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"Arrêtons le massacre de l'industrie papetière française"

Le 13 février 2015 par Myrtille Delamarche
* Mots clés :  Entretien
François Vessière, directeur associé Tops Consult
François Vessière, directeur associé Tops Consult
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ENTRETIEN 

François Vessière, directeur associé de Tops Consult et expert de la filière papetière, appelle les autorités publiques à porter un regard bienveillant sur ce secteur en difficulté.

 

Alors que la Loi sur la transition énergétique est en discussion, on parle beaucoup d’économie circulaire. Qu’en est-il dans la filière papetière ?

52 à 53% de la ressource fibreuse est recyclée. L’économie circulaire est fondamentale dans notre industrie. Et même dans la fabrication de pâte à papier à partir de bois, les usines sont autonomes en énergie, car elles recyclent leurs sous-produits (écorces, liqueurs nécessaires à la décomposition du bois en cellulose) pour produire de l’énergie.

Le papier a longtemps pâti d’une image négative, de destructeur de la forêt. Une association comme Culture papier [à laquelle F. Vessière appartient] remet en exergue les aspects structurants du papier dans notre société, mais rappelle aussi l’aspect environnemental positif de la filière cellulosique. En France, la forêt croît chaque année, et c’est en partie grâce à la filière bois, qu’il soit industriel, de construction, énergie (granulés) ou destiné aux bioraffineries.

 

L’un des enjeux de la Loi sur la transition énergétique est le tri obligatoire du papier dans les entreprises. Une meilleure organisation de la collecte abaisserait-elle le coût de vos matières premières, que sont les papiers à recycler ?

On assistera certainement à une baisse des coûts si la chaîne de recyclage devient plus efficace. Néanmoins, la capacité de recyclage en France est inférieure à la capacité d’utilisation. Si nous avions une capacité de production équilibrée, notre industrie serait capable de consommer l’ensemble des matières collectées sur notre territoire. Aujourd’hui, nos papiers collectés non traités sont exportés vers l’Asie, mais cela ne durera pas car elle va devenir autosuffisante. Elle se fera donc vers des pays limitrophes, comme l’Allemagne, où le marché est un peu plus soutenu, mais surtout qui est capable d’exporter alors que la France importe.

 

Qu’est-ce qui tire la demande à la baisse ?

Du côté de la demande, deux phénomènes se télescopent. Le papier d’impression, qui sert à faire des journaux, des magazines, des catalogues est en repli. Mais le recyclage de ces mêmes papiers reste pertinent pour refaire ces mêmes produits. Les papiers d’hygiène et d’emballage (carton ondulé, sacs papier), dont la consommation n’est pas en déclin, nécessitent eux aussi des fibres recyclées.

 

Quels sont, alors, les facteurs qui plombent le secteur ?

Ce qui va manquer, au-delà de la régression des usages au bénéfice des tablettes, mobiles, etc, ce sont les usines, qui s’arrêtent en France les unes après les autres. C’est une question de coûts de production, mais aussi de type d’investisseurs. L’Allemagne, par exemple, a gardé des investisseurs familiaux, qui ont disparu en France au profit de fonds d’investissement et d’établissements financiers qui ont des attentes de retours élevés.

 

Qu’attend l’industrie papetière comme accompagnement ?

Il faut faire en sorte que les usines utilisatrices de vieux papiers restent en France. Or pour l’instant les propos de nos dirigeants, actuels comme ceux qui les ont précédés, sur le maintien d’usines en France restent incantatoires. Arjowiggins, Chapelle-Darblay… arrêtons le massacre. Ces usines doivent bénéficier de tarifs d’électricité et de gaz soutenables. Leurs coûts énergétiques représentent 15% à 20% du coût total de production. Il faut aussi que leurs « hauts-le-cœur » conjoncturels soient traités avec un peu de bienveillance par les pouvoirs publics, en termes de taxes.


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