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Un approvisionnement en matières toujours critique

Le 15 juillet 2013 par Daniel Krajka
* Mots clés :  Métaux critiques


Les solutions pour sécuriser l’approvisionnement en matières premières des industries sont connues, elles sont justes difficiles à mettre en pratique à moyen terme.

 
Le 10 juillet, le Commissariat à la stratégie et à la perspective présentait son document de travail sur l’approvisionnement en métaux critiques. Rédigée par Blandine Barreau, Gaëlle Hossie et Suzanne Lutfalla, cette étude, sous-titrée "Un enjeu pour la compétitivité des industries françaises et européennes", marque une nouvelle étape dans la prise en compte d’un problème apparu au début de la décennie précédente et dévoilé par l’envol des prix des matières premières, des métaux en particulier, sous la pression de la demande chinoise (voir notre dossier sur l’importance des métaux critiques). 
 
Cette présentation faisait écho à une conférence d’octobre 2011, intitulée "Matières premières, métaux rares, ressources énergétiques : quel impact de la mondialisation ?" Le professeur Chalmin et l’expert du BRGM, Christian Hocquard, s’interrogeaient déjà sur la sécurisation des investissements et la volatilité des cours, développant traditionnellement la double question : quelles causes ? Quelles solutions ? 
 
Dominique Auverlot, qui dirige le département développement durable du commissariat, a dressé à grands traits la problématique de l’approvisionnement en métaux mineurs devant une trentaine de participants attentifs. Présentation classique et exhaustive, importance des nouveaux minerais dans la vie quotidienne et industrielle. Pas de téléphone portable, de gadget électronique, de véhicules électriques ou d’éoliennes sans les terres rares, le galium, le tantale, le lithium… et bien d’autres éléments dont l’approvisionnement est loin d’être sécurisé. La Commission européenne, s’appuyant en particulier sur les travaux du BRGM, a dressé une grille de criticité de différents éléments en conjuguant leur importance économique et les risques d’approvisionnement. Pas moins de 15 des 49 métaux répertoriés ne sont produits que dans un seul pays, ou presque, souligne la présentation. Une éolienne de 1 MW nécessite pour sa fabrication 155 kilos de néodyme. 
 
Les industries ont mis en place des programmes d’écoconception, pour économiser la matière, de substitution, là où c’est possible, et de recyclage, si c’est aujourd’hui rentable. Reste la question de la recherche et de l’identification des gisements miniers dans l’Hexagone. Le dernier inventaire minier date de 1992 et ne concernait que le sous-sol jusqu’à une profondeur de 100 m. De plus, les éléments utilisés actuellement n’étaient pas recherchés dans les années 1990. 
 
L’affolement causé en France par la simple idée d’effectuer des forages pour identifier des gisements de gaz de schiste augure cependant mal de la reprise de l’exploitation minière en France, a souligné un ancien du BRGM, Jack Testard, président de la section mines de la Fédération des minerais, minéraux industriels et métaux non ferreux (Fedem). La prospection est aujourd’hui impossible a souligné Testard. A l’opposé, la Suède va consacrer 16 millions d’euros à l’exploration de son sous-sol, a noté Patrice Christmann, le directeur adjoint à la direction de la stratégie au BRGM. Il suffirait de 0,5 euro par personne et par an, soit 250 millions d’euros, pour lancer un programme a-t-il suggéré. Malgré des techniques moins invasives, il y a en France un véritable blocage sur la question minière. La réforme du code minier sera un gros travail qui devra être coordonné avec celles des codes du travail et de l’environnement. 
 
Si les projets miniers actuels doivent augmenter la disponibilité des terres rares légères, à l’exception importante du néodyme, le problème se poursuivra plus longtemps pour les terres rares lourdes. Pour le néodyme, la crise d’approvisionnement est à venir a mis en garde Christian Hocquard. Didier Julienne, un expert des ressources naturelles qui tient un blog sur lesechos.fr, a regretté que l’administration française ait perdu ses compétences en termes d’exploitation minière, une opinion partagée par Jack Testard. "Bon courage", a ironisé Julienne en réponse à une des responsables du rapport, souhaitant une plus grande transparence des marchés de métaux. Les participants ont également rappelé que la formation aux métiers de la mine avait reculé en France où l’on n’accueillait plus d’étudiants étrangers. 
 
Outre le recyclage, la mine et l’économie de matières, le rapport préconise des solutions qui ne seront efficaces qu’à très long terme comme l’exploitation des ressources minières sous-marines. Par contre, la constitution de stocks stratégiques, comme l’ont fait les Etats-Unis et le Japon a été écartée, car trop couteuse et peu sûre. De même, il n’est pas envisagé de prise de participation dans des mines stratégiques comme l’ont fait le Jogmec japonais et le Kores Coréen. L’Europe a eu recours à l’OMC pour obliger les pays producteurs à une politique commerciale moins protectionniste. Mais c’est au niveau européen que les stratégies doivent se mettre en place, ont affirmé les intervenants qui préconisent des partenariats public-privé.
 
Vous pouvez voir le document de travail
 

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