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Le minerai de fer fait des étincelles

Le 20 mai 2010 par Daniel Krajka
* Mots clés :  Chinalco, BHP Billiton


La menace d’un alourdissement de la fiscalité minière en Australie entraine l’annulation de nouveaux projets. Les trois grands producteurs préparent de nouvelles augmentations substantielles du prix du minerai.

 

Les deux grands mineurs diversifiés anglo-australiens, BHP Billiton et Rio Tinto, ainsi que l’anglo-suisse Xstrata avaient réagi très vivement à l’annonce d’une taxe sur les profits des sociétés minières en Australie. Une taxation abusive allait mettre en danger les nouveaux projets miniers qui tirent l’économie du pays. Andrew Forrest, le patron et l’actionnaire principal de Fortescue Metals, a réagi en annonçant la mise en sommeil de deux projets géants. Selon ses promoteurs, les deux projets – Solomon Mine, 9 milliards de dollars d’investissement prévus et le Western Hub, qui devait recevoir 6 milliards – situés dans le Pilbara, l’une des deux régions les plus riches en minerai de fer, avec Carajas au Brésil, devaient créer 22 500 emplois au stade de leur construction, puis 10 000 pendant leur exploitation.

 

Remettant en cause le duopole australien, Fortescue avait déjà investi 4,5 milliards de dollars dans le Pilbara, avec le concours du sidérurgiste chinois Hunan Valin qui détient 17,4% de son capital. Une taxation plus élevée va nuire à notre profitabilité et donc à notre capacité à rembourser les importants emprunts bancaires nécessaires à notre développement, a expliqué Forrest. Soutenu initialement par le premier ministre Kevin Ruud, le patron de Fortescue, critique désormais vertement le gouvernement. Le ministre australien des Ressources a toutefois suggéré qu’un compromis était possible. Admettant que la hausse de l’impôt pouvait nuire aux investissements, Martin Ferguson a déclaré vouloir trouver un accord à mi-chemin avec les mineurs. La remise en cause de ses investissements ne compromettra pas la livraison annuelle de 5 Mt de minerai de fer à Hunan Valin. L’expansion de la mine à ciel ouvert de Chichester se poursuivra, comme le projet de Nullagin, un joint-venture avec BC Iron, a rassuré Paul Downie, le porte-parole de Fortescue.

 

La hausse des prix continue

 

Les déboires de Fortescue, et la remise en cause d’autres projets miniers, illustrent bien la poursuite des perturbations qui réduisent l’offre de minerais et de métaux. Le directeur général de Vale, Roger Agnelli, rappelait récemment devant la presse brésilienne que « la demande de minerai de fer est encore supérieure à nos capacités de production, et donc les prix seront toujours fermes ». C’est le rapport entre l’offre et la demande qui décide des prix, souligne Agnelli, qui affirme ne pas être concerné par la nouvelle « marotte » des sidérurgistes désireux de développer leurs capacités minières. Ils devront bientôt se reconcentrer sur leur métier, affirme le Brésilien.

 

Vale aurait proposé à ses clients chinois du minerai de fer au prix de 160 dollars par tonne pour le troisième trimestre 2010, rapporte l’agence chinoise Interfax, citant un responsable de Wuhan Iron & Steel. En excluant le coût du transport maritime le prix du minerai, 132 dollars, afficherait ainsi une augmentation de 23% par rapport au trimestre précédent. De son côté, Tsou Jo-Chi, le président de China Steel, le plus important aciériste taïwanais, a déclaré à Reuters attendre une hausse comprise entre 30 et 50 % pour le troisième trimestre.

 

Depuis le pic à 190 dollars touché à la mi-avril, le prix spot du minerai est redescendu sous les 160 dollars. Si les prix spot ne remontent pas, il est possible que le prix spot soit inférieur au prix moyen du troisième trimestre, 174 dollars, et donc inférieur au contrat pour le troisième trimestre, souligne Colin Hamilton, un analyste de Macquarie Research. Une hypothèse qui pourrait entrainer un refus des sidérurgistes d’honorer leurs contrats. Pour la banque australienne, il faudrait abandonner le système – trop complexe et finalement opaque – de fixation des prix trimestriels en fonction de l’évolution d’un ou de plusieurs indices, et instaurer un prix flottant.

 

 

 

Après la tempête qui a balayé le système de fixation d’un prix de référence annuel du minerai de fer, vieux de quarante ans, les producteurs ont imposé un système simple en principe, note la banque australienne. Dans la pratique cependant, ce système va entrainer « une myriade de négociations ». Plusieurs points – calendrier, transport, qualité et produit – devront être clarifiés. En particulier il faudra décider comment les produits à plus haute valeur ajoutée, boulettes et lumps, seront corrélés à l’indice de référence. S’il est normal pour le pétrole d’avoir plusieurs cotations de références, la situation semble difficilement compréhensible pour les petits mineurs.

 

 

 

 

 

Les sidérurgistes chinois préparent la contre-offensive

 

Pour les aciéristes chinois, l’acceptation du prix trimestriel n’est que temporaire. La China Iron and Steel Association (Cisa), qui représente les sidérurgistes, continue de se plaindre de sa faible influence sur les négociations avec les mineurs. Pourtant depuis 2003, quand ils ont participé pour la première fois aux négociations, l’influence chinoise a été spectaculaire : 18,6% de hausse en 2004, 71,5% en 2008, 19% en 2006, 9,5% en 2007 et 85% en 2008. En 2009, exigeant une baisse de 40% les sidérurgistes chinois ont refusé de ratifier la réduction de 33% du prix du minerai négociée par les Japonais et les Coréens. Et pour 2010, c’est bien la demande chinoise qui a provoqué une hausse sur un trimestre comprise entre 85 et 90%.

 

Les causes de la faiblesse de la sidérurgie chinoise dans ces négociations sont bien connues. Il y a d’abord l’insatiable appétit d’acier du pays, tiré par l’urbanisation et l’industrialisation. Avec des capacités minières insuffisantes la Chine a importé 630 Mt de minerai de fer en 2009, soit 68% du commerce mondial par mer de cet intrant. En 2000 sa part ne dépassait pas 16%. Il y a ensuite une production minière concentrée entre quelques mains – trois mineurs représentent 70% du commerce mondial – face à plus de 1 000 aciéries chinoises et à des centaines de traders. Pour mettre de l’ordre, seuls 112 sidérurgistes ou traders ont reçu une licence d’importation.

 

Pour remédier à ce problème les autorités encouragent le développement de la production minière locale, l’acquisition de gisements à l’étranger et la création de champions chinois de l’acier. Les investissements chinois participent à l’extraction annuelle de 190 Mt de minerai dans le monde. Wuhan, Baosteel, Anshan, Valin, Rixin, ont investi dans des gisements ou des projets au Canada, en Australie, au Brésil et au Venezuela. Chinalco s’est associé à Rio Tinto pour exploiter de riches gisements dans le Simandou guinéen. Globalement, pour diversifier les risques, les entreprises chinoises vont investir dans une quarantaine de pays. Pour réduire leur dépendance aux importations, l’Etat et les sidérurgistes investissent également en Chine. La Chine développe aussi la production d’acier à partir du recyclage des ferrailles.

 

Enfin, réclamée depuis longtemps par les autorités la restructuration de la sidérurgie s’accélère. En 2009, les cinq plus importants aciéristes – Hebei (40 Mt), Baosteel (39 Mt), Wuhan (30 Mt), Anshan (29 Mt) et Jianshu Shagang (26 Mt) – ont produit 165 Mt d’acier, soit 29% du total du pays. L’objectif est qu’ils en assurent 45% dès 2011. L’an dernier 17 et 21 Mt de capacités obsolètes de production d’acier et de fonte ont été fermées. La Cisa va également réduire drastiquement le nombre de licences d’importation.

 

 


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