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Les betteraviers inquiets de la fin annoncée des quotas sucriers européens

Le 10 décembre 2014 par Franck Stassi
Assemblée générale de la Confédération générale des planteurs de betteraves
Assemblée générale de la Confédération générale des planteurs de betteraves

Face à la fin prochaine des quotas sucriers, prévue pour 2017, la Commission européenne a tenu à rassurer les professionnels présents à l’assemblée générale de la Confédération générale des planteurs de betteraves, tandis que l’Organisation internationale du sucre a appelé la filière à se prendre en main pour rester compétitive.

 

L’abolition des quotas sucriers, prévue pour le 1er octobre 2017, était au centre des échanges de l’assemblée générale de la Confédération générale des planteurs de betteraves (CGB), mardi 9 décembre à Paris. Les betteraviers ont affiché leurs inquiétudes devant le nouveau cadre qui se présente à la filière (les prix garantis ne seront plus de mise). "La fin des quotas va nous permettre de fixer nos volumes et choix de production librement", résumait en juin dernier Alexis Duval, président du directoire de Tereos, le cinquième sucrier européen et le premier en France. Un quota de 13,3 millions de tonnes de sucre est actuellement réparti entre 19 Etats membres. Dans trois ans, les producteurs seront libres de décider des lieux de vente et des quantités qu’ils souhaitent.

 

L'Union européenne se veut rassurante

 

"La position du producteur dans la chaîne est un souci crucial. Le sucre a été identifié par l’Union européenne comme un secteur sensible", a tenu à rassurer Joost Koorte. Le directeur général adjoint à la direction générale de l’Agriculture et du développement rural de la Commission européenne reconnaît que ce nouveau paysage induit "un niveau de nervosité parfaitement compréhensible". Mais des outils tels qu’une clause de perturbation du marché ou une "protection à l’importation inchangée" doivent permettre à la filière de pouvoir rester compétitive après le changement de régime. "On ne rentre pas dans un monde ultra-libéral", a signifié Joost Koorte.

 

"Un marché transformé en profondeur"

 

Les conséquences ne seront cependant pas moindres. "Le marché sera transformé en profondeur. Le lien sera plus fort entre l’Union européenne et les prix mondiaux du sucre. Il est peu probable que la production européenne de sucre soit aussi stable à l’avenir", a pour sa part expliqué José Orive, directeur exécutif de l’Organisation internationale du sucre (OIS). L’Union européenne est aujourd’hui le troisième producteur, le premier importateur, et le deuxième consommateur mondial de sucre.

 

La fin des quotas, qui libèrera des capacités de production, entraînera une baisse probable des importations. A contrario, une hausse des exportations est anticipée: celles-ci pourraient passer de 1,5 Mt à 2,3 Mt à l’horizon 2020. Ce qui ne signifie pas pour autant un eldorado pour les acteurs de la filière:  "les producteurs devront baisser leurs coûts pour rester compétitifs à l’échelle mondiale", a estimé José Orive. "Dans les années à venir, on assistera à une forte hausse des capacités mondiales de raffinage, avec de nouvelles installations à la main d’œuvre et aux coûts énergétiques meilleur marché", a-t-il ajouté, en référence à de nombreux projets en Afrique et en Asie. Ce dernier continent "resterait le moteur de la croissance de la consommation, avec l’Extrême-Orient, à l’horizon 2020".

 

Les planteurs de betteraves et les sucriers français pensent toutefois une carte à jouer dans ce nouveau paysage. Le programme de recherche AKER, qui vise à doubler (de 2 à 4%) le rythme de croissance annuelle du rendement de la betterave en sucre par hectare tente une accélération. Prévu à échéance 2020 lors de son lancement, il tiendra compte de l'urgence que connaît la filière et devrait lui proposer des solutions applicables dès 2017. Porté par 11 partenaires publics et privés de la filière betterave-sucre-alcool (dont l’Institut national de la recherche agronomique ou l’Institut technique de la betterave), il a aussi pour objet la valorisation du potentiel technologique de la plante, à travers l’étude initiale de 15 000 échantillons. Des variétés plus performantes doivent être mises à disposition de la filière afin, notamment, de contrer l’essor du sucre de canne.

 

L'isoglucose, pas vraiment une menace en Europe de l'Ouest

 

Les faibles perspectives du développement de l’isoglucose (ou "sirop de maïs riche en fructose", HFCS en anglais)  font partie des bonnes nouvelles qui ont redonné le sourire à l'assistance. La production de ce sirop produit à base d’amidon, limitée à 5% du quota sucrier de l’Union européenne, sera déréglementée à partir de 2017. Mais en Europe, "son expansion n’aura pas lieu !", s’est exclamé Martin Todd, directeur général du consultant britannique LMC International, spécialisé dans l’agroalimentaire. Il prévoit une part de marché des produits sucrants de seulement 5% pour l’isoglucose dans l’Union européenne à cette date, contre 45% aux Etats-Unis. Pour adopter ce sirop, les industriels doivent reformuler leurs produits et convaincre les consommateurs du bienfondé de leur démarche. Les capacités de transformation, elles, nécessitent d’être développées pour produire l'isoglucose. "Les producteurs d’amidon voudraient-ils investir dans un secteur excédentaire ?" Par contre, la faiblesse actuelle des prix résultant de cette situation constitue un facteur d’inquiétude supplémentaire pour la filière.



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