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La Chine organise la fonte du nickel

Le 02 mai 2013 par Daniel Krajka


En « inventant » la fonte de nickel, la Chine est devenue un acteur majeur, non seulement de la consommation, mais également de la production de nickel. Malgré la baisse, les cours du nickel devraient s’apprécier à long terme, soutenus par des coûts d’investissement élevés, un renchérissement des minerais à faible teneur et un rebond attendu de la production d’acier inoxydable. 

 

L’explosion de la demande chinoise a provoqué une pénurie qui a entrainé l’envol des cours du nickel en 2006/2007. Le  prix du métal du diable a alors brièvement franchi le plafond des 50 000 dollars par tonne. 
Cette situation a été surmontée par trois "solutions", rappelle Jim Lennon de Macquarie Research. 
L’utilisation des aciers inoxydables série 200 – comprenant seulement 1 à 2% de nickel – a fortement augmenté, particulièrement en Chine. Dans l’ex-empire du Milieu également, les producteurs ont utilisé des minerais à très faible teneur pour produire une fonte de nickel qui a été utilisée comme substitut dans des applications ne requérant pas une grande qualité. Sans compter que plus de 300 milliards de dollars ont été investis dans de nouveaux projets hors de Chine. 
 
Dans les années 1990 et jusqu’au milieu des années 2000, les producteurs ont investi dans l’exploitation de limonite (du minerai à moindre teneur) traité par la technologie HPAL (lixiviation à l'acide sous haute pression) ou en traitant les saprolites à plus haute teneur par pyrométallurgie pour produire du ferronickel. L’explosion des coûts d’investissement et les difficultés techniques auxquelles ils ont été confrontés ont conduits à des désastres financiers la plupart de ceux qui avaient choisi cette voie. 
 
La production d’acier inoxydable est la principale utilisation du nickel, un secteur qui a basculé de l’Europe vers l’Asie, la Chine en premier, une fois de plus. Entre 2000 et 2012, la Chine a représenté la quasi-totalité de la production additionnelle d’inox (+11,257 Mt) – avec des participations modestes de l’Inde et de la Corée, respectivement +1,632 et +0,665 Mt. Sa part dans la hausse de la demande de nickel (+676 Mt) est encore plus déterminante, alors que les demandes de l’Europe, du Japon, de Taiwan et de l’Amérique du Nord régressent. L’effondrement de la demande en 2009, combinée avec l’important mouvement de substitution avait entrainé une très forte décélération de la consommation. Depuis trois ans cependant, la demande est repartie à la hausse, mais cette fois-ci, l’offre est au rendez-vous. 
 
La révolution latéritique 
 
Pour pallier à l’épuisement progressif des gisements de minerais sulfurés – plus riches et plus faciles à traiter – les compagnies minières se sont attaquées à l’exploitation des minerais latéritiques, à teneur en métal bien plus faible. En 1990 les minerais sulfurés contribuaient à hauteur de 70% à la production globale de nickel. Autour de 2011, l’utilisation des deux types de minerai s’était équilibrée. D’ici à 2017, selon Macquarie, les minerais latéritiques assureront deux tiers de la production de nickel. Pour rentabiliser leur exploitation, les compagnies minières utilisent l’hydrométallurgie, plus couteuse et surtout plus complexe à mettre en œuvre. Ces minerais sont traités dans des autoclaves HPAL pour produire du nickel. Ils sont aussi massivement utilisés pour produire du ferronickel et de la fonte de nickel. Ensemble, le ferronickel, la fonte de nickel et les déchets d’Inox assurent environ la moitié du nickel utilisé dans la production d’acier inoxydable depuis 2011. 
 
Les nouveaux projets HPAL ont pris des années de retard et leurs coûts d’investissement ont été multipliés entre deux et quatre fois, rappelle Jim Lennon. De plus, les compagnies se sont heurtées à des problèmes majeurs au moment de la mise en activité du complexe. L’analyste estime que les coûts opérationnels des projets HPAL seront compris entre 8 000 et 15 000 dollars par tonne avec une moyenne de 12 000-13 000 dollars. Pour la production de ferronickel, la fourchette sera comprise entre 8 500 et 13 000 dollars, avec une moyenne de 10 000 dollars. Des niveaux largement plus élevés qu’au moment, certes il y a longtemps, où ont été réalisées les études de faisabilité. Les projets les plus couteux auront été VNC (Vale), avec 6 milliards de dollars pour une production annuelle attendue de 60 000 tonnes, et pour le ferronickel Koniambo (Xstrata), 5,5 milliards pour une production attendue d’également 60 000 tonnes. Deux projets néo-calédoniens. 
 
La fonte de nickel bouleverse la donne
 
A l’opposé des problèmes rencontrés par l’hydrométallurgie, les progrès de la fonte de nickel ont été « miraculeux ».  Sa montée en puissance a été favorisée par l’utilisation de fours électriques qui ont fortement réduit son coût en effaçant les besoins de charbon. Puis, la construction de fours rotatifs (RKEF) a sensiblement réduit la consommation d’électricité. Actuellement, les coûts de production de la fonte de nickel sont compris entre 12 000 et 20 000 dollars par tonne. Le potentiel d’augmentation des capacités est massif, plus de 400 000 tonnes de nouvelles capacités devraient entrer en activité, principalement des fours électriques rotatifs intégrés à des unités de production d’acier inoxydable. Les coûts augmenteront en fonction de ceux de l’électricité et de l’appréciation du yuan, mais les nouveaux fours rotatifs utilisent 30 à 50% de moins d’énergie que les fours plus anciens. Si les nouvelles capacités hors-Chine réussissent à limiter les prix, ce sera aux dépens de la fonte de nickel, autrement sa production continuera de s’apprécier rapidement souligne la banque australienne. 
 
Les producteurs chinois devront résoudre la question de leur approvisionnement en minerai. Si l’Indonésie impose une interdiction des exportations ou une taxe sur les exports de 20%, ce seront 770 à 880 dollars par tonne qui seront ajoutés aux coûts. Avec cette pression sur les coûts, d’ici quatre à cinq ans, le point mort pour les producteurs chinois de fonte de nickel bondira de 14 500/18 500 dollars par tonne à 20 000/26 500 dollars. 
La concurrence pour obtenir les meilleurs minerais latéritiques pourrait entrainer une rapide hausse de leurs prix. Pour Lennon, les ventes indonésiennes ne devraient pas s’arrêter en 2014. Elles deviendront simplement plus chères. Pour satisfaire les autorités indonésiennes, les chinois devraient y construire de nouveaux fours pour traiter sur place le minerai.   
 
Pour construire de nouvelles capacités, Lennon estime qu’un prix de la tonne de nickel de 29 000 dollars est nécessaire pour le HPAL, de 22 000 dollars pour le ferronickel, de 18 000 dollars pour la production classique de fonte de nickel mais de seulement 16 500 dollars si elle est produite dans un four électrique rotatif. En 2002, rappelle Lennon, au début du long cycle haussier provoqué par l’irruption de la chine, le prix d’incitation du nickel n’était que de 5 000 dollars. En dix ans, l’intensité capitalistique des projets du secteur a été en moyenne multipliée par dix. Cet envol des coûts capitalistiques, renforcé par des coûts de production élevés, devrait empêcher le cours du nickel de tomber durablement sous les 15 000 dollars. 
 
Le métal du diable va redevenir cher
 
Selon Macquarie Research, l’offre de nickel devrait s’apprécier suffisamment pour maintenir le marché en surplus jusqu’en 2014, malgré une production d’aciers austénitiques (contenant du nickel) en hausse sensible, atteignant 30,739 Mt en 2014. L’offre de nickel qui était de 1,758 Mt en 2012 va grimper à 1,922 Mt en 2014 alors que la demande n’excédera pas les 1,891 Mt. La production de fonte de nickel continuera son ascension pour atteindre 20% de l’offre globale en 2014. Les stocks détenus dans les entrepôts du LME poursuivront leur hausse pour atteindre l’équivalent de 8,4 semaines de consommation en 2014, contre 6,9 semaines en 2012. Les prix devraient enregistrer une baisse en 2013 à 16 446 dollars contre 17 527 dollars l’année précédente. Ils devraient se rétablir en 2014 à 18 011 dollars. 
 
A plus long terme, Lennon table sur un rééquilibrage du marché, puis sur un déficit qui devrait pousser les cours à la hausse. Le retour des déficits d’ici au milieu de la décennie nécessitera l’ouverture de nouvelles capacités. Toutefois, met en garde l’analyste, il faudra que le cours de la tonne de métal du diable soit remontée vers les 22 000 dollars pour inciter les compagnies minières à investir. Pour leur part, les producteurs indonésiens de minerai ne devraient pas laisser leurs prix au bas niveau actuel mais profiter de la forte dépendance des fours électriques rotatifs à leur produit. 
 
Les stocks détenus par le LME devraient rebaisser pour ne plus représenter que 6,2 semaines de consommation en 2018. Une production d’aciers austénitiques de 36,947 Mt en 2018 devrait tirer la consommation de métal qui atteindrait les 2,181 Mt, et serait donc en déficit pour la troisième année consécutive. Pour 2017 et 2018, Lennon prévoit un important rebond des cours qui culmineraient à 28 660 dollars.
 

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