009. La demande est principalement soutenue dans deux secteurs, les transports et l’emballage qui portent plus de 40 % de la demande. Malheureusement , le secteur de la construction se rétablit lentement, exception faite pour la Chine. En général, les espoirs du rétablissement des consommateurs principaux de l’aluminium sont incontestablement liés à l’Asie.

La Chine et l’Inde, qui possèdent un immense potentiel pour la croissance de l’économie en raison de l’urbanisation et l’industrialisation, se présentent, sur le long terme, comme les principales locomotives de la croissance de la consommation. 250 millions de Chinois ruraux de plus migreront vers les villes d’ici à 2015. La Banque mondiale estime que 280 millions d’Indiens quitteront leurs villages pour la ville d’ici à 2030. Mais nous attendons aussi une hausse de la demande de l’aluminium en Europe.

 

Les énormes stocks détenus actuellement dans les magasins du LME vous inquiètent-ils ? Les aluminiers chinois redémarrent massivement leurs capacités à l’arrêt, y-a-t-il un risque de surproduction ?

Les réserves de la bourse londonienne des métaux (LME) sont proches d’un niveau record, approchant les 4,5 millions de tonnes. Mais l’offre de métaux est peut être plus réduite qu’elle ne semble. Une partie très considérable de ces réserves, de 60 à 70 %, est jusqu’à présent liée à des transactions financières à long terme.

En Chine, la demande de métaux est en hausse. Selon nos estimations, elle s’appréciera cette année de 15 à 23 % (soit près de 3 millions de tonnes). Les transports et la construction, secteurs clefs de l’économie que la crise avait fortement affectés, génèrent une forte demande. La Chine entre dans une nouvelle phase de développement et devient un marché de masse pour l’industrie automobile. En 2009, ce débouché important pour l’aluminium a augmenté en Chine à 46%.

 

En novembre, vous avez signé un accord avec le conglomérat chinois Norinco. Quels sont vos objectifs en termes de ventes à la Chine  ?

En 2010, le groupe planifie d’étendre sa présence en Chine. Outre Norinco, nous traitons avec de grands producteurs chinois dans des domaines-clés industriels. La société planifie au cours des trois à cinq prochaines années d’attirer de cinq à huit clients chinois, ce nous permettra de livrer à la Chine plus d’un tiers de nos ventes d’aluminium.

Au cours des cinq dernières années, la consommation d’aluminium en chine a doublé jusqu’à 10 kilogrammes par habitant, contre 20- 25 kg en Europe occidentale. Les experts pensent que la demande en Chine peut augmenter de 20% cette année à 15 millions de tonnes. De grandes sociétés chinoises représentent un très intéressant segment de consommation et ce sont sur ces sociétés que nous voulons nous concentrer.

 

Où en êtes-vous dans votre programme de remise en service de capacités arrêtées ?

A cause du relèvement graduel du marché en 2010, nous envisageons une augmentation des volumes de sa production de l’aluminium d’environ 3% (117 000 tonnes d’aluminium) par rapport à 2009, essentiellement par un accroissement de la production de ses usines sibériennes, de ses filiales Alscon au Nigeria et Kubal en Suède, ainsi qu’en utilisant la puissance totale de la cinquième série de IrkAZa.

Grâce aux technologies permettant de réagir rapidement aux variations de la demande et du prix du métal, UC Rusal remonte la production de la première section de l’usine d’aluminium de Novokuznetsk (Nk?Z), qui a été suspendue au mois de mars 2009 dans le cadre de notre plan anticrise. Le 10 mars ont été lancées 183 unités d’électrolyse, et début avril, est planifiée l’exploitation de 264 autres. Dès le retour en activité, plus de 200 collaborateurs temporairement transférés sur d’autres sites de l’usine ont repris leurs postes. Et 265 salariés supplémentaires ont été embauchés.

On estime qu’en 2010, le volume de la production de l’alumine sera augmenté à 7% grâce à la stabilisation de la production dans AGK, BAZ et UAZ, l’usine Friguia (Guinée), ainsi que grâce au renouvellement de la production dans BGZ et Aughinish.

 

Quels sont les principaux pays clients de Rusal ?

Nous exportons 85% de notre production. Notre client principal est l’Europe, qui achète 40% de notre production et nos livraisons à cette région représentent environ 50% de toute la demande européenne. L’Europe est suivie de l’Asie avec 30%. La Chine achète 10 % de notre production. Les deux autres grands clients sont le Japon et la Corée. Les États-Unis et le reste du monde représentent respectivement moins de 10 et 5%.

 

Rusal bénéficie de l’un des coûts de l’énergie les plus bas du monde. Quelle est la part de l’énergie dans vos coûts de production ?

C’est effectivement l’un des principaux avantages concurrentiels de Rusal. L’énergie électrique représente jusqu’à 30 % du prix de revient de nos produits. La réduction de ce prix de revient est un process continu, d’optimisation, d’amélioration et de standardisation de la production.Il n’est pas juste de parler d’un prix de revient moyen, puisque les usines datent de périodes différentes. Certaines ont plus de 60 ans, d’autres, comme KhAZ, plus récente, dispose d’une technologie totalement différente. Les performances financières de la compagnie en 2009 seront annoncées début d’avril, et des résultats audités seront publiés.

 

En Europe, des alumineries ferment en raison du tarif élevé du prix de l’électricité. L’industrie s’inquiète aussi de la prochaine introduction de la taxe carbone. Allez-vous profiter de cette situation pour renforcer vos positions en Europe ?

La production de l’aluminium en Europe est en situation délicate. Le prix de l’énergie impacte durement le bénéfice des producteurs locaux et nous donne un grand avantage concurrentiel. Nous comptons bien sûr renforcer nos positions sur ce marché.

 

Quel est votre programme d’investissements ? La Sibérie est-elle toujours votre principale base d’investissement ?

Nos forces sont, dans l’immédiat, tournées vers nos projets en Sibérie, dont Boguchansk (centrale hydroélectrique et usine d’aluminium) et l’achèvement de la construction de l’usine d’aluminium de Taïchet. Selon les conditions de restructuration de sa dette, Rusal a le droit d’utiliser le flux opérationnel de la compagnie pour le financement de l’achèvement de la construction de la centrale hydroélectrique de Boguchansk comme un projet prioritaire ayant une importance stratégique. Pour achever la construction des usines de Boguchansk et Taïchet, nous étudions la possibilité de lever des financements pour ces projets. Car la construction de ces usines a été suspendue après la baisse de la demande et des prix en 2008.

Par ailleurs, toujours en Sibérie, une somme de 251 millions de dollars a été investie dans la construction des alumineries de BoAz et de TaAz (495 millions). BoAZ et TaAz tournent respectivement à 60% et 30% de leurs capacités. Les usines de Boguchansk et Taïchet, une fois mises en service, augmenteront nos capacités de production de plus de 1 million de tonnes par an. Les dépenses d’investissement de ces sites ne dépasseront pas 2 000 dollars par tonne.

 

La situation semble pacifiée en Guinée. Quelle est l’importance de ce pays pour Rusal ?

UC Rusal est présent en Guinée depuis 2001, où le groupe possède Friguia SA et gère la Compagnie des Bauxites de Kindia (CBK). C’est l’un des employeurs importants du pays, avec plus de 3 000 salariés. En février, UC Rusal et le gouvernement guinéen sont arrivés à un accord prévoyant la création d’une commission paritaire au sommet afin d’assurer une base stable à une coopération mutuellement avantageuse à long terme. Les usines d’alumine guinéennes produisent 6% de notre volume total d’alumine.

 

Vous avez l’intention devenir un grand mineur diversifié, sur le modèle de BHP Billiton. Votre relation avec Glencore peut-elle vous aider à réaliser cette ambition ?

Glencore est l’un des actionnaires d’UC Rusal, avec 8,65% du capital. Dans leur perspective à long terme, les plans de diversification d’UC Rusal prévoient la possibilité de créer un BHP Billiton « à la russe », et l’achat de 25% des actions de Norilskiy Nickel a été le premier pas dans cette direction. La crise économique mondiale a obligé les entreprises à apporter des modifications importantes à leurs plans, mais nous sommes toujours sûrs que c’est un groupe diversifié qui pourra faire face à la forte concurrence, sur le marché mondial.

Propos recueillis par Daniel Krajka

 


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