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« Face à la rareté, la spéculation fait monter les prix »

Le 03 novembre 2011
* Mots clés :  Entretien


ENTRETIEN  Entretien avec François Loos, député du Bas-Rhin, coresponsable du « Rapport d’information sur le prix des matières premières »

Qu’avez-vous constaté de majeur suite à votre enquête précédant la sortie du « Rapport sur le prix des matières premières » ?
Nous avons surtout apprécié la rareté réelle de certains métaux. Une situation provoquée par une offre insuffisante, peinant à répondre à l’irruption de la demande des pays émergents, la Chine en tête.
Ma connaissance du secteur avait été plutôt forgée face aux surcapacités de la période précédente. Je m’étais heurté à ce problème pour le coton et l’acier notamment. Aujourd’hui, au contraire, ce sont les pénuries relatives de certaines matières qui sont la question principale.
Cette rareté relative a attiré l’attention de fonds d’investissement de tous ordres. Les fonds de pension ont ainsi décidé de placer 5% de leurs actifs sur les matières premières. Mais cette arrivée n’est pas neutre ! Deux banques d’affaires détiennent une grande part des entrepôts du LME. D’autres contrôlent une part décisive de marchés aussi importants que le pétrole brut et le cuivre. 

Quel est le rôle des investisseurs dans la fixation des prix des matières ?
Sur le rôle de la spéculation, l’ensemble des experts et des organismes que nous avons consultés ont affirmé qu’aucune étude n’avait pu démonter un lien de causalité entre l’activité sur les marchés à terme et l’évolution des prix physiques. Outre leur utilité de contrepartie sur les marchés auxquels ils apportent de la liquidité, les spéculateurs ne font que suivre l’évolution des prix, ils ne la provoquent pas. Ils amplifient cependant les mouvements, à la hausse comme à la baisse. 

Peut-on encadrer cette spéculation ?
Les deux axes principaux sont l’amélioration de l’information sur les acteurs et les opérations qu’ils mènent et la possibilité pour les régulateurs de fixer des limites de position.
Ce sont les Etats-Unis qui sont actuellement en pointe. Leur organe de surveillance sur les marchés de matières premières, la CFTC, a décidé, dans le sillage de la loi Dodd-Franck de limiter les positions. A Londres, la FSA, l’équivalent de notre AMF, prétend que ce n’est pas la bonne méthode, indiquant que contrairement à ses homologues américains elle a découvert des mises en place de corners. Il est important également d’encadrer les marchés de gré à gré, qui échappent à la régulation, même si c’est très difficile à mettre en œuvre. Il s’agit de limiter la volatilité des prix, non de la faire disparaître.

Dans votre rapport, la solution doit-elle être trouvée à l’échelle européenne ?
La politique à mettre en œuvre devrait l’être au plan mondial ; elle est d’ailleurs au programme du G20. A défaut, elle doit l’être au niveau européen. Outre la sensibilisation des industriels - en progrès actuellement -, il faut élaborer une stratégie commune aux Etats et aux industriels pour sécuriser les approvisionnements en matières premières critiques, en particulier en identifiant celles dont l’approvisionnement peut devenir aléatoire. Plusieurs leviers doivent être actionnés, recyclage, constitution de stocks et investissements dans des mines à l’étranger.
Un niveau élevé de prix justifie les substitutions d’un élément par un autre, durablement plus disponible et moins cher. De même, le prix durablement élevé du pétrole favorise le développement des biocarburants.
La constitution de stocks n’est pas la panacée universelle. Dans le passé, cette politique a connu des échecs cuisants et il ne faut pas oublier que la notion de criticité pour les métaux évolue très vite.
Le recyclage doit jouer un rôle important dans la sécurisation des approvisionnements de l’Europe. Pour cela, il ne suffit pas de récupérer les déchets, mais il est nécessaire de les traiter en Europe, plutôt que de les exporter, pour en faire de nouvelles matières.

Quelles seraient les mesures les plus urgentes ?
Ce ne sont pas les spéculateurs qui créent la pénurie. Les investissements dans les mines sont les clés d’un approvisionnement sécurisé et durable en minerais nécessaires au bon fonctionnement de nos industries.
La régulation des échanges doit assurer la plus grande transparence possible. Existe déjà le Conseil de sécurité financière.
Il faudrait également mettre fin au blocage de centaines de produits indispensables à nos productions. L’OMC, dans sa configuration actuelle, ne suffit pas et il lui faut évoluer pour lever les obstacles à la libre circulation des matières.
Il est indispensable cependant, dans un cadre loin d’être parfait de développer les investissement, substitution, recyclage et innovation permettant d’atténuer les conséquences des tensions sur les marchés.

Le rapport remis à l’Assemblée Nationale 
 


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