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Déplacements forcés en Ethiopie

Le 17 janvier 2012 par Pascal Coesnon


Human Rights Watch dénonce le plan de « villagisation » du gouvernement éthiopien.

Dans son rapport « On attend la mort ici : Déplacements forcés et “villagisation” dans la région de Gambela en Ethiopie », Human Rights Watch (HRW) dénonce le transfert de force d’environ 70 000 personnes dans de nouveaux villages. Selon l’ONG, le déplacement des villageois serait forcé et entraînerait la perte des moyens de subsistance, la détérioration de la situation alimentaire et des violations perpétrées par les forces armées. « Ces personnes sont réinstallées dans de nouveaux villages où la nourriture, les terres arables et les services de santé et d'éducation adaptés font défaut. » La plupart des zones où vivaient ces populations ont vocation à être mises en location par le gouvernement, au profit d’un développement agricole commercial. Le rapport s’appuie sur plus de cent entretiens réalisés de mai à juin 2011 au camp de réfugiés d’Ifo, à Dadaab, et à Nairobi, au Kenya, où de nombreux habitants de Gambela ont fui.
 
Pourtant, le gouvernement éthiopien affirme que ce programme est conçu pour donner « accès aux infrastructures socio-économiques de base » aux personnes déplacées et pour amener « une transformation socio-économique et culturelle des personnes », souligne le rapport. Ce programme est la première phase d’un plan national qui prévoit de déplacer 1,5 million de personnes d’ici à 2013 dans quatre régions : Gambela, Afar, Somali et Benishangul-Gumuz. Le plan promet de fournir des infrastructures aux nouveaux villages et une aide pour assurer des moyens de subsistance alternatifs. En outre, il précise également que les personnes déplacées sont volontaires. Or, souligne le rapport de HRW, « au lieu de jouir d’un meilleur accès aux services gouvernementaux, les nouveaux villages s’en voient souvent complètement privés ». De plus, la plupart des nouvelles zones sont arides ou possèdent un sol de mauvaise qualité.
 
Entre 2008 et janvier 2011, l’Ethiopie aurait mis en location au moins 3,6 millions d’hectares de terres. Près de 2,1 millions d’hectares supplémentaires seraient disponibles via la Banque de terrains pour l’investissement du gouvernement fédéral. A Gambela, 42 % des terres sont commercialisés et proposés à la location aux investisseurs ou déjà attribués. « Le programme de villagisation est mis en œuvre précisément dans les zones de l’Ethiopie que le gouvernement loue aux investisseurs étrangers pour des opérations agricoles de grande envergure, affirme le directeur exécutif adjoint pour l’Europe de HRW. Cela éveille des soupçons quant aux véritables motivations du programme » gouvernemental. Allégations niées en bloc par l’Etat éthiopien, mais non démenties par d’anciens agents gouvernementaux. « Nous allons inviter des investisseurs qui lanceront des cultures commerciales. Vous n’exploiter pas bien les terres. Elles restent inutilisées », rapportait toutefois un représentant du gouvernement.

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