DOSSIER

L’ordinaire volatilité des cours des matières agricoles

L’évolution par à-coups des prix des matières premières agricoles devient normale
DOSSIERS  « La stabilitĂ© des prix des matières premières est rare. C’est l’exception. La volatilitĂ© des prix des produits agricoles de base est persistante et importante, comparable Ă  celle du pĂ©trole et des devises » (Balcombe, 2009).

Depuis la flambée des prix mondiaux des denrées alimentaires de 2007/2008 et leur chute tout aussi brutale, la volatilité des prix prend une place de plus en plus importante dans les débats et les études consacrées aux matières agricoles. Le cours du maïs sur le CBOT par exemple, a subi en 2010 l’évolution la plus significative, et a varié entre 3,2 dollars par boisseau à son plus bas et 6,3 dollars à son plus haut. Début 2011, il dépasse même les 6,7 dollars à son plus haut, un record depuis juillet 2008. Le cours du soja, qui a subit en 2010 de larges variations allant jusqu’à 4,9 dollars, a également atteint début 2011 un record depuis 2008, à 14,3 dollars par boisseau.

 « La volatilité des cours des matières premières agricoles est amenée à devenir structurelle, dans un monde en mutation, où de plus en plus d’acteurs ont accès aux marchés, où il sera nécessaire de nourrir de plus en plus de population à l’échelle du globe », explique dans un communiqué de février 2011 Michel Portier, gérant de la société Agritel, spécialisée dans la gestion du risque de prix dans le secteur agroalimentaire.

 

Evolution des cours des principales matières agricoles sur un an

 

Sources: CBOT (Chicago Board of Trade) et ICE (Intercontinental Exchange)
(en %, entre le 10 février 2010 et 2011)

 

Cette année, dans un contexte où les cours des matières premières agricoles comme le sucre, le cacao et le coton, atteignent donc de nouveaux records, c’est la présidence française du G20, via Nicolas Sarkozy, qui fait de régulation des marchés des matières premières l’une de ses priorités, pour tenter d’apporter des solutions à la volatilité des prix des produits alimentaires. « Et il a raison, indique Henri Nallet, ancien ministre de l’Agriculture, dans l’ouvrage « Comment nourrir le monde »*. Si le G20 ouvrait des perspectives à des formes réelles de régulation de la production agricole mondiale, les débats européens à propos de la réforme de la PAC s’en trouveraient profondément et heureusement modifiés », poursuit-il.

 

Mais avant de trouver des solutions pour réduire cette volatilité, n’est-il pas indispensable d’identifier ses causes réelles ? A cette question, les réponses divergent. Selon Francis Declerck, professeur et chercheur à l’ESSEC, « la volatilité naît de l’incertitude sur le prix de la matière première et du taux de change ». Il distingue six facteurs principaux d’incertitude : une évolution de la demande de produits agricoles de base assez prévisible ; une évolution de l’offre de ces produits très fluctuante ; une évolution des taux de change très erratique ; une évolution sous tensions de la politique et de la réglementation agricole, alimentaire et commerciale ; des chocs provenant d’autres marchés (comme celui du pétrole) ; et une spéculation parfois trop forte.

 

A ces facteurs s’ajoutent les aléas climatiques plus fréquents, la hausse de la demande d’éthanol… et des conflits locaux ou internationaux qui amènent parfois certains pays à restreindre leurs exportations (exemple : le cacao de la Côte d’Ivoire en Janvier 2011) ou à augmenter les importations par peur de pénurie (comme les pays du Moyen-Orient début février, achetant de plus grandes quantités de blé suite aux émeutes en Egypte).

 

Concernant le rôle de la spéculation, celui-ci est plus ou moins surestimé selon les différents experts et politiques. « La spéculation n’est jamais que l’illustration de la volonté de la part d’opérateurs d’anticiper un équilibre futur, souligne Michel Portier. Vouloir refuser ces anticipations, poursuit-il, c’est refuser le progrès et la gestion du futur. Les marchés à terme donnent de la visibilité sur le futur et ceux qui aujourd’hui se plaignent de la trop forte hausse des cours, sont ceux qui refusaient il y a un an de contractualiser leurs achats sur une période longue, sous prétexte que les cours pouvaient encore descendre de quelques euros. »

Mais si « un marché à besoin de spéculateurs, explique Francis Declerck, une trop forte spéculation nuit au marché en le décrédibilisant auprès des producteurs et transformateurs. »

 

LĂ©opoldine Lanfrey

 

 

* « Comment nourrir le monde », éditions de l’Aube, février 2011

 

 


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