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Règlements de compte dans la potasse

Le 28 août 2013 par Daniel Krajka


L’arrestation du dirigeant d’Uralkali par les autorités biélorusses souligne la nervosité des dirigeants de l’Etat qui va subir une baisse des revenus issus de la potasse. La fin du cartel russo-biélorusse va bouleverser ce marché.


Dans les pays de l’ex-bloc soviétique, le concept de "prise d'otage" dans des négociations est à prendre au premier degré. Invité à des négociations avec le Premier ministre de Biélorussie, Vladislav Baumgertner, le directeur exécutif du producteur russe de potasse Uralkali, a été arrêté avant de rejoindre l’aéroport de Minsk. Présenté menotté à la télévision d’Etat, il est accusé de corruption et d’abus de pouvoir pour avoir rompu l’accord commercial qui le liait au producteur de potasse de Biélorussie Belaruskali. Accusant son partenaire de vendre une partie de sa production sans passer par leur cartel, Belarusian Potash Co. (BPC), Uralkali, qui bénéficie de coûts de production parmi les plus bas du secteur, avait annoncé vouloir privilégier les volumes sans se soucier du niveau des prix. 
 
Cette annonce a fait l’effet d’un coup de tonnerre dans un secteur contrôlé par deux cartels, BPC, qui détient 40% du marché, et son équivalent nord-américain, Canpotex (Canadian Potash Exporters) qui, avec Potash Corp, assure un tiers de la production mondiale. Réagissant à la chute de 25% de la valeur de Potash Corp, son dirigeant, Bill Doyle, expliquait que la fin de BPC n’aurait pas de conséquence à long-terme sur le marché de l’engrais. David Pupo, un analyste de Maquarie Securities, réagissant à l’annonce de la décision d’Uralkali, estimait cependant que la fin du cartel BPC ne pourra que pousser les prix à la baisse. Le prix de la tonne de potasse qui culminait au premier semestre à 400 dollars devrait tomber vers les 300 dollars, affirmait Vladislav Baumgertner. La banque australienne qui reprend à son compte ce pronostique a revu ses prévisions à la baisse. Elle table désormais sur une moyenne de 335 dollars (contre 361 dollars précédemment) en 2013 et de 296 dollars (contre 261) en 2014. 
 
Le fait qu’Urakali vise désormais des volumes plus importants, plutôt que des prix élevés comme le permettait la mise sous coupe réglée du secteur, va peser sur les prix malgré la hausse continue de la demande. Hausse de la demande qui ne pourra qu’accroitre la baisse des prix attendue. Matthew Corn, un analyste de Barclays, table sur une demande qui pourrait grimper de 51 Mt en 2012 à 55 ou 56 Mt en 2013 si la baisse des cours de la potasse se poursuit. 
 
Selon Macquarie, la potasse est un élément majeur de l’économie biélorusse, représentant 4,3% de son PIB en 2012 et 10,5% des revenus de l’Etat. Une baisse des cours de 25% pourrait se traduire par une baisse de 1 milliard de dollars pour l’Etat biélorusse. D’où la violente réaction de l’Etat biélorusse. Accusé également, Suleiman Kerimov, un oligarque russe originaire du Daguestan, était également invité à Minsk mais, prudemment, n’a pas accompagné Baumgertner.
 
Il est commun en Russie et dans les pays voisins de mettre en prison les dirigeants de grands groupes qui s’opposent à la volonté de l’Etat, un moyen efficace d’obtenir des concessions lors de négociations commerciales. Le président de BP avait été obligé de s’enfuir après avoir eu des problèmes de visa lors des dures négociations qui l’ont opposé à son partenaire russe dans le joint-venture TNK-BP. Les rapports entre la Biélorussie et son grand voisin russe, qui a dénoncé l’arrestation qualifiée "d’étrange et déplacée" devraient s’envenimer. Selon l’expression du Financial Times, le président biélorusse, Alexandre Loukachenko, ferait passer Vladimir Poutine, son homologue russe pour un "démocrate aux manières policées". 
 
Ce tremblement de terre dans la potasse pourrait bien décourager les investissements d’envergure que préparaient entre autres les géants miniers BHP Billiton et Vale. Pour répondre aux besoins du Brésil, Vale, poussé par l’Etat, doit investir dans de nouveaux gisements. BHP Billiton, table également sur la potasse comme axe de diversification et va investir 2,6 milliards de dollars d’ici à 2017 pour développer le gisement de Jansen au Canada. Désireux de limiter ses dépenses, le numéro un de la mine cherche des partenaires pour réaliser ce projet. Uralkali a également d’importants projets pour augmenter sa part du marché. Cette activité devrait accentuer la volatilité du marché de la potasse qui ne sera plus protégé des aléas cycliques par les deux cartels qui l’organisaient.
 

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