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"Il faut livrer des volumes et des qualités de blé qui correspondent à la demande mondiale"

Le 31 octobre 2013 par Franck Stassi
* Mots clés :  Entretien, Produits agricoles


ENTRETIEN 

Entretien avec Michel Ferret, chef du service Marchés et études des filières de France AgriMer.


Quel bilan tirez-vous de la campagne 2012-2013 sur les marchés français et européens du blé ?
Au niveau français, la récolte de blé 2012 a été sensiblement supérieure à celle de l’année précédente, avec 35,6 millions de tonnes (Mt) contre 34 Mt en 2011. Ces disponibilités supérieures nous ont permis d’alimenter de manière assez importante les exportations sur les pays tiers [hors Union européenne], sur lesquelles nous avons enregistré un excellent résultat avec 9,9 Mt exportées, contre 8,5 Mt lors de la campagne précédente [la campagne de commercialisation commence le 1er juillet de chaque année et se termine le 30 juin de l’année suivante]. Ces volumes sont du même ordre que celui atteint en 2009-2010. Ce niveau d'exportation est plus qu’honorable, d’autant que la qualité des blés n’était pas forcément au rendez-vous. Les collecteurs ont fait un gros travail de sélection pour répondre aux demandes des acheteurs : la qualité des blés est un facteur essentiel à l’exportation, et ce d'autant plus que les cahiers des charges deviennent de plus en plus exigeants. Il s’agit d’un grand défi pour la filière.
 
La récolte de blé tendre 2013 est estimée à 36,9 Mt pour la campagne commerciale 2013-2014. Ce chiffre se situe-t-il dans la moyenne des dernières années ?
La collecte, qui représente les quantités commercialisées par les agriculteurs [la production, à laquelle on retire la consommation et le stockage à la ferme], est estimée à 33,5 Mt pour le 30 juin 2014, soit 3 % de plus que la moyenne de la campagne précédente. Seulement 50 % de la collecte a été réalisée pour le moment. L’entrée dans la campagne 2013-2014 s’effectue avec des stocks de report, tirés de la campagne précédente, très étoffés (2,9 Mt). De plus, la production est supérieure de 1,3 Mt. Ces deux éléments nous donnent davantage de marges de manœuvre pour alimenter l’export. Maintenant, c’est à nous de jouer, en ayant des prix attractifs et en offrant à nos acheteurs une qualité répondant à leurs besoins, et ce d’autant plus que nous avons cette année une forte demande internationale. Certains pays, tels que la Chine, risquent d’importer beaucoup plus cette année, et nos marchés traditionnels du Maghreb restent structurellement déficitaires.
 
Quelles sont vos prévisions de livraisons de blé dans l’Union européenne ?
Nous prévoyons un volume de 7 Mt, en ligne avec les quantités vendues l’an dernier. Il s’agit, à mon avis, d’un minimum. La moitié de ces 7 Mt est destinée au Benelux, notre plus gros acheteur. Sur ces 3,5 Mt, un volume assez appréciable est utilisé pour l’alimentation animale. Pour ce débouché, nous entrons en concurrence avec du blé importé par exemple d’Ukraine, qui est désormais un fournisseur traditionnel pour l’alimentation du bétail. Ce sont de redoutables concurrents en termes de prix, d’autant que les blés russes et ukrainiens présentent une teneur en protéines élevée. Lorsqu’à terme, l’Ukraine aura totalement maîtrisé ses problèmes de logistique, elle sera un concurrent redoutable sur les débouchés meuniers. Il faut qu'il y ait une prise de conscience en France. La part de nos blés panifiables supérieurs est tombée à 69 %, contre 80 % en 2007.
 
Comment la hausse de la demande mondiale concoure-t-elle à l’appréciation des prix à l’exportation du blé tendre et, plus généralement, des céréales françaises ?
Sur le marché mondial, nous avons affiché un objectif assez ambitieux de 11,2 Mt à l’exportation vers les pays tiers, soit environ 30 % de notre production. En intégrant l’Union européenne, le chiffre s’élève à plus de 18 Mt, soit environ 50 % de notre production. Nous sommes donc tout à fait liés à l’évolution de la demande et des prix sur le marché mondial. Nous devons être en mesure de livrer des volumes et des qualités qui correspondent à la demande mondiale. Nos acheteurs resserrent leurs cahiers des charges, avec des exigences qualitatives croissantes. Nous assistons, par ailleurs, à l’émergence de concurrents dans l'Union européenne, fournissant des blés structurellement supérieurs en protéines. L’Union européenne a exporté plus de 20 Mt sous forme de blés en grains et de farines. Les pays baltes (Lettonie, Lituanie, Estonie), qui font d'excellents blés, ont exporté plus d’1 million de tonnes. Deux années sur trois, ces pays ont une bonne qualité, et n’ont pas les mêmes désagréments climatiques que la Russie, par exemple.
 
La production de blé dur a perdu 26,4 % sur un an, à 1,7 Mt. Quels facteurs expliquent cette baisse ?
L’année dernière, la qualité des blés durs a été décevante dans certaines régions. Une partie des blés durs a été déclassée et n’a pu être utilisée en semoulerie. Le rendement moyen du blé tendre était, l’année dernière, de 73 quintaux à l’hectare, et celui du blé dur de 54 quintaux à l’hectare. Pour la même surface, les agriculteurs s’attendent à une rémunération qui compense le différentiel de rendement, soit un prix du blé dur au minimum 35 % plus élevé que celui du blé tendre. Or, en raison du déclassement d’une partie des blés durs, certains producteurs n’ont pas touché de prime, ce qui ne les a pas incité à produire l’année suivante. Par ailleurs, pour répondre à la demande croissante de la meunerie espagnole en blés de haute qualité, on assiste, dans le sud de la France, à un fort développement des cultures de blé tendre de qualité supérieure. Certains producteurs de blé dur se sont donc réorientés vers le blé tendre.

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