imprimer Ajouter à vos favoris envoyer à un ami Ajouter à mes favoris Delicious Partager cet article avec mon réseau profesionnel sur Viadeo linkedin Partager cette page sous Twitter S'abonner au flux RSS de Indices et Cotations

L’aluminium, une affaire chinoise

Le 12 septembre 2011 par Daniel Krajka


Avec plus de 40% de sa consommation et de sa production, la Chine est toujours plus le facteur déterminant du marché mondial de l’aluminium.

 La session consacrée à la Chine est « la partie la plus importante de la conférence », a affirmé Patricia Mohr, la vice-présidente de Scotia Mocatta, intervenant lors de la dernière conférence internationale sur l’aluminium organisée par le Metal Bulletin, qui s’est tenue à Paris du 7 au 9 septembre. En juin 2011, les capacités électrolytiques de la Chine atteignaient 24,23 millions de tonnes (Mt), soit près de 45% des capacités mondiales, indiquait le manager général de Henan Shenhuo Aluminium, Wang Xiadong. Sa production de métal léger pour le premier semestre avait grimpé de 5,6% par rapport à l’année précédente atteignant 8,64 Mt, soit plus de 40,5% de l’offre mondiale. Et la production ne semble pas ralentir, en juin, elle a bondi de 13,3% par rapport à l’année précédente.

 

 

Les contraintes provoquées par l’approvisionnement en électricité ont provoqué des situations divergentes pour les aluminiers chinois. Ceux situés dans le Hubei et le Guizhou ont subi d’importants reculs de leur production alors que les alumineries situés dans l’ouest ou le nord-ouest du pays, alimentés en charbon thermique – et loin des centres urbains – se sont rapidement développées. Le Gansu, la Mongolie Intérieure, le Shandong, ont vu leur production bondir de 15% ou plus. Le Xinjiang pourrait même devenir une nouvelle terre d’aluminium. C’est d’ailleurs le lieu choisi par Shenhuo Aluminium pour construire sa nouvelle unité, 800 000 tonnes d’aluminium, avec une centrale électrique dédiée de 1 400 mégawatts. Les régions riches en charbon thermique seront bientôt les principales zones de production d’aluminium.

 

La Chine a rapidement développé ses capacités de raffinage d’alumine qui, en hausse sur un an de plus de 25%, atteignaient fin juin 45,32 Mt avec un taux d’utilisation de 86,74%. Ces raffineries sont situées dans les provinces de Henan, Guangxi, Shanxi et dans le Shandong, où sont présentes plus de 10 Mt de capacités. Pour les alimenter, la Chine a augmenté ses achats de bauxite de 48,23% à 20,9 Mt pour le seul premier semestre. Secteur bien plus concentré que celui de l’aluminium, les raffineurs d’alumine disposent d’un rapport de force très favorable dans leurs négociations avec leurs clients, note Wang Xiadong. Sur le marché chinois le prix de la tonne d’alumine (hors Chalco) est déjà remonté de 388 dollars en début d’année à 458 dollars.

 

Plus encore que dans les autres pays, les coûts de production de l’aluminium sont fortement influencés par ceux de l’énergie qui en représentent, selon Wang, plus de 40%. Disposer d’une source fiable et bon marché d’énergie est donc déterminant pour les alumineries. La nouvelle géographie de la production d’aluminium est fortement encouragée par la politique de l’Etat central, soucieux de limiter la consommation d’électricité et qui n’a pas hésité à interdire la construction de nouvelles capacités dans le sud du pays.

 

Alors que les stocks détenus par le LME sont toujours pléthoriques, ceux de la bourse de Shanghai ont subi une forte baisse depuis le début de l’année. De 500 000 tonnes l’hiver dernier, ils sont retombés sous les 200 000 tonnes.

 

 

Avec la réduction des mesures fiscales favorables aux exportations, il est difficile de faire des profits en exportant des produits en aluminium, rappelle Wang. Tablant sur un prix du KW de 0,5 yuans (7,83 cents) et un prix de la tonne d’alumine de 454 dollars, le coût de production d’une tonne d’aluminium devrait se situer à 2 788 dollars, a-t-il calculé. Toutefois, les alumineries disposant d’une source d’énergie captive bénéficient d’un coût inférieur. Les prix de l’aluminium se sont sensiblement appréciés à Shanghai et sont toujours nettement inférieurs à ceux du LME. Une situation qui a permis à la plupart des aluminiers chinois de sortir du rouge. Pas plus de 15% des petites unités ont encore un coût supérieur au cours actuel, nous a confirmé Patricia Mohr de Scottia Mocatta.

 

Ce niveau de prix élevé va entraîner la remise en activité de capacités mises en sommeil en 2009 et l’ouverture de nouvelles usines. A moyen et long termes, estime Wang, le prix du métal léger continuera de grimper, poussé par le bas niveau des stocks et les primes de livraison toujours plus fortes.

 

Les statistiques officielles chinoises ne sont pas toujours exactes, les plus fiables étant celles fournies par le secteur lui-même, a tempéré Paul Adkins, d’AZ China Limited. La taille et la dynamique de cette industrie sont difficiles à évaluer pour les étrangers, ainsi que le rôle, ou l’absence de rôle, du parti communiste sur l’industrie aluminière, a-t-il précisé après une expérience de plus de six ans dans le pays. Les Chinois s’urbanisent rapidement, ce qui ne signifie pas que leur mode de vie va devenir semblable à celui des Occidentaux, a précisé Adkins.

 

Malgré un net ralentissement, le taux de croissance de la demande d’aluminium en Chine devrait encore atteindre 13,7% en 2011. Premier utilisateur d’aluminium, c’est le secteur des transports qui subira le reflux le plus marqué. Soutenu par un massif plan de développement des habitations à bon marché, le BTP poursuivra une croissance soutenue, suivi par les secteurs électrique et électronique, la demande de l’emballage restant stable.

 

La croissance de la production d’aluminium a certes ralenti, mais elle demeure positive, souligne Duncan Hobbs, un analyste senior de Macquarie Research. Les analystes participant à la conférence ont tous rappelé que, si la croissance en Chine avait ralenti, elle restait à un niveau toujours très élevé. De 14,5% en juillet, la croissance de la production industrielle chinoise est « tombée » à 13,5%, s’amusait Patricia Mohr. Vu du Canada, le ralentissement de l’Europe et des Etats-Unis est bien compensé par la croissance des pays émergents. D’ici à 2015, notait Tadeu Nardocci, le président de Novelis Europe, l’Asie consommera 50% des produits laminés en Aluminium.

 

La consommation d’aluminium rattrape la production et les capacités, indique Hobbs. Comme pour l’Inde, l’urbanisation rapide est favorable à la consommation de métaux de base. Avec des revenus en hausse, le nombre d’immatriculations en Chine pourrait se trouver à une période équivalente à celle qui a vu aux Etats-Unis, dans les années 1920, la demande d’automobile être multipliée par quatre en dix ans. Le marché est en déficit mais se rééquilibre, note l’analyste qui est confiant dans la solidité des perspectives à long terme.

 

Globalement, la baisse actuelle des prix des matières premières n’a été que de 4,5%, rappelle Patricia Mohr. Les prix sont encore élevés et les marchés globalement très tendus, toujours tirés par les pays asiatiques émergents. Le 12e plan quinquennal de la Chine met en avant une croissance tirée par la consommation. Les cours à nouveau supérieurs à Shanghai par rapport à Londres devrait entraîner un rebond des achats chinois de métal, prévoit Robin Bahr de Crédit Agricole. D’autant qu’il n’y a plus de stocks importants en Chine, surenchéri Gayle Berry de Barclays. Quant aux stocks stratégiques du SRB, ils ne devraient pas intervenir, ils ne sont pas nécessaires dans le contexte actuel, précise l’analyste. 



Une question ? nous contacter


À la une
© L'Usine Nouvelle    - Publicité- Conditions générales d'utilisation