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L’ONU demande l’arrêt du mandat Ethanol

Le 10 août 2012 par Fabien Daireaux
© FAO A.Benedetti
© FAO A.Benedetti

Par l’intermédiaire du directeur général de la FAO, les nations unies viennent ajouter leur voix au débat sur la suppression du quota d’incorporation d’éthanol aux Etats-Unis.

 

Alors que le prix des céréales flambent, la FAO réclame une réduction de la production de bioéthanol à partir de maïs afin d'éviter une nouvelle crise alimentaire mondiale. Cela « apporterait un répit au marché et permettrait que plus de récoltes soient utilisées pour l'alimentation animale et humaine », a déclaré José Graziano da Silva, le directeur général de la FAO. Interrogé par le Financial Times, il explique : « avec la flambée des prix des céréales, la compétition entre l'alimentation humaine, l'alimentation animale et les biocarburants va s'accentuer ». Nous sommes dans un siutation « précaire » et « le risque est élevé. (...) et de mauvaises réponses à la sitation actuelle pourraient rapidemment déclencher » une nouvelle crise. L’Onu estime que 18 millions de personnes souffrent dès aujourd'hui d'insécurité alimentaire au Sahel.

 

 

Depuis début juin, les cours internationaux du maïs ont flambé, prenant plus de 40% alors que les Etats-Unis connaissaient leur pire sécheresse depuis 50 ans. En effet, alors qu’on attendait une récolte de maïs record autour de 370 millions de tonnes le marché mondial devra faire avec une récolte américaine amputée de presque 100 millions de tonnes à cause de la sécheresse qui s’est abattue sur le pays lors de la période cruciale de floraison du maïs. L’indice FAO des prix des céréales s’est établi à 260 points en moyenne en juillet, gagnant 38 points, en hausse de 17% par rapport à juin, et à seulement 14 points de son record absolu (en termes nominaux) atteint en avril 2008.

 

Un règlement fédéral, le Renewable Fuel Standard (RFS) impose depuis 2007 d'incorporer une quantité d'éthanol dans l'essence automobile. Le rôle des biocarburants dans la volatilité des prix agricoles est régulièrement dénoncé par les associations non gouvernementales. « En Europe comme aux Etats-Unis, une part croissante de la production agricole est destinée au marché énergétique, via les agrocarburants. 40% du maïs américain est ainsi aujourd’hui destiné à la production d’éthanol. Cette politique entraine une tension de plus en plus forte sur l’offre alimentaire et tire les prix mondiaux des produits alimentaires vers des sommets » estimait récemment Oxfam.

 

 

Ce débat risque bien d’empoisonner la campagne électorale de Barack Obama. La suspension du RFS fait l’objet d’un intense lobbying. Une coalition d’association d’éleveurs et de producteurs de lait a déposé il y a une semaine une pétition à l’Environmental Protection Agency (EPA) pour demander la réforme du mandat Ethanol : « l’incorporation obligatoire d’éthanol réduit l'approvisionnement de maïs et accroît son prix, si bien que les producteurs de bétail et de volailles doivent diminuer la taille de leurs troupeaux, provoquant pour certains l'arrêt de leur activité et le chômage ». Une lettre signée par 150 membres de la Chambre des Représentants  a également été envoyée à l’EPA. « Nous ne devrions pas faire passer l’essence avant l’alimentation »  a déclaré le démocrate Bob Goodlatte, ancien président du comité à l’Agriculture.

 

 

Mais le mandat Ethanol a aussi ses partisans : l’American Coalition for Ethanol, qui tient aujourd’hui même sa conférence annuelle en présence de Tom Vilsack, l’actuel secrétaire d’Etat à l’Agriculture, compte bien défendre bec et ongle les intérêts de sa filière. Son directeur général, Brian Jennings, explique d’ailleurs que c’est aussi l’intérêt du pays : « le problème c’est la sécheresse, ce n’est pas le RFS ! Le supprimer ne va pas faire venir plus de pluie ! ». Il rappelle que la hausse des prix a déjà fait baisser mécaniquement la production d’éthanol et met en garde contre les risques de fermeture d’usines en cas de réforme du RFS. Par ailleurs, il rappelle le rôle positif, selon lui, de l’éthanol dans la modération des prix des carburants à la pompe et dans la moindre dépendance du pays au pétrole étranger. Les Etats producteurs de maïs et l’Association nationale des producteurs de maïs soutienne également le mandat Ethanol et ont indiqué qu’ils "s'opposeraient fermement à toute législation modifiant le RFS". L’Iowa, gros producteur de maïs, pourrait par ailleurs être au cœur de la campagne électorale car il est considéré comme un « swing state ».

 

 

Michel Portier, le président d'Agritel, société de conseil indépendante spécialisée dans la gestion des risques sur les marchés des matières premières agricoles estime peu probable la suppression du RFS d'ici la fin de l'année pour cause d'élections présidentielles en revanche il est possible que les autorités agissent sur le système des crédits de report. Ce système « permet aux opérateurs qui ont produit plus d’éthanol qu’exigé les années précédentes de bénéficier d’un crédit de report ». Les Etats-Unis utilisent en année normale environ 120 millions de tonnes de maïs pour la fabrication d’éthanol et « l’utilisation de ces crédits de report permettrait d’alléger le bilan d’environ 24 millions de tonnes » selon les calculs d'Agritel.

 

 

 


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