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La Réunion, 1er producteur européen de sucre de canne

Le 08 décembre 2011 par Catherine Moal
* Mots clés :  DOM - TOM


L'usine sucrière de Bois-Rouge, située à Saint-André, où travaillent une centaine de permanents et plus de 150 saisonniers, s'active encore quelques heures. A La Réunion, la campagne 2011 s'achève cette semaine dans la chaleur tropicale.

1,875 million de tonnes de cannes auront été récoltées depuis juillet dernier, un tonnage quasi identique aux deux dernières années (1,885 million en 2009 et 1,877 million en 2010). "Nous nous attendions à une mauvaise récolte du fait des aléas climatiques du début 2011. Finalement, ce sera une année moyenne, explique Florent Thibault, délégué général du Syndicat du Sucre, lors de la visite de l'usine. L'année 2007 fut la plus mauvaise des cinquante dernières années, le cyclone Gamède étant passé par là."
La filière, très soutenue par l'Etat et l'Europe (lire encadré), représente aujourd'hui 24500 hectares de SAU cultivés par 3500 planteurs. Elle emploie 12000 personnes (soit 9,5% de la population active marchande), dans les domaines de l'agriculture, de l'industrie, des transports, de l'énergie et de la recherche. Un peu plus que l'industrie qui compte de 10 000 à 11 000 salariés dans l'île. Le chiffre d'affaires consolidé de la filière (canne et sucre) s'élève à 195 millions d'euros pour 2010.

 

De cette canne, les deux dernières usines sucrières du Gol (sud de l'île) et de Bois-Rouge (nord), dont le français Tereos est actionnaire majoritaire, extrairont environ 210 000 tonnes de sucre (206 000 t en 2010, 207 000 t en 2009), qui seront quasi entièrement exportées vers l'Europe (si l'on enlève les 16 000 tonnes consommées sur place) ; et 70 000 tonnes de mélasse. "Nous produisons 50% de sucres spéciaux, directement consommables de différentes teintes et granulométrie..." Et la distillerie de Savanna, mitoyenne à la sucrerie et l'une des trois distilleries de l'île, sort 40 000 hectolitres d'alcool pur. Au total, les trois distilleries dépassent les 100 000 hectolitres d'alcool pur produit par an, qui seront notamment transformés en rhum.

 

Ceci est une "goutte d'eau" dans la production mondiale de sucre, qui s'élève à 160 millions de tonnes environ. "Nous sommes toutefois le premier producteur européen de sucre", rappelle le délégué, pour qui l'avenir se joue désormais sur la valeur ajoutée autant dans la production que dans la valorisation de la canne. A commencer par l'optimisation de la production de sucre à l'hectare : "De 4 tonnes à l'hectare produit dans les années 1950, nous sommes passés à 8,2 tonnes en 2010". 
Une performance obtenue grâce aux travaux sur les variétés utilisées des 80 chercheurs, ingénieurs et techniciens de l'Ercane (ex-Cerf), l'un des cinq meilleurs centres de recherche au monde dans ce domaine. Depuis sa création en 1926, le centre a ainsi libéré 585 nouvelles variétés, dont la dernière libérée il y a un an, la R585, devrait dans les années à venir permettre de doubler la production de bagasse, l'un des résidus de la canne, avec un rendement en sucre tout aussi optimal. Chaque année, ce sont ainsi 700 à 800 hectares de terres qui sont replantés en nouvelles variétés (R581 à R585), aux propriétés différentes.

 

La canne pour produire de l'électricité

 

L'intérêt de produire davantage de bagasse, qui a désormais le statut de biomasse, est devenu indispensable pour optimiser la production d'électricité de l'île, grâce au couplage des deux usines sucrières (Bois-Rouge en 1992 et Gol en 1995) à deux centrales thermiques de 230 MW au total, détenues majoritairement et exploitées par La Séchilienne-Sidec. "En période de campagne, les deux unités tournent uniquement avec les 600 000 tonnes de bagasse récupérées. Le reste du temps, elles fonctionnent au charbon, arrivant de Durban en Afrique du Sud. A l'époque, la bi-combustion fut une première dans notre secteur et une révolution pour nous". Ces deux centrales produisent désormais 10 à 12% de l'électricité de l'île (2ème source d'énergie renouvelable après l'eau), tout en évitant d'importer 138 000 tonnes de charbon. "A terme, nous voudrions réduire la part du charbon, en utilisant également d'autres produits de biomasse", explique Florent Thibault. Des études sont en cours pour utiliser les rejets des élevages de porcs et de volailles présents sur l'île.

 

Les travaux d'Ercane ne s'arrêtent pas là. Si à la Réunion, le centre donne ses nouvelles variétés plus performantes aux planteurs, à l'étranger, il fait de même mais se rétribue sur les bénéfices réalisés au tonnage de sucre produit en surplus. Le centre fait également du conseil dans toute l'Afrique sur les process de la filière sucrière (entretien des automatismes industriels), en vue d'augmenter la productivité. Avec l'idée de toujours élargir ses recherches sur les débouchés de la canne, en valorisant davantage la bagasse (matériaux, polymères...), les écumes (engrais), la mélasse et la vinasse (énergie, engrais, compléments alimentaires...) et le sucre (molécules bioactives...). "Le relais de croissance de l'île est dans l'innovation, conclut Guy Dupont, le président du GIP Gerri (Green energy revolution - Reunion island), avec aussi l'adaptation et/ou la diffusion de technologies du Nord à toute la zone intertropicale, notre cible et celle dans laquelle nous évoluons."

 

Catherine Moal, depuis l'île de La Réunion

 


Quelques repères sur la filière

- 57% de la surface cultivée sur l'île l'est avec de la canne à sucre. Il y a aujourd'hui 6 800 hectares de terres en friche, mais c'est un "voeu pieu" que de vouloir toutes les récupérer pour augmenter les surfaces de culture... (concurrence du tourisme, du développement urbain de l'île...). Pour autant, le syndicat souhaiterait passer de 24 500 hectares cultivés à 30 000, en vue d'atteindre les quotas de sucre autorisés par l'Europe, de 300 000 tonnes.

- Un planteur gagne 81 euros par tonne de cannes récoltées: 34% lui sont directement payés par l'Etat et l'Europe et le reste par les industriels (valorisation de la biomasse, prime de soutien aux zones difficiles, prime bagasse-production, recette industrielle canne).

- La taille moyenne d'une exploitation est de 7,2 hectares.

- Le rendement moyen à l'hectare est de 77,47 tonnes de canne, à 13,8% de richesse.

- 11 millions d'euros ont été investis sur les deux usines sucrières en 2011 (capacité sur l'usine Gol, QSE sur les 2 sites...). Un montant d'investissements identique est prévu sur 2012.
 


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