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"L'activité de fusion-acquisition ne se redressera pas dans l'immédiat"

Le 24 septembre 2013 par Daniel Krajka
* Mots clés :  Entretien


ENTRETIEN 

Entretien avec Christian Mion Associé EY, responsable mines de la région Europe, Moyen-Orient, Inde, Afrique, et membre de la direction du secteur mines.

 


Comment expliquer que les grandes compagnies – Rio vient d'abandonner la cession de Pacific Aluminium –  ont tant de mal à réaliser leurs programmes de cessions d'actifs? 
C'est une situation classique dans laquelle l'offre ne rencontre pas la demande. Plus précisément, c'est le décalage entre les estimations ou les espoirs de niveau de prix des actifs envisagés par les deux côtés qui ralentit ou empêche les opérations. Les nouveaux dirigeants des grandes compagnies minières ne veulent pas, dans trois ans ou  plus, être présentés comme ceux qui ont bradé des gisements, des projets ou des entités de production.
 
L'activité de fusion-acquisition peut-elle se redresser rapidement? 
Certainement, mais pas dans l'immédiat. Les grandes compagnies minières sont en pleine restructuration après leurs investissements massifs des dernières années. Il leur faudra plus d'un an pour réorganiser leurs portefeuilles d'actifs et céder ceux qui ne semblent plus indispensables. Ce sont les petites compagnies qui vont procéder à des fusions. Celles qui sont à court de liquidités se marieront avec d'autres qui ont une trésorerie pleine mais désirent acquérir de nouveaux actifs. Les aurifères seront les premières actives. 
 
La croissance de l'activité minière en Afrique va-t-elle s'accélérer?
J'étais à la conférence Africa Down Under, qui s'est tenue à Perth en Australie du 26 au 30 août. Les participants au plus important forum sur l'investissement minier australien en Afrique étaient moins nombreux, mais plus professionnels que l'année précédente. Les sociétés australiennes jouent un rôle majeur en Afrique, où elles ont investi 80 milliards de dollars dans 700 à 800 projets. Ce vaste mouvement d'investissement bénéficie de l'encadrement de l'Etat australien. Malheureusement, les pays africains n'envoient pas de signes positifs aux investisseurs. L'insécurité est de retour, même dans un pays comme le Mozambique qui a reçu des dizaines de milliards de dollars d'investissements. Plus grave, on estime à ce jour que les codes miniers de 51 pays africains sur 54 sont actuellement en voie de durcissement. Cette opération aurait été sans incidence négative en haut de cycle, aujourd'hui elle va se conjuguer à un moindre appétit pour les matières premières des investisseurs. 
 
Les entreprises chinoises et indiennes semblent marquer une pause. Vont-elles bientôt repartir à l'assaut des gisements à l'étranger? 
L'Inde souffre de son organisation fédérale qui affaiblit le rôle de l'Etat central. Contrairement à la Chine, il n'y a pas de politique indienne dans les investissements miniers à l'étranger. Les entreprises chinoises, qui peuvent bénéficier de la force de frappe de plus de 3 200 milliards de dollars de réserves monétaires de Pékin, ont appris de leurs erreurs. Après l'échec de leur tentative d'assaut frontal en Australie, elles pratiquent une politique plus consensuelle. Cette dernière leur permet de participer au développement des gisements australiens et d’avoir une présence accrue dans le monde occidental (Etats-Unis, Canada) ainsi qu’en Afrique où une enveloppe du gouvernement central de plus 30 milliards de dollars est disponible pour des infrastructures.  
 
Quelle est la situation des juniors en termes de financement?
Les petites compagnies minières spécialisées dans l'exploration, les juniors, se retrouvent étranglées par le manque de financements. Il y a cependant de bonnes opérations à faire. De nouveaux groupes financiers pourraient bien arriver. Des groupes émiratis pourraient profiter d'une situation qui leur est favorable pour faire des emplettes à bon compte.  
 
De nouvelles introductions sont-elles possibles alors que les cours des métaux continuent de baisser?
La reprise pourrait s'amorcer en 2014, il devrait y avoir un peu plus d'appétit pour les matières premières. Une situation qui devrait permettre une reprise progressive des introductions.  
 
Comment concilier la volonté des actionnaires d'un retour rapide de leurs investissements avec le temps long de l'investissement minier?
Les financements actuels se font massivement sur des pépites qui offriront un retour rapide aux investisseurs. Par contre, il y a un vrai credit crunch sur les projets qui démarrent. Les investisseurs réclament des informations exhaustives et fiables avant de se lancer dans un environnement toujours plus complexe au niveau règlementaire. 
 
Quelles sont les dangers de l'amplification des lois anti-corruption?
De nouvelles lois entrent en vigueur ou se renforcent dans toutes les zones, Australie, Canada, Etats-Unis, Royaume-Uni et Union européenne. Les sociétés françaises sous-traitantes des compagnies minières sont potentiellement concernées  y compris  celles qui ne sont pas cotées. 
 
Est-il toujours moins onéreux de procéder à une acquisition que de développer un nouveau projet minier?
Les prix d'achat des compagnies minières sont toujours inférieurs aux coûts totaux capitalisés de leurs actifs. 
 
Le rejet des grands projets greenfield, professé par un Ivan Glasenberg, peut-il engendrer un nouveau cycle haussier des matières premières?
Malgré les baisses annoncées des capex, pas moins de 250 milliards de dollars seront encore dépensés dans des investissements d'ici à 2015 par les vingt plus grandes compagnies minières. De quoi répondre à la hausse attendue de la demande. Les investissements en recherche géologique ne semblent pas diminuer. L'un de mes  clients a investi 75 millions de dollars de recherche d'exploration en vue d'étendre un seul site minier.

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