imprimer Ajouter à vos favoris envoyer à un ami Ajouter à mes favoris Delicious Partager cet article avec mon réseau profesionnel sur Viadeo linkedin Partager cette page sous Twitter S'abonner au flux RSS de Indices et Cotations

"L'environnement est assez prometteur, en termes de prix, pour les marchés agricoles"

Le 28 janvier 2014 par Franck Stassi
* Mots clés :  Entretien, Produits agricoles
Pierluigi Londero
Pierluigi Londero

ENTRETIEN 

Entretien avec Pierluigi Londero, chef de l’unité Modélisation agricole et prévisions à la Direction générale de l’agriculture et du développement rural de la Commission européenne, suite à la publication des Perspectives pour les marchés et les revenus agricoles pour la période 2013-2023.


Quels sont les principaux enseignements des perspectives pour les marchés agricoles pour la décennie à venir ?
La demande est assez forte dans le secteur des produits animaux, et notamment dans celui des produits laitiers. Même si le développement de la demande ne suit pas une augmentation soudaine, mais graduelle, la démographie mondiale influe les marchés. La classe moyenne progresse dans certains pays émergents. Le Brésil demeure le premier exportateur mondial de produits agricoles, mais se concentre davantage sur son marché intérieur, d’où une agressivité moindre en termes d’exportations. De ce fait, les prix mondiaux tendent à augmenter.
 
Quelles en sont les conséquences sur le marché européen ?
Sur le marché de la viande, le Brésil était le principal exportateur vers l’Union européenne jusqu’en 2007. Avec la flambée des prix, l’augmentation de sa demande intérieure et des problèmes sanitaires, ses exportations vers l’Union européenne se sont fortement réduites. Plus généralement, l’environnement est assez prometteur, en termes de prix, pour les marchés agricoles en général.
 
Comment sont établies vos prévisions ?
Nous réalisons un exercice annuel de prévisions qui débute au mois de juillet. Nous partons d’une base solide représentée par les prévisions à moyen terme de l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques) et de la FAO (Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture), publiées en juin et en juillet. Nous effectuons une actualisation en septembre, en adaptant les modèles. Nous nous basons sur les dernières prévisions macroéconomiques et la récolte de l’année en cours. La Direction générale de l’agriculture et du développement rural établit ses prévisions avec l’aide du centre de recherche interne à la Commission européenne (l’Institut de prospective technologique), ainsi qu’à partir de groupes de travail, dont une session est ouverte à des experts mondiaux. Nous y présentons nos projets, soumis à leurs avis. In fine, nos prévisions à dix ans sont publiées en décembre. Il s’agit donc du mélange d’un exercice basé sur des prévisions économiques et d’avis d’experts.
 
Comment interagissez-vous avec les organismes nationaux ?
Nous bénéficions beaucoup de leur apport, parce qu’ils sont très utiles à l’information des marchés et pour l’établissement des prévisions à court terme. Certains pays publient des données avant qu’elles ne soient disponibles sur Eurostat, notamment en termes de prix ou de collecte de lait, comme la France avec France AgriMer.
 
Les prix des céréales devraient rester au-dessus de leurs moyennes historiques d’ici à 2023. Quels sont les produits concernés, et comment ces prévisions peuvent-elles se traduire en termes chiffrés ?
Nous consacrons, dans nos prévisions, trois tableaux au maïs, au blé tendre et à l’orge. L’idée générale est que les prix ont été très élevés au cours des deux dernières campagnes, en raison de récoltes plus basses que la moyenne. Les marchés sont restés très tendus, avec des stocks très bas en fin de campagne et des prix assez élevés. La récolte de l’été 2013 s’est avérée assez bonne, d’où un recul de 20 % à 30 % des prix qui constitue un retour à une situation un peu plus normale. La tonne de blé tendre valait 243 euros en 2012. Nous estimons qu’elle vaudra 186 euros en 2023. Les prix de marché resteront toutefois plus élevés qu’avant 2007, année au cours de laquelle les prix des produits agricoles avaient fortement progressé.
 
Quel serait l'impact de la suppression prochaine des quotas sucriers dans l’Union européenne ?
Nous avons pris en compte l’impact de la fin des quotas sucriers en 2017. Nous nous attendons, avec nos outils de modélisation, à une hausse de la production en Europe. Il y a des producteurs très compétitifs en France, en Allemagne et en Belgique, qui peuvent produire plus, mais les prix vont baisser de façon importante. Les prix seront beaucoup plus bas qu’aujourd’hui, d’où une possible concentration de la production dans les régions les plus adaptées à cette culture, comme le nord de la France, la Belgique et les Pays-Bas.
 
Dans quelle mesure la consommation de viande par habitant devrait-elle se redresser Ă  partir de 2014 ?
La consommation de viande dans l’Union européenne a baissé ces dernières années. Plusieurs causes l’expliquent, parmi lesquelles la crise économique. La viande bovine, avec ses prix très élevés, a vu sa demande se tasser. De plus, on ne peut pas consommer les choses que l’on n’a pas : la production de viande bovine et porcine a aussi baissé pour des causes externes. En 2012, l’adoption de nouvelles règles de bien-être animal pour les truies a conduit à une adaptation des élevages, que certains agriculteurs en fin de carrière ne réalisent pas. Si toutes les exploitations sont aux normes, nous prévoyons, au vu de la forte demande et des prix élevés, un redressement de la production. La consommation de viande devrait augmenter un peu au cours des prochaines années, tout en restant inférieure à son niveau de 2011. Nous sommes dans une phase où la consommation de viande a cessé de croître.

 


Une question ? nous contacter


À la une
© L'Usine Nouvelle    - PublicitĂ©- Conditions gĂ©nĂ©rales d'utilisation