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"La logistique n'a pas suivi l'accroissement de la production brésilienne de soja"

Le 18 février 2014 par Franck Stassi
* Mots clés :  Entretien, Produits agricoles
Sebastien Poncelet
Sebastien Poncelet

ENTRETIEN 

Entretien avec Sébastien Poncelet, consultant chez Agritel.


D'après le département américain de l'Agriculture (USDA), la production brésilienne de soja devrait atteindre le niveau record de 90 millions de tonnes (Mt) en 2013-2014.
 
Ces perspectives se confirment-elles ?
Pour nous, ce chiffre de 90 Mt constitue un maximum. La Conab, qui fournit les chiffres officiels, a abaissé le 12 février ses prévisions de récolte, passant de 90,3 à 90 Mt. Est-ce que le Brésil réalisera une récolte record ? C’est bien parti pour. Est-ce que cette récolte sera aussi importante que ce que l’on attendait ?
 
Quel pourrait être l'impact de la sécheresse qui frappe actuellement le pays ?
L’impact de la sécheresse consiste en des rendements moins bons que prévu sur les cultures les plus fragiles, au sud du Brésil, qui n’ont pas atteint leur stade de maturité. Nous sommes quand même sur des rendements et une surface record. La récolte ne va donc pas s’effondrer, d’autant plus que les récoltes sont bonnes dans le Mato Grosso. Cela peut toutefois retirer les quelques millions de tonnes superflues sur lesquelles peuvent se réaliser les plus grosses marges pour atteindre un niveau de production record.
 
La production brésilienne de soja a progressé de 40 % au cours des six dernières années. Quelles raisons expliquent cette hausse ?
Une grande partie de cette hausse vient des surfaces, et non pas des rendements. Sur les six dernières années, les surfaces ont augmenté de plus de 30 %, tandis que les rendements n’ont progressé que d’environ 4 à 5 %. Cela risque de caler. En 2006, les surfaces atteignaient 21 millions d’hectares (Mha). Actuellement, le Brésil exploite environ 29,66 Mha (2013). Il y a une vraie extension du soja dans le Mato Grosso, au centre du Brésil, et à la lisière de la forêt amazonienne, où les cultures avancent. En une campagne, les surfaces ont presque progressé de 2 Mha entre 2012 et 2013. Le gouvernement brésilien permet davantage de déforestation, ce qui favorise l’extension du soja. En aval, « l’ogre » chinois ne cesse d’accroitre ses importations. Sur les six dernières campagnes, les importations chinoises de soja ont augmenté de 80 %, soit une hausse de plus de 30 Mt. Parallèlement, la production brésilienne a augmenté de 27 Mt. Le Brésil est le pays qui répond le plus à la demande chinoise.
 
Les difficultés logistiques rencontrées par les entreprises, notamment dans le Mato Grosso, peuvent-elles affecter la dynamique exportatrice du pays ? 
Oui. Plus les récoltes sont importantes, plus les difficultés logistiques apparaissent. Le Mato Grosso est enclavé à plusieurs milliers de kilomètres des ports. Ce problème, qui a fortement bloqué les sorties et les ventes l’an passé, peut se renouveler aujourd’hui. Le Brésil fait toutefois des efforts, avec des investissements pour draguer les rivières. Les autorités souhaiteraient aussi passer par les ports du nord du pays et favoriser le chemin de fer. Les entreprises essaient de terminer les ventes de maïs avant de charger du soja, pour éviter de surcharger les ports. Il y a des améliorations, mais il est évident que la logistique n’a pas suivi l’accroissement de la récolte. C’est un des principaux facteurs qui pénalisent le pays à ce jour.
 
Ces difficultés sont-elles amenées à se résorber ?
Ces difficultés sont amenées à se résorber. Toutefois, la Coupe du monde de football en 2014 et les Jeux Olympiques de 2016 mobilisent de nombreux investissements : la logistique n’est pas forcément la priorité. Ces constructions nouvelles, comme les routes, peuvent améliorer la situation, mais à la marge.
 
Quels défis doit, selon vous, relever le Brésil pour s'imposer durablement au rang de premier producteur et exportateur mondial de soja, devant les Etats-Unis ?
Ces grands enjeux résident dans la durabilité agronomique et écologique et dans la logistique. Le soja est cultivé de façon récurrente, sans qu’il n’y ait forcément de rotation dans les cultures. Des maladies commencent à apparaître, notamment la rouille asiatique (depuis 2004), qui prend de plus en plus d’ampleur. On commence aussi à apercevoir des infestations d’insectes de plus en plus importantes. Pour autant, ces fléaux sont maîtrisés par l’usage de pesticides. Néanmoins, cela finira par être pénalisant. Par ailleurs, la logistique est essentielle. Les Etats-Unis ont, dans ce domaine, une longueur d’avance, en disposant d’une logistique hors pair en bénéficiant notamment du Mississipi.

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