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Cacao : une odeur de fin de règne

Le 10 mars 2011 par Pascal Coesnon
* Mots clés :  Afrique


La tentative désespérée de reprise en main de la filière par l’ex-président de Côte d’Ivoire Laurent Gbagbo semble vouée à l’échec… faute de fonds. Sa soif de pouvoir fait craindre le pire.

 

Le coup de force opéré par Laurent Gbagbo est un « vol » et un « nouvel acte désespéré pour s’accrocher au pouvoir », dénonçait Philip Crowley, le porte-parole de la diplomatie américaine, au lendemain de la réquisition de la filière café-cacao par l’ex-président ivoirien. « Cette décision n’a d’ailleurs aucun effet en droit puisqu’elle émane d’autorités qui ne sont pas légitimes pour prendre des décisions au nom de l’Etat ivoirien, condamnait de son côté Bernard Valero, le porte-parole du ministère français des Affaires étrangères. C’est une spoliation d’opérateurs privés, qui va approfondir davantage la crise économique dans laquelle Laurent Gbagbo, qui a déjà attaqué la banque centrale, a plongé le pays. La France exhorte l’ensemble des opérateurs économiques internationaux à continuer à faire obstacle à toute exportation illégale de cacao ivoirien, comme l’ont demandé les autorités ivoiriennes légitimes » dirigées par le président Alassane Dramane Ouattara.

 

Or, la reprise en main de la filière risque d’être difficile… voire impossible ! « Il n’est pas sûr que le camp Gbagbo dispose des fonds pour acheter la marchandise aux planteurs », indique François Ruf, un économiste du Centre de coopération internationale en recherche agricole (Cirad). Un sentiment partagé par un haut diplomate interrogé par Reuters, pour qui « le pouvoir de Gbagbo sur son économie est en train de disparaître. Ses jours, en tant que dirigeant qui peut payer ceux qui le soutiennent, sont comptés. Tout cela commence doucement à ressembler à une fin de partie pour Gbagbo ». La suspension des exportations de café et de cacao décrétée par le gouvernement Ouattara et les sanctions de l’Union européenne ont des « conséquences désastreuses » avec « l’arrêt des collectes fiscales et parafiscales sur la filière », reconnait Issa Malick Coulibaly, le ministre de l’Agriculture de Gbagbo.

 

Pour desserrer l’étau financier, le clan de l’ex-président a donné aux multinationales jusqu’au 31 mars pour exporter les quelque 475 000 tonnes de fèves stockées dans les ports d’Abidjan et de San Pedro. « Ils ont des stocks et ont jusqu’à fin mars pour les exporter et payer à l’Etat les taxes qu’ils doivent payer. Nous attendons qu’ils (les exportateurs) fassent leur part de travail », invective Coulibaly. Si au 1 er avril, ces stocks n’ont pas été exportés, « c’est à ce moment-là que des sanctions pourraient être prises. L’Etat a des droits là-dessus », surenchérit Gilbert Anoh N’guessan, le président du Comité de gestion de la filière café-cacao.

 

Alors que 60 % du cacao ivoirien sont exportés vers l’Europe, Laurent Dona Fologo, le président du Conseil économique et social, un proche de Gbagbo, envisage de s’ouvrir à « d’autres marchés pour acheter notre café et notre cacao », tels que la Chine, l’Inde ou la Russie, afin de contourner l’embargo européen. « Toutes les sociétés, d’où qu’elles soient, qui souhaitent avoir des relations commerciales avec la Côte d’Ivoire sur le café-cacao, sont toujours les bienvenues », souligne Coulibaly qui rêve que, du jour au lendemain, ces marchés émergents épongent les surplus boycottés par l’Union européenne.

 

Tandis que les marchés craignent une pénurie relative de cacao, l’Organisation des Nations unies redoute que la situation de crise post-électorale ne débouche sur une nouvelle guerre civile. La réunion du Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine, qui se tient aujourd’hui à Addis-Abeba en Ethiopie, est considérée comme la dernière chance pour résoudre une crise avant le bain de sang. Dans ce cadre, le président Ouattara doit être entendu par le panel des cinq chefs d’Etat africains chargés de proposer des « solutions contraignantes » de sortie de crise. Gbagbo, convié également, a déclaré n’avoir « rien à négocier », décidant de se faire représenter par Pascal Affi N’guessan, le président du Front populaire ivoirien, le parti affilié à l’Internationale socialiste de l’ancien chef d’Etat et chantre de l’Ivoirité.

 

Cette absence pourrait, met en garde le quotidien ivoirien l’Inter, « être perçu comme du mépris » et « pousser l’Union africaine à préconiser l’option militaire brandie par la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest ». Dans une tribune, le journaliste et écrivain ivoirien Venance Konan s’exclamait que « ceux qui doutaient encore de la détermination de Laurent Gbagbo à se maintenir coûte que coûte au pouvoir, malgré sa défaite à l’élection présidentielle, savent désormais à quoi s’en tenir. Il est prêt à tout… Le pouvoir absolu rend absolument fou, dit-on. Risquer de le perdre rend encore plus fou. Gbagbo et les siens ont décidé de pratiquer la politique de la terre brulée… Et tant pis pour les ivoiriens… Ils vivront dans un pays en ruine. » Décidément, nationalisme et socialisme font toujours aussi bon ménage pour apporter inlassablement les mêmes maux.



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