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L'ogre chinois se met au régime

Le 12 décembre 2003 par Rédaction L'Usine Nouvelle
* Mots clés :  JP Morgan, ArcelorMittal, Chine

Premier producteur mondial d'acier et d'aluminium et premier consommateur de minerai de fer, de cuivre et d'alumine, la Chine a dopé la demande mondiale de matières premières et joué le rôle central dans l'envol des cours des métaux. Une euphorie qui n'es

Sur le marché mondial des commodités, 2003 aura bien été l'Année de la Chine : à la fois consommateur et producteur, le " dragon ogre " s'est imposé comme l'acteur majeur. Le développement à marche forcée de ses industries produisant pour l'exportation (souvent des transplants) et de celles tournées vers le marché intérieur (biens de consommation, automobile) comme le BTP (urbanisation rapide et explosion de la demande foncière) conjugué aux gigantesques travaux d'infrastructures initiés par l'Etat, a déclenché une colossale demande de matières premières. Pour alimenter la prodigieuse croissance de sa production industrielle - +17,2 % en octobre 2003 par rapport à octobre 2002 -, l'Empire du Milieu est devenu le principal consommateur de métaux non ferreux. En 2003, ses importations, en majeure partie des commodités, auront bondi de 40 % pour répondre à une hausse de 30 % de ses exportations. De plus, comme le souligne une étude de ABN-Amro, " chaque dollar de croissance chinoise induit une consommation de commodités trois fois plus importante qu'un dollar de croissance américaine ". Vertigineux !
Conséquence : en cinq ans, la Chine s'affirme comme le premier utilisateur de minerai de fer, de cuivre, de zinc, de caoutchouc, de coton et le deuxième d'aluminium. Mieux, en 2002, elle représentait 17 % de la demande globale d'aluminium, 20 % de l'alumine, 18 % du cuivre, 24 % du zinc, 28 % du minerai de fer, 21 % de l'acier et 22 % de l'acier inoxydable. Au point de constituer pour de nombreuses commodités, le principal moteur de la croissance de la consommation mondiale et par l'importance de sa demande, de soutenir leurs cours. Une aubaine pour l'économie mondiale victime de la léthargie des pays industrialisés. Et pour les fonds d'investissement qui, par leurs arbitrages, ont accentué la volatilité des cours mondiaux. " Investir dans des entreprises directement exposées à la croissance en Chine, est certainement une bonne idée, même s'il faut tenir compte de certains risques ", souligne le stratégiste Tom Elliot chez JP Morgan Fleming. Consommateur, l'Empire du Milieu est aussi un producteur désormais puissant. En 2004, ses aciéries disposeront de deux fois et demi les capacités de production du Japon. Déjà premier sidérurgiste et aluminier mondial, il est depuis 2002 le numéro un de la production de zinc et d'ici à la fin de 2003, il ravira la première place aux Américains dans le plomb.
Des possibilités de développement gigantesques
Si le rythme de croissance chinois ne pourra échapper au cycle économique, pour l'heure, son bas niveau de consommation de métaux, d'énergie... par tête, encore peu élevé par rapport aux pays du G7, offre à terme des possibilités de développement gigantesques. La consommation chinoise d'acier par tête (150 kilos), est encore loin de celle des Américains (400) ou des Japonais (640). De même, dans les pays industrialisés, celle de cuivre par tête tourne autour de 10 kilos depuis 30 ans, tandis que celle d'aluminium monte lentement vers les 20 kilos. Avec respectivement 2,4 et 3 kilos d'utilisation pour les deux métaux, la Chine dispose là-encore d'une confortable marge de progression. A long terme, prévient même l'économiste en chef de Rio Tinto, David Humphreys, " le monde pourrait expérimenter un renversement structurel de la relation entre le prix des produits manufacturés et celui des matières minières. "
Ce réveil chinois rappelle l'essor industriel de la Corée, du Japon ou même de l'Angleterre du XIXe siècle. Il n'est pas sans conséquence. A court terme, les besoins colossaux du pays ont fait exploser les tarifs du fret maritime (voir l'Usine Nouvelle n°2896). Autre dommage collatéral : la violente appréciation des monnaies des pays producteurs - Australie, Afrique du Sud, Chili... - vis-à-vis du dollar a provoqué un renchérissement de leurs coûts de production. Un phénomène d'autant plus difficile à absorber pour les entreprises que leurs prix de vente sont libellés en dollars. Mais surtout, ce bond pourrait provoquer des risques de rupture ou de surproduction sur certaines matières.
A l'exemple de l'énergie où la Chine doit importer une part sans cesse croissante de sa consommation. Elle est devenue en 2003 le deuxième pays consommateur de pétrole après les Etats-Unis, surpassant le Japon. Sa production de charbon (1,1 milliard de tonnes), la plus importante du monde, ne lui permet de couvrir que les deux tiers de ses besoins. Disposant de 18 milliards de barils de pétrole en réserve (2 % du gisement mondial), le pays, avec une production annuelle de 3,4 millions de barils/jour (3,2 millions en 2006) ne peut seul alimenter une demande d'électricité qui croît à un rythme annuel supérieur à 15 %. Sans compter un parc de véhicules qui augmente exponentiellement. Devenue importateur net depuis une dizaine d'années, il doit acheter environ deux millions de barils/jour pour satisfaire une consommation de 5,4 millions. Résultat : ses importations de brut ont augmenté de 30 % pour les 10 premiers mois de l'année. La Chine représente désormais un tiers de l'augmentation globale de la demande de pétrole. Pour garantir leurs approvisionnements, les entreprises chinoises multiplient d'ailleurs les investissements dans les pays producteurs, notamment au moyen de partenariats ou signent des contrats à très long terme avec leurs fournisseurs.
Parallèlement, sur un marché national encore segmenté par province (les autorités comptaient sur l'adhésion à l'OMC pour unifier le marché intérieur), les Chinois ont démultiplié les projets de développement de capacités. Dans le secteur des métaux par exemple, le niveau de concentration est bien inférieur à celui des pays industrialisés : les dix plus gros sidérurgistes ne fournissent que 40 % de l'acier chinois. Et sur les 1 400 raffineries de cuivre et d'aluminium, seules 4 ont une capacité de production annuelle supérieure à 50 000 tonnes. La Chine ne compte pas moins de 124 raffineries d'aluminium avec une capacité moyenne de 35 000 tonnes par an. Rien à voir avec les 126 unités existantes dans le reste du monde disposant d'une capacité annuelle moyenne de 190 000 tonnes. Ces entreprises d'Etat (SOE) ont entrepris une course au développement sans se soucier des questions de rentabilité. La Chine qui était déjà un exportateur net de zinc, d'étain et de magnésium l'est également devenue pour l'aluminium. Une augmentation annuelle de 25 % de ses capacités, nettement supérieure aux 15 % de hausse de sa consommation, lui a ainsi permis de se repositionner. De plus, les grands des métaux, Posco, Arcelor, JFE, Alcoa, ne veulent pas rater la fête et investissent massivement le marché.
Cette multiplication des capacités ne peut qu'amener, à moyen terme, une situation de surproduction. D'importateur majeur de produits raffinés, le pays deviendra exportateur ou tout du moins réduira ses importations. Déjà l'administration nationale a mis sous surveillance certains secteurs (acier, foncier, ciment, auto et aluminium) car d'importants risques de surcapacités se profilent à moyen terme. Pour éviter une surchauffe provoquée par la bulle foncière, elle a aussi pris des mesures pour resserrer le crédit. La diminution de certains avantages fiscaux devrait également ralentir la croissance des exportations. Dans ce contexte, plusieurs observateurs anticipent un dégonflement des cours des commodités en 2004.
Daniel Krajka

Surchauffe et surproduction
LE NICKEL
+75 % en 2003
1er importateur mondial d'acier inox, la Chine a vu sa consommation apparente, en hausse de 45 %, atteindre 3 millions de tonnes en 2003 pour une production de 1,4 million de tonnes. Les multiples investissements dans le secteur, tant étrangers que locaux, vont inverser la donne. L'explosion de ses capacités pourrait permettre à ce pays de devenir un exportateur net de laminés à froid dès 2005.

L'ALUMINE
+125 % des prix spot en 2003
En 2004, selon la State Development and Reform Commission, la Chine disposera d'une capacité totale de 7,2 millions de tonnes d'alumine mais ne devrait en raffiner que six millions. Une consommation attendue autour de cinq millions de tonnes devrait l'obliger à exporter le million de tonnes restant contre moins de 400 000 en 2003.
LE MINERAI DE FER
+9 % de hausse du prix sur contrat
(+12 % environ en 2004)
1er consommateur, 1er producteur et 1er importateur, la Chine tire le marché mondial de l'acier. Des investissements colossaux Ñ 6 milliards de dollars, en hausse de 133,8 % au premier semestre Ñ dopent la production et pourraient transformer le pays en exportateur net dès le prochain ralentissement de la demande.

Les deux scénarii pour 2004
PAS DE DÉCÉLÉRATION
" Lors de mon séjour en Chine, je n'y ai constaté aucun signe de ralentissement de la croissance, ni de signe d'accroissement des stocks. Les dépenses d'investissement et la hausse du PIB doivent rester fortes pour prévenir l'augmentation du chômage, les risques de troubles sociaux et éliminer les goulets d'étranglement. S'il doit y avoir comparaison, c'est avec l'Europe et le Japon de l'après-1945, quand la reconstruction des infrastructures a produit ce qu'on appellerait " une bulle de 20 ans " ! En Chine, c'est le manque de matières premières, dont l'énergie, qui pourrait limiter la croissance, bien plus qu'une insuffisance de la demande. "

GARE À L'EFFET DOTCOM
" La demande chinoise d'investissement est fondée sur le crédit. Quand le Gouvernement décide de resserrer le crédit, la demande de commodités faiblit. Et les prix chutent. Le massif développement des capacités de production de matières intermédiaires aura un impact sur les prix, la Chine en produisant plus qu'elle n'en consomme. De même, les capacités minières marginales activées par des capitaux spéculatifs produiront du surplus quand le cycle s'inversera. L'aventure chinoise est haussière pour les matières premières, mais attention aux cycles. "

 


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