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"Le reflux actuel des prix n'implique pas que le supercycle est terminé"

Le 18 octobre 2013 par Daniel Krajka
* Mots clés :  Entretien
Nic Brown
Nic Brown

ENTRETIEN 

Entretien avec Nic Brown, responsable de la recherche commodités de Natixis

 

 
La Chine est-elle capable à elle seule d'orienter les marchés des métaux industriels?
Pendant la période de rapide croissance de sa demande, elle amplifiait les mouvements de hausse et de baisse des prix. À partir de 2011, ses capacités de production lui ont permis de réguler le marché du zinc. Dans le plomb et dans le cuivre, elle a limité la volatilité des cours par des mouvements massifs de stockage et de déstockage. 
Déjà, après la crise financière, le SRB qui gère les stocks stratégiques avait procédé à des achats massifs, profitant de l'effondrement des cours mais dans le même temps contribuant à enrayer la chute des cours. Ces actions de stockage et de déstockage sont également l'œuvre des stocks stratégiques à l'échelle des provinces et des différents acteurs chinois, producteurs consommateurs et négociants, tout au long de la filière de l'acier. 
 
Le rachat du LME par la bourse de Hong Kong HKEx s'inscrit-il dans cette volonté de régulation? 
Cette opération devrait faciliter cette politique de modération des prix. Pour obtenir l'autorisation d'ouvrir des entrepôts en Chine la bourse londonienne va faciliter les mouvements de métaux hors de ses entrepôts. La Chine aura grâce à cette acquisition une influence décisive sur la première place de marché des métaux de base. 
 
Le supercycle peut-il être considéré comme terminé?
Ce qui caractérise un supercycle est bien plus le rapide développement économique d'un ou plusieurs pays importants, qu'une longue période de hausse des prix des commodités. Des hausses massives de la demande de métaux s'étaient déjà produites après 1945, avec la reconstruction de l'Europe et du Japon et la montée en puissance de ce dernier pays. Plus tard, ce fut le tour de la Corée et des autres tigres asiatiques d'afficher une forte hausse de leur consommation de matières premières. A un moment équivalent de son développement, la Chine se différencie par la taille de sa population, ce qui explique pourquoi son irruption a déstabilisé les marchés et provoqué une hausse accélérée des prix. Le reflux actuel des prix ne signifie pas que le supercycle est terminé. La Chine a encore un long chemin à parcourir avant d'être devenu un pays à revenus élevés. 
 
L'évolution de sa croissance va-t-elle modifier les besoins en métaux de la Chine?
Le 12e plan quinquennal veut accompagner la transition de l'économie vers une phase dans laquelle les investissements et les exportations joueront un rôle plus limité au bénéficie de la consommation intérieure. Le gouvernement veillera à maintenir l'activité car la question de la cohésion sociale est centrale pour les autorités. La croissance ne doit donc pas ralentir pour préserver l'emploi. La lutte contre la pollution est également une priorité, coïncidant avec la fin de la priorité donnée aux industries lourdes. L'augmentation du nombre d'habitants avec un revenu moyen augmentera la demande de produits de consommation – électroménager, électronique et même automobile – soutenant la demande de métaux de base et de métaux mineurs.  
 
Où en sont les négociations entre mineurs et raffineurs pour le cuivre? 
Les négociations annuelles s'annoncent difficiles. La forte augmentation de l'offre de concentrés est bien sûr favorable aux raffineurs et les coûts de traitement et de raffinage (TC/RC) qui étaient de respectivement 70 dollars par tonne et 7 cents par livre ne pourront que s'apprécier. Mais l'augmentation attendue des capacités de raffinage devrait se solder par un accord autour de 80-90 dollars (8/9 cents) en deçà des plus de 100 dollars et 10  cents réclamés par les raffineurs. 
 
Le marché du cuivre est-il enfin en surplus ?
L'International Copper Study Group annonce déjà un important surplus mais l'organisme n'a pas tenu compte des 300 000 tonnes de cuivre arrivées sur le marché en provenance de stocks chinois non déclarés. Nous attendons pour 2013 un marché à l'équilibre avec un léger surplus de 75 000 tonnes. Nous attendons un léger déficit en début d'année 2014, puis les nouvelles capacités cuivreuses plongeront le marché en surplus pour plusieurs années. Codelco, le premier producteur mondial, aura du mal à trouver les énormes financements nécessaires à la hausse de sa production. Appartenant à l'Etat chilien, le groupe peinera à garder une part suffisante de ses profits face aux besoins grandissant de l'Etat. 
 
Les cours de l'aluminium et du nickel vont-ils rester déprimés? 
Les marchés du nickel et de l'aluminium continueront de subir des surplus importants. Malgré des fermetures de capacité des aluminiers occidentaux, le marché de l'aluminium subi les conséquences des surcapacités chinoises. Toutefois, les autorités chinoises devraient prendre des actions plus radicales contre ces surcapacités aussi polluantes que voraces en énergie. Malgré le rééquilibrage attendu du marché, la "libération" des millions de tonnes stockées dans les entrepôts du LME va peser sur les prix spot mais soutenir les cours à plus long terme. 
Ployant sous le double effet de l'ouverture de nouvelles mines et de la hausse rapide de la production de fonte de nickel en Chine, le marché du nickel affiche toujours d'importants surplus. Malgré une amélioration de la demande les surcapacités laisseront les cours déprimés. Le premier producteur du monde, le russe Norilsk, a même décidé de privilégier le palladium et le cuivre dans sa production. 
 
Quels sont les non-ferreux les mieux soutenus?
Depuis plusieurs années, on prévoit l'épuisement d'importants gisements de zinc et de plomb. Ces fermetures sont finalement en train de se réaliser alors que la demande des grands pays émergents s'accroit rapidement, en particulier pour la galvanisation. La recherche de nouveaux gisements est limitée par le manque de financements disponibles pour les juniors. Une hausse des cours du zinc encouragera au début les producteurs chinois à augmenter leur offre en redémarrant des capacités à l'arrêt. Une fois toutes ces capacités redémarrées, les prix devront encore s'apprécier.

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