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La Banque mondiale s’inquiète de la flambée des prix des céréales

Le 31 juillet 2012 par Fabien Daireaux


Le président de la Banque mondiale, Jim Yong Kim, s’est déclaré préoccupé par les conséquences de la hausse des prix des céréales. Les cours mondiaux sont aujourd'hui plus élevés encore qu'en 2008 au moment des émeutes de la faim.

 

Les prix des céréales ont flambé sur les bourses mondiales depuis la mi-juin : plus 50% pour le maïs, 45% pour le blé ou encore 30% pour le soja. Et c’est bientôt toute la chaîne alimentaire qui devrait être progressivement touchée. Selon la Banque mondiale: « les hausses des cours vont se répercuter non seulement sur le pain et sur les produits agroalimentaires, mais également sur l’alimentation animale et, in fine, sur le prix de la viande. » Les autorités américaines prévoient 3 à 4% de hausse pour les prix alimentaires aux Etats-Unis l'an prochain. Dans ce contexte, la Banque mondiale veut agir pour prévenir une nouvelle crise alimentaire : « il faut empêcher la flambée des prix alimentaires d’avoir des conséquences néfastes à long terme pour les habitants les plus pauvres et les plus vulnérables de la planète » a déclaré son nouveau président, le coréen Jim Yong Kim.

 

La pire sécheresse depuis plus de 25 ans aux Etats-Unis

 

Comme le rappelle la Banque mondiale, « jusqu’à début juin, les analystes s’attendaient encore à une baisse des prix pour la saison prochaine. Aux États-Unis, le maïs et certaines variétés de soja ont été plantés tôt, et, à ce moment-là, on ne pouvait pas prévoir qu’une très grave sécheresse allait survenir ». Mais depuis plus d'un mois et demi, les plants de maïs américains sont stressés par des températures record et des précipitations trop faibles. Résultat: l'état de catastrophe naturelle a été déclaré dans près de 31 Etats américains.

 

L’impact de cette sécheresse sur les cours mondiaux a été exacerbé par des stocks mondiaux de céréales insuffisants. « Il n’y a pas de véritable menace de pénurie mais cependant, les stocks sont bas et, à l’échelle mondiale, les récoltes resteront tributaires de la météo ». Et de fait, les récoltes d'autres grands pays producteurs sont également menacées par le climat: l’Europe du Nord est touchée par des précipitations excessives alors qu’à l’inverse l’Europe du Sud et de l’Est souffre d’un manque d’eau. La sécheresse qui touche le bassin de la mer Noire devrait particulièrement pénaliser les exportations mondiales de blé. Et ce n'est pas fini : en Inde, les pluies de la mousson sont annoncées en baisse de 20% et en Australie le retour possible d’El Nino inquiète les météorologues. La hausse des prix des céréales n'est donc peut-être pas finie.

 

Seul le riz semble être épargné. Grâce à un niveau de stocks important, le prix du riz n’a pas flambé alors qu’il avait plus que triplé lors de la crise de 2008. Or le riz est un aliment crucial pour l’équilibre alimentaire mondial, notamment pour les pays pauvres d’Asie. Autre élément positif qui pourrait écarter un scénario noir comparable à 2008: le pétrole, les engrais et le fret international sont moins chers qu’en 2008, ce qui réduira la facture des importations de produits alimentaires et favorisera le possible rebond de la production.

 

Le Sahel déjà touché par la faim

 

La première victime de la hausse des prix alimentaires pourrait être le Sahel. Alors que des milliers de réfugiés quittent le Nord du Mali, les pays du Sahel sont dans une situation alimentaire très critique. L’Onu estime que 18 millions de personnes souffrent dès aujourd'hui d'insécurité alimentaire notamment en Mauritanie, au Mali, au Niger ou au Tchad, mais également au Sénégal ou au Burkina-Faso. La moitié de ces 18 millions serait en insécurité alimentaire "critique ou extrême".

 

D'après l’ONU il faudrait réunir 1,6 milliard de dollars pour répondre à la crise alimentaire au Sahel. Selon les calculs de l'ONG Oxfam, la France devrait donc participer à cet effort à hauteur de près de 94,3 millions de dollars. Or jusqu'ici elle n'a financé que 31,2 millions de dollars d'aide. Oxfam regrette donc que la tournée dans la région de Laurent Fabius, le ministre des Affaires Etrangères français, n'ait pas été l'occasion d'annoncer des engagements concrets. Il faudrait « que la France double dès à présent son aide d’urgence à la région » explique l'ONG.

 

 

 

Interrogé par Le Monde, le président du Niger, Mahamadou Issoufou, estime qu’« il faut aller au-delà de l’aide d’urgence : il faut des programmes qui renforcent la résilience des populations, des investissements à long terme pour réduire la pauvreté, de nouveaux systèmes d’irrigation et d’approvisionnement en eau, des cultures différentes et mieux adaptées, des réserves alimentaires robustes, des marchés mieux régulés et un meilleur réseau de transport. »

 

Le « Forum de réaction rapide » du G20 bientôt mis en place ?

 

La Banque mondiale propose à court terme des mesures comme « les programmes d’alimentation scolaire, les transferts financiers conditionnels ou les dispositifs de travail contre nourriture ». À plus long terme, l'institution basée à Washington plaide pour plus de stabilité et d'investissement :« le monde a besoin de politiques solides et stables, ainsi que d’investissements agricoles soutenus dans les pays pauvres ». Elle rappelle qu’elle a régulièrement mis en garde contre une nouvelle flambée des prix des céréales et estime qu’il faut s’attendre à un renchérissement des prix des céréales supérieur à la moyenne jusqu’en 2015 au moins.

 

La Banque mondiale n’a pas été la seule à réagir. Il y a quelques jours, le ministre de l’Agriculture français, Stéphane Le Foll, qui préside actuellement l’AMIS, le système d'information sur les marchés agricoles, a déclaré qu’il pourrait convoquer prochainement une réunion informelle du Forum de réaction rapide du G20 en cas de « de dégradation de la situation des marchés ».  A l’initiative de la France, un G20 agricole s’était réuni pour la première fois à Paris en juin 2011 et avait décidé la création de ce Forum et de l’AMIS, avec pour objectif de tirer les leçons de la crise de 2008 et d'améliorer « la cohérence et la coordination des politiques en temps de crise ».

 

Les ONG dénonce le rôle des biocarburants

 

Pendant ce temps, les ONG rappellent qu'elles n'ont eu de cesse de dénoncer le rôle néfaste, selon elles, des biocarburants. Oxfam France dénonce, dans un communiqué, l’impact sur la sécurité alimentaire mondiale des politiques de soutien aux agrocarburants dans les grands pays producteurs de céréales. « En Europe comme aux Etats-Unis, une part croissante de la production agricole est destinée au marché énergétique, via les agrocarburants. 40% du maïs américain est ainsi aujourd’hui destiné à la production d’agrocarburant. Cette politique entraine une  tension de plus en plus forte sur l’offre alimentaire et tire les prix mondiaux des produits alimentaires vers des sommets » estime l'ONG.

 

 

 


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