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Les actionnaires de Freeport critiquent sa diversification dans l’énergie

Le 06 décembre 2012 par Daniel Krajka


Redevenir à la fois un producteur de gaz et de pétrole et rester une grande compagnie minière est une stratégie que les dirigeants de FreeporMcMoRan peinent à faire partager à leurs actionnaires et aux analystes. 

 

Si pour la direction de FreeporMcMoRan (FCX) se diversifier dans le pétrole et le gaz naturel est un retour aux sources – jusqu’en 1994 le groupe détenait l’une des sociétés qu’il va racheter, McMoRan Exploration (MMR), cette décision a contrarié ses actionnaires. Leur colère était visible en bourse, l’action Freeport a dévissé de 16% le 6 décembre. En une séance sa capitalisation a chuté de 36,3 à 30,5 milliards de dollars. Dans le même temps, ses deux cibles s’appréciaient de 23,4% pour Plain expolration & Production (PxP) et 87% pour MMR. 
 
« Félicitations pour avoir réalisé la pire téléconférence que j’ai jamais entendu pour justifier une transaction. » Evy Hambro, qui gère les actifs ressources naturelles du gestionnaire de fonds d’investissement BlackRock, ne s’est pas caché pour exprimer son mécontentement lors de la conférence téléphonique très animée qui s’est tenue après l’annonce de l’opération. « Je n’ai rien entendu dans cette conférence qui puisse justifier pourquoi ces sociétés doivent fusionner », a martelé Hambro. La part en actions de la transaction n’est pas suffisante pour obliger Freeport à demander l’accord des actionnaires. Un vote sur ce choix stratégique aurait été « correct », a rétorqué Hambro. BlackRock détient 3,1% de FCX, ce qui en fait l’un des plus importants actionnaires. 
 
Si un investisseur veux placer ses fonds dans l’énergie, il n’a pas besoin d’un producteur de cuivre pour le faire à sa place, ont critiqué l’ensemble des analystes. Dans « Heard On the Street », la chronique boursière du Wall Street Journal, Liam Denning note qu’un investisseur n’aurait pas à payer de prime pour réduire son exposition au cuivre et à l’or. Il n’aurait qu’à acheter des actions de compagnies pétrolières ou gazières. Freeport a en effet payé MMR et PxP respectivement 50% et 39% au-dessus de leur dernier cours de bourse avant l’officialisation de l’offre.  
 
Cette diversification vers l’énergie est un choix difficile à réaliser pour une compagnie minière. BHP Billiton, le premier mineur diversifié, a racheté des actifs dans le gaz naturel et le pétrole. Cette politique n’a pas été entièrement couronnée de succès : en août dernier, le groupe a dû enregistrer une perte de 2,8 milliards de dollars sur des actifs de gaz de schiste achetés 4,75 milliards. Le canadien Teck a également investi dans les sables bitumineux alors que Glencore, après avoir absorbé Xstrata, diversifiera son portefeuille vers l’énergie. 
 
Le nouveau groupe se classera cinquième société dans les ressources naturelles aux Etats-Unis et cinquième également au classement mondial des compagnies minières diversifiées. Une taille qui, à défaut de synergies, permettra à ses diverses composantes de se financer à moindres coûts. Ces acquisitions permettront à Freeport de réduire les risques associés à des opérations en Indonésie et en République Démocratique du Congo, en faisant grimper la part de sa marge brute générée aux Etats-Unis de 29% à 48%. 
 
Freeport, qui disposait d’un trésor de guerre important après avoir largement bénéficié du cycle haussier des matières premières, aurait mieux agi en augmentant les dividendes, ont affirmé beaucoup d’analystes et d’actionnaires. Alors que ses grands concurrents dans le secteur minier augmentent leurs dividendes au détriment de leurs dépenses d’investissement, Freeport va miser près de 10 milliards de dollars sur l’énergie. Certains évoquent même le conflit d’intérêts. Les principaux dirigeants de Freeport, qui détiennent des actions dans le groupe et ses cibles, sont sortis grands gagnants de l’opération malgré le dévissage de FCX. 
 
Cette diversification peut se justifier par la situation actuelle dans les métaux de base. Le ralentissement de la croissance chinoise s’est traduit pour FCX par une baisse sur un an de son profit net pour les neuf premiers mois de l’année de 41% à 2,3 milliards de dollars. Selon le directeur exécutif du groupe, Richard Adkerson, le problème n’est pas le prix du pétrole, mais le manque de gisement de bonne qualité à développer. Devant la baisse de teneur en métal des traditionnelles grandes mines de cuivre, les sociétés cuprifères investissent dans des régions plus difficiles d’accès et plus problématiques comme la RDC et la Mongolie. L’augmentation des coûts d’investissement et d’extraction, alors que les cours reculent, a fortement réduit les marges des compagnies minières. « Dans cette perspective, l’acquisition, d’un point de vue stratégique, fait sens pour nous », a justifié un analyste de Nomura. 
 
Pour Paretosh Misra, un analyste de Morgan Stanley, la faiblesse de la demande en Chine, aux Etats-Unis et en Europe pourrait entrainer un surplus de cuivre plus important qu’attendu qui pèserait sur les cours du métal rouge. Une situation qui ne manquerait pas d’affecter les résultats de Freeport. « Le cuivre est clairement une matière qu’un pays en développement utilise au début de sa croissance », a expliqué Michael Widmer, l’analyste métaux de Bank of America Merrill Lynch. L’énergie est par contre un produit que les pays utilisent toujours plus à mesure qu’ils croissent.
 


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