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Entretien avec Marc Miribel, président de MP Hygiène,

Le 11 mars 2010 par Pascal Coesnon
* Mots clés :  Entretien
Marc Miribel Président MP Hygiène
Marc Miribel Président MP Hygiène

ENTRETIEN  Fabricant et distributeur ardéchois de produits à usage unique dans les domaines de l'essuyage, de l'hygiène et de la protection individuelle (36 millions d'euros de chiffre d’affaires en 2009, 80 salariés)

 

« Le séisme au Chili perturbe le marché de la pâte à papier de l’Hémisphère nord »

 

Quel est l’impact du séisme qui a touché le Chili sur le marché de la pâte à papier ?

Le Chili est le second producteur mondial de pâte à papier. Il représente 8 à 9 % de la production mondiale, avec 4,8 millions de tonnes produites annuellement, dont 4 illions provenant de la zone touchée. Les acteurs principaux sont Empresas CMPC, Arauco et Norske Skog. Leurs usines ont été plus ou moins touchées et sont à l’arrêt, dans l’attente d’une évaluation des dégâts et de réparations éventuelles. Les infrastructures routières et portuaires ont également été endommagées, ce qui pose le problème de la capacité d’exportation après la remise en route des usines.

Cela pousse leurs principaux clients, les acheteurs chinois, qui ont de gros besoins en pâte pour leur marché intérieur, notamment pour le bâtiment, le papier et le carton d’emballage, à reporter leur demande sur les sources européennes et nord-américaines. Ce qui entraîne une forte baisse des stocks qui avaient déjà atteint leur plus bas niveau depuis sept ans au troisième trimestre 2009. Ils sont passés sous les 30 jours et devraient encore décliner. Les prix à court terme de la pâte sont donc à nouveau fortement à la hausse, après avoir connu six augmentations consécutives en 2009, en grande partie liées à la forte demande asiatique.

 

Comment vont réagir les producteurs locaux s’ils sont incapables d’assurer leurs livraisons ?

Les grands producteurs ont déclaré un cas de force majeure pour se libérer de leurs obligations contractuelles de fourniture de pâte. Ils indiquent que leurs usines sont à l’arrêt pour une période non définie et qu’ils ne peuvent pas estimer les dégâts en l’absence de courant électrique et de moyens de communication.

 

Les producteurs de l’Hémisphère nord pourront-ils répondre à une hausse de la demande si les unités de production chiliennes restent paralysées plus longtemps que prévu ?

Clairement, le marché se tend et les producteurs de pâte de l’Hémisphère nord ne pourront pas satisfaire l’intégralité de la demande mondiale si le Chili ne peut reprendre ses exportations rapidement.

 

Dans un contexte de forte baisse des stocks, envisagez-vous des fermetures de papeteries à court terme ?

La fabrication de papier se fait en continu. Il n’est pas possible de produire par à-coups. Il est évident que s’ils doivent faire face à des ruptures de stocks de pâte, certains papetiers devront arrêter leur outil de production en attendant de renouveler leurs stocks. La pérennité de ces usines dépendra de la durée de l’arrêt. Avec en conséquence prévisible une baisse de l’offre à moyen terme.

 

La hausse de la pâte aura-t-elle une influence sur les fibres de recyclage ?

Les hausses successives des pâtes vierges entraînent mécaniquement les hausses des produits de substitution, vers lesquels se tournent les acheteurs.

 

Etes-vous impacté par l’évènement ? Cherchez-vous des sources d’approvisionnement alternatives ?

Dans un premier temps, notre politique de « sourcing » diversifié, nos accords avec nos fournisseurs et notre stock actuel nous permettront de continuer à livrer nos clients. En parallèle, nous cherchons des sources alternatives pour assurer nos approvisionnements dans le cas où la situation perdurerait.

 

Allez-vous répercuter la hausse des prix de la pâte sur vos clients ?

Nous sommes contraints de répercuter ces hausses à nos clients revendeurs dès le 1er avril. La gestion tarifaire devient pour nous extrêmement complexe dans les conditions d’instabilité des cours des matières premières que nous connaissons depuis 2008. Non seulement nous sommes impactés par les impondérables comme cette catastrophe naturelle. Mais nous subissons en plus les hausses liées à trois facteurs : la migration massive des activités spéculatives des valeurs financières vers les marchés de matières premières ; l’effet mécanique de réassort après la phase attentiste qui avait poussé les revendeurs, notamment américains, à réduire leurs stocks ; et le coût du transport maritime qui vient d’augmenter de 30 %.

Sur un marché où traditionnellement les tarifs sont établis à l’année, par exemple dans le cas d’appels d’offres, ces variations brutales peuvent déséquilibrer les structures des industriels et des revendeurs. La seule solution viable à terme pour la filière française, industriels et revendeurs, est de faire payer au client final le prix de marché sur la base de variations mensuelles indexées sur le coût des matières premières.

Dans le cadre d’un support efficace de l’industrie et de ses partenaires revendeurs, les autorités françaises devraient sans doute encourager fermement les collectivités locales et autres pouvoirs adjudicateurs à inclure ce type de clause régulatrice dans leurs appels d’offres, sous peine d’amplifier les problèmes des entreprises déjà fortement touchées par la crise.

Propos recueillis par Pascal Coesnon

 

Voir aussi: "Le tremblement de terre chilien secoue le marché de la pâte à papier"


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