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Jusqu'où peut grimper ce diable de nickel ?

Le 13 mai 2014 par Daniel Krajka


L'arrêt des exportations indonésiennes de minerai de nickel a fait bondir le cours du métal de plus de 50% depuis le début de l'année. Le coup porté à la production de fonte de nickel en Chine va continuer de pousser les cours à la hausse pendant plusieurs années. 


Une fois de plus, le nickel justifie son surnom de métal du diable. Les analystes des métaux, obligés de réviser en forte hausse leurs prévisions de cours, le constatent à nouveau. Depuis le 10 janvier, à la veille de l'interdiction d'exportation des minerais édictée par le gouvernement indonésien, le cours de la tonne de nickel à trois mois a bondi de 57% pour passer au-dessus des 21 600 dollars à l'ouverture du LME. L'arrêt de l'activité de l'usine Vale NC à Goro, en Nouvelle-Calédonie, suite à une fuite d'acide, a encore ajouté à la nervosité du marché et amplifié la hausse des prix. 
 
Les craintes de sanctions contre la Russie sont probablement surévaluées. La Russie est bien un producteur majeur de nickel, avec Norilsk, le numéro un du secteur, mais les marchés ne semblent pas réagir à cette menace. Les cours du palladium ont reculé pendant que ceux du nickel s'envolaient alors que la Russie représente 40% de l'offre globale de ce platinoïde et 12% de celle du nickel. 
 
Pour prendre en compte les nouveaux paramètres du marché du nickel, Grant Sporre de Deutsche Bank a relevé ses prévisions de respectivement 11%, 21%, 50% et 64% pour les années 2014 à 2017. Les mesures d'interdiction des exportations de minerai indonésien ont été plus drastiques qu'attendues, explique l'analyste. Et elles ne risquent pas d'être remises en cause par les élections parlementaires qui ont eu lieu le 9 avril, ni par l'élection présidentielle qui se déroulera en juillet. Le favori, Joko Widodo, candidat du PDI-P, et les autres grands partis indonésiens, Golkar et Gerindra, s'accordent sur la nécessité de conserver ces mesures. 
 
Le prix à payer pour l'économie indonésienne n'est pas si important qu'il parait, confirme David Wilson de Citi. Le manque à gagner pour les 64 millions de tonnes (Mt) de minerais de nickel exportés par l'Indonésie l'an dernier ne dépasse pas 1,68 milliard de dollars, soit environ 0,18% de son PIB, ont calculé les économistes de la banque américaine. La hausse actuelle des cours du nickel devrait engendrer pour les 100 000 tonnes de ferronickel et de mattes de nickel produites en Indonésie un gain représentant la moitié des sommes perdues en interrompant les ventes de minerai. Si, comme prévu, le prix du métal dépasse l'an prochain les 25 000 dollars, la perte serait plus que compensée. 
 
 
De plus, les investissements nécessaires à la création d'une filière aval destinée à traiter le minerai extrait commencent à arriver, validant la politique du gouvernement. Les Chinois Tsingshan, China Nickel Resources, et d’autres producteurs d'acier inoxydables ont mis sur pied des coentreprises avec des compagnies locales pour construire des usines de fonte de nickel ou de ferronickel, affirme David Wilson, dans le dernier Metal Focus, publié par Citi. La production indonésienne pourrait être multipliée par douze à 260 000 tonnes d'ici à 2018. La montée en puissance de l'industrie indonésienne pourrait être moins rapide, mais, même dans le meilleur des cas, le marché du nickel devrait afficher un déficit de 132 000 tonnes en 2015 et de 87 200 tonnes, l'année suivante, prévoit l'étude. Les coûts d'investissement en Indonésie sont sensiblement supérieurs à ce qu'ils sont en Chine, ce qui nécessitera une hausse sensible des cours pour justifier les investissements nécessaires. La Deutsche Bank estime qu'un cours moyen de près de 20 000 dollars sera nécessaire pour entrainer la construction des unités de traitement des minerais. 
 
L'Arabie Saoudite du nickel 
 
Certains commentateurs ont évoqué le rôle de l'Arabie Saoudite sur le marché pétrolier pour expliquer l'importance de l'Indonésie pour le nickel. Mais en 2013, alors que l'Arabie Saoudite produisait 13% du brut mondial, les mines indonésiennes extrayaient 29% du total de nickel, soit 640 000 tonnes. Le deuxième pays producteur, la Russie, ne représente pas plus de 12% de l'offre mondiale. En 2014, estime David Wilson, la part de l'Indonésie ne sera plus que de 7%. Une part difficile à remplacer, même si les Philippines s'y emploient. Deuxième exportateur de minerai, le pays asiatique ne dispose que de minerai à basse teneur. D'ici à 2017, ses exportations pourraient bondir de 100 000 à 120 000 tonnes de métal contenu, ce qui ne compenserait qu'un tiers du trou laissé par l'arrêt des exportations de l'Indonésie, juge Grant Sporre. A un degré moindre, les exportations de minerai de Nouvelle-Calédonie ont bondi de 345% au cours du premier trimestre. 
 
 
La hausse des cours et la moindre disponibilité du métal vont mécaniquement, comme lors des cycles précédents, réduire la demande. La part des aciers inoxydables ferritiques (ne contenant pas de nickel) va s'accroitre aux dépends des aciers austénitiques riches en métal du diable. Les producteurs chinois d'acier inoxydable vont, comme le font actuellement les Européens, augmenter la part des déchets d'Inox dans leurs intrants. Globalement, Deutsche Bank table ainsi sur une "destruction de la demande" de 8% au cours des sept prochaines années. 
 
Les importations de ferronickel par les producteurs chinois ont bondi sur un an de 70% au premier trimestre 2014 alors que les exportations de déchets d'Inox de l'Europe et des Etats-Unis vers la Chine ont rebondi après un quasi arrêt en 2013. Les conséquences sont déjà visibles dans les fortes hausses des scraps d'Inox sur le marché français (voir tableau N1301). Sur le marché européen, l'escompte entre le prix du métal contenu dans les déchets et les cours du LME s'est réduit de 14% à 10%, rapporte Citi. Les consommateurs d'acier inoxydable– stockistes, grossistes, courtiers – se sont hâtés de restocker. 
 
L'envol des coûts de la fonte de nickel
 
Les producteurs chinois de fonte de nickel, en particulier les plus performants utilisant des fours rotatifs, ont été obligés non seulement de réduire leur offre, mais ils ont vu leurs coûts de production s'envoler. Une part importante des minerais importés des Philippines n’est pas adaptée aux fours rotatifs et David Wilson table sur un recul de 100 000 tonnes de leur production à 405 000 tonnes dès 2014. Les prix du minerai indonésien a bondi de 100% et celui du philippin de 155% depuis le début de l'année. Le prix des fontes de nickel de meilleur qualité (10 à 15% de métal contenu) est désormais proche des cours pratiqués sur le LME, note Citi. Si les producteurs chinois les plus importants avaient constitué des stocks massifs, les plus petits ne disposeront bientôt plus de minerai. 
 
 
La hausse actuelle des cours du nickel, 5 000 dollars en cinq semaines, est probablement trop rapide et trop importante, mettent en garde les analystes. Dans le contexte globalement déprimés des métaux de base et des pondéreux, les investisseurs ont joué le nickel à la hausse, amplifiant le mouvement haussier. David Wilson qui attend une correction vers la fin du mois de mai ou début juin, ne l'envisage pas très sévère. Les cours ne devraient pas descendre sous 18 500 dollars avant de repartir à la hausse et de grimper vers les 22 000 dollars. Les attentes de Citi et de la Deutsche Bank pour 2014, 17 585 et 17 046 dollars, sont probablement trop basses, concèdent les deux analystes. Citi prévoit une hausse plus rapide, 23 875 dollars en 2015 et 26 500 dollars en 2016, la banque allemande une augmentation plus lente, 20 625 et 24 000 dollars. Les prévisions des deux organismes se rejoignent ensuite, 26 000 et 25 000 dollars respectivement en 2017 et 2018 pour Citi, 27 000 dollars et 25 250 dollars pour DB. 
 
En 2007, le cours du nickel s'était envolé au-dessus des 50 000 dollars, affichant pour l'année une moyenne de 37 000 dollars. Le cycle actuel sera comparativement plus modéré car de nouvelles capacités, certes couteuses, montent actuellement en puissance. Des complexes comme Talvivaara en Finlande, arrêté fin 2013 car trop couteux, peuvent être réactivés si les prix se maintiennent à un niveau élevé. La délocalisation partielle de la production de fonte de nickel vers l'Indonésie participera au rééquilibrage du marché, tout en maintenant les prix à un niveau suffisamment élevé. Une chance pour un Eramet, redevenu brusquement profitable grâce à la politique indonésienne.

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