imprimer Ajouter à vos favoris envoyer à un ami Ajouter à mes favoris Delicious Partager cet article avec mon réseau profesionnel sur Viadeo linkedin Partager cette page sous Twitter S'abonner au flux RSS de Indices et Cotations

La sidérurgie n’est pas sortie d’affaire

Le 24 janvier 2013 par Daniel Krajka


Les sidérurgistes vont devoir restaurer leurs marges pour survivre à 2013 avant de se positionner pour le retour progressif de la croissance. L’intégration verticale n’est pas la solution idéale.

 

"Global Steel : A new world, a new Strategy" (Sidérurgie: un nouveau monde, une nouvelle stratégie), la dernière étude d’Ernst & Young, rédigée sous la direction de Mike Elliott, son responsable mines et métaux, rappelle que la sidérurgie mondiale souffre toujours de capacités largement excédentaires. "Le grand défi pour les sidérurgistes en 2013 est comment rester compétitifs tout en maintenant la valeur de leur entreprise", explique Elliott.

 

Dans un environnement de croissance globale faible, les sidérurgistes subissent les contraintes combinées d’une disponibilité limitée de financement et de prix élevés de leurs intrants alors qu’ils doivent mettre en place des changements structurels. Après une progression de 3,3% en 2012, la croissance devrait atteindre 3,6% en 2013, prévoit E&Y. Pays le plus important pour la consommation d’acier, la Chine devrait légèrement accélérer sa croissance, 7,8% en 2013 contre 7,6% l’année précédente. En léger retrait, l’Inde afficherait dans le même temps un taux de croissance de 5,8% après les 5,1%¨de 2012. La croissance des Etats –Unis est attendue à 2% mais l’Europe devrait encore afficher un recul de 0,3%, plus faible que le 0,5% de 2012.

 

Dans ce contexte, le taux d’utilisation des capacités sidérurgiques tombé à 73,2% en décembre 2012, devrait stagner sous les 80% tout au long de 2013. Les prix de l’acier avaient sensiblement baissé lors des derniers mois de 2012. Ils devraient néanmoins se stabiliser en 2013 suite aux réductions de production dans les pays industrialisés et à l’incapacité de produire à ce niveau de prix pour les aciéristes chinois aux coûts de production les plus élevés. Toutefois, il est illusoire d’attendre des fermetures de capacités importantes, les entreprises doivent maintenir l’emploi et réaliser les objectifs de croissance décidées par les autorités.

 

D’ici à 2014, les analystes du consultant tablent sur une remontée des taux d’utilisation des capacités de la sidérurgie à 80% et à 83% l’année suivante. La croissance de la demande apparente a fortement ralenti en 2012, chutant à 2,1% – contre 6,2% en 2011 – et ne devrait remonter qu’à 3,2% en 2013. En Europe l’utilisation apparente d’acier a reflué de 5,6% en 2012, l’Allemagne n’a pas été épargnée avec une baisse de 4,7%. Après une année 2013 médiocre, la demande d’acier ne devrait pas rebondir avant 2014, et une progression attendue à 3,5% en 2015.

 

"La demande globale d’acier ne devrait pas s’apprécier suffisamment en 2013 pour excéder les nouvelles capacités. Ce qui, ajouté à des prix toujours volatils des intrants, fragilisera les producteurs avec des coûts de production élevés", met en garde Mike Elliott. D’ici à 2014-2015, la fermeture des aciéries les plus vieilles et les moins productives devrait améliorer la profitabilité du secteur. Mike Elliott souligne cependant que l’intervention des politiques pour préserver l’emploi dans la sidérurgie pourrait retarder la fermeture des capacités en surplus. "La mise sous perfusion des usines zombies ne pourra qu’affaiblir l’ensemble de la sidérurgie", affirme E&Y. 

 

Critique de l’intégration verticale

 

Mine de rien, le rapport met en doute la stratégie de certains sidérurgistes, tentant d’échapper à la volatilité des prix du minerai de fer et du charbon à coke en acquérant des mines. Comparant les résultats de différents sidérurgistes – ceux qui se sont diversifiés dans la mine et les autres –, Elliott estime qu’il y a une corrélation entre la profitabilité des entreprises et leur contrôle sur leurs matières premières. Toutefois, l’avantage est plus évident pour les sidérurgistes ayant une bonne connaissance de l’industrie minière. L’industrie minière est un secteur certes avec une profitabilité élevée, mais également à hauts risques. Le contraire de la sidérurgie qui offre une profitabilité modérée pour des risques modérés.

 

En acquérant des mines de fer et de charbon, très chères aujourd’hui, et en les intégrant dans leur chaine de valorisation, les sidérurgistes risquent de ne pas augmenter la valeur de leur entreprise. De plus, en profitant des liquidités générées par leur activité minière, ils peuvent retarder les restructurations nécessaires à la préservation de leurs marges. D’autres solutions existent pour faire face à la volatilité des prix des minerais. Les sidérurgistes peuvent utiliser des outils de couverture, signer des contrats de très long terme avec leurs fournisseurs ou relocaliser leurs sites de production à proximité des gisements miniers, suggère l’étude. Les synergies trouvées dans des opérations de fusion offrent une autre solution, affirme E&Y, citant la fusion entre les deux sidérurgistes japonais Nippon Steel et Sumitomo Metal. D’ici à trois ans, cette fusion leur apportera 1,9 milliard de dollars d’économies par an.

 

La main d’œuvre qualifiée est précieuse

 

Dans un contexte défavorable, les réductions de coûts sont indispensables pour les producteurs d’acier. Les sidérurgistes qui souffrent de surcapacités vont devoir réduire leur production dans leurs usines qui produisent à perte afin de stabiliser les prix des produits sidérurgiques. Malgré les mises en sommeil ou les fermetures réalisées récemment – hors Chine, 50Mt dont 30 Mt pour la seule Europe –, il y a encore 56 Mt de surcapacités dans la sidérurgie mondiale. 

 

Depuis les années 1980, la sidérurgie américaine a vu sa productivité multipliée par cinq. En 2010, deux heures de travail étaient nécessaires pour produire une tonne d’acier sous forme de produit fini contre 10,1 heures en 1980. Aujourd’hui, de nombreuses aciéries ont besoin de moins d’une heure pour accomplir cette production. En Corée, les aciéristes ont réalisé en 2012 une nouvelle baisse drastique du coût du travail. Toutefois, tempère le consultant, le travail dans la sidérurgie est effectué par une main d’œuvre qualifiée, avec une forte proportion de techniciens et d’ingénieurs. Comme dans la mine, la sidérurgie souffre d’un manque de main d’œuvre qualifiée. Cette pénurie pourrait s’accroitre en Europe où l’âge moyen des travailleurs est élevé.

 

En cas de pénurie, le recours à des sous-traitants ou à des travailleurs temporaires est plus couteux, rappelle l’étude. Il est donc important, lorsque les aciéristes réduisent ou ferment des capacités, qu’ils prennent soin de ne pas perdre des travailleurs qui seront indispensables lorsque la production d’acier rebondira. Plutôt que de licencier, E&Y propose de mettre les salariés en disponibilité avec salaires, de geler ou de réduire les salaires, de transférer les salariés sur d’autres sites. Pour réduire leurs coûts, les sidérurgistes peuvent également réduire, voire terminer leurs contrats de sous-traitance.

 

Pour survivre à 2013, les sidérurgistes vont devoir optimiser leurs allocations d’investissements, affirme Mike Elliott. Ils vont devoir vérifier qu’ils ont la structure capitalistique adéquate et ne doivent pas hésiter à céder des actifs considérés comme non-essentiels. En 2010, les investissements des 30 plus importants sidérurgistes dans le monde avaient augmenté de 15% par rapport à l’année précédente. En 2011, la hausse n’était plus que de 2% et pour 2012-2013 les dépenses d’investissement auront reculé. Les sidérurgistes vont également réduire leur taux d’endettement à l’image d’ArcelorMittal qui a annoncé en janvier remboursé 3,5 milliards de dollars après avoir émis des actions et des obligations convertibles.


Une question ? nous contacter


À la une
© L'Usine Nouvelle    - Publicité- Conditions générales d'utilisation