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L’Ilva en danger

Le 24 août 2012 par Daniel Krajka
* Mots clés :  Métaux ferreux


La lutte contre la pollution d’un complexe sidérurgique en Italie dresse les responsables économiques, les syndicats et le gouvernement contre les juges et les habitants des quartiers pollués. Est posée la question de la poursuite des activités industrielles polluantes en Europe.

 

Une juge italienne a pris au sérieux la lutte contre la pollution en Italie. Patrizia Todisco n’a pas hésité le 26 juillet à ordonner la fermeture de la partie chaude – cokerie, hauts-fourneaux – du complexe sidérurgique Ilva, dans les Pouilles. Ce complexe qui comprend 5 hauts fourneaux est le plus important d’Europe avec une capacité totale de 11 millions de tonnes (Mt) d’acier brut. Avec la chute de la demande, sa production est toutefois tombée en dessous de la moitié de ses capacités, selon le Metal Bulletin. Il emploie 11 500 salariés directement, 20 000 en incluant les emplois induits.

En 1921, la Banca Commerciale Italiana, cédait ses parts dans le complexe sidérurgique de Tarente à L’IRI, l’organisme d’Etat qui détenait alors toutes les aciéries de la filière fonte en Italie. En 1961, l'Ilva devient Italsider, société appartenant au hoding Finsider. Le nom Ilva est repris en 1988 lorsque l’Etat décide de privatiser la sidérurgie. C’est le groupe Riva qui va racheter Ilva en 1995 ainsi que le site de Cornigliano alors que le groupe Lucchini récupère L'aciérie de Piombino.

Le 2 août, des milliers de salariés de l’Ilva avaient manifesté à Tarente à l’appel des trois grands syndicats italiens, pour réclamer le maintien de leur emploi, et donc du complexe sidérurgique, préférant, comme l'avait déclaré l'un d'eux, « mourir de cancer que de faim ». La région où est située l’Ilva souffre d’un taux de chômage de 30%, trois fois la moyenne de l’Italie.

Le 17 août, une autre manifestation lui répondait. Ils étaient 2 000 pour dénoncer les nuisances de l’Ilva. Ils ont manifesté aux cris de « Tarente libre » et « nous voulons vivre ». Le père d'un enfant d'à peine trois ans malade du cancer brandissait un panneau disant: « combien encore ? », rapporte l’AFP. Après une minute de silence ils ont applaudi le nom de la juge Patrizia Todisco qui a ordonné la fermeture de la phase chaud du site fin juillet. Organisée par un comité civique, la manifestation réunissait une minorité des salariés de l'usine mais un grand nombre d'habitants des quartiers touchés par la pollution. Des études sanitaires ont mis en lumière une surmortalité anormale dans les quartiers populaires à proximité du site (15 à 30% de cancers de plus qu'ailleurs entre 1995 et 2002, sans compter l’envol des maladies cardiovasculaires et respiratoires) en raison du rejet de nombreux polluants dont la dioxine. Les syndicats, qui défendent le maintien de l’activité, étaient bien sûr absents.

Secoué par la mise en examen de la quasi-totalité de la direction du groupe sidérurgique Riva, qui contrôle l’Ilva – en particulier Emilio Riva, le fondateur du groupe et son fils, Nicola, ancien directeur général du sidérurgiste –, son président Bruno Ferrante, a annoncé un important programme d’investissement destiné à limiter la pollution. Pas moins de 146 millions d’euros, dont 90 sont déjà budgétés, seront consacrés à l’assainissement du site. Le gouvernement régional des Pouilles s’est pour sa part engagé à offrir 336 millions d’euros pour éliminer la pollution de Tarente.

Pour les juges, la production doit s’arrêter tant que les travaux destinés à limiter les émissions n’ont pas été achevés. Une position à laquelle s’opposent la direction de l’entreprise, les syndicats, la fédération italienne de l’acier, la région des Pouilles et le gouvernement. « Frapper Tarente pourrait endommager toute la sidérurgie, avec des conséquences sociales et économiques graves » a mis en garde la Federacciai. Ce qui arrive à l’Ilva pourrait attirer l’attention sur l’ensemble des sites sidérurgiques en Europe. Alors que la forte baisse de la demande d’acier a déjà fragilisé le secteur, la question environnementale pourrait lui porter un coup fatal.


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