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Comment le pétrole a fait éclater la bulle de gomme… de guar

Le 23 janvier 2015 par Myrtille Delamarche
* Mots clés :  Pétrole, Produits agricoles
Part de l'Inde dans la production de guar en 2013-14
Part de l'Inde dans la production de guar en 2013-14
DR

En perdant depuis juin 2014 presque 60% de sa valeur, le pétrole a fait des victimes inattendues : les agriculteurs indiens. Car l’Inde contrôle 80% de la production de gomme de guar, dont les exploitants du pétrole de schiste se sont entichés, puis détournés. Résultat : le prix de la gomme de guar, après avoir bondi de plus de 600% en 2012, est en train de redescendre à son prix historique d’avant la fracturation hydraulique.

 

Longtemps, le guar est resté un triste haricot farineux dont la production (250 000 tonnes annuelles) était partagée entre l’alimentation animale – notamment les bœufs indiens – et l’alimentation humaine. Cette légumineuse originaire de l’Afrique de l’Ouest contient une farine, la gomme de guar, largement utilisée dans l’agroalimentaire comme émulsifiant, gélifiant ou stabilisant. Les polysaccharides qu’elle contient forment au contact de l’eau un gel visqueux qui épaissit les soupes, donne du moelleux au pain et stabilise les crèmes glacées, tout en augmentant l’impression de satiété. La gomme est également utilisée dans la cosmétique et la papeterie.

 

Mais ça, c’était avant la fracturation hydraulique. Car les pétroliers ont découvert un autre usage à la gomme de guar. En rendant plus visqueux les fluides d’extraction injectés dans la roche-mère, ce gélifiant maintient en suspension le sable nécessaire à l’ouverture des « fractures » par lesquelles les liquides de schiste remontent vers la surface. La gomme de guar est alors devenue une ressource cruciale sur la route de l’indépendance énergétique américaine.

 

2012 : des prix décuplés

 

Pour répondre à la demande du secteur pétrolier, les exportations indiennes de graines de guar ont bondi de quelque 200 000 tonnes avant 2010 à 409 000 en 2012 (dont 245 000 tonnes vers les Etats-Unis). La même année, les prix ont été multipliés par 10, avant de subir une correction classique. Après la folle envolée qui a vu le prix de la tonne de guar passer de 1 000 à 11 000 dollars – ce qui avait provoqué la fermeture des contrats à terme –, le marché s’est ensuite stabilisé autour de 5 000 dollars en raison de la hausse massive de production.

 

 

Ces trois dernières années, la production indienne de graines de guar était montée à presque 3 millions de tonnes, selon le journal local Economic Times. Sachant qu’il faut 3 kg de graines pour extraire 1 kg de gomme, les 475 000 tonnes de gomme exportées l’an dernier ne représentent plus qu’1,5 million de tonnes de graines. Et la part du guar consommée par l’agroalimentaire, qui achète moins cher que le secteur pétrolier, est en augmentation. Aujourd’hui, la tonne de  gomme de guar à échéance proche vaut moins de 2000 dollars.

 

Le rôle des pétroliers

 

Halliburton a été l’un des acteurs principaux de cette bulle, de sa naissance à son éclatement. Après avoir acheté, en 2011-2012, des quantités considérables de gomme de guar pour répondre à la demande de ses clients, le géant américain des services pétroliers a réalisé que ces achats avaient fortement impacté son bénéfice opérationnel, ce qu’avait reconnu son PDG Dave Lesar : « Nous avons pris la mauvaise décision, nous avons acheté trop de gomme de guar à un prix trop élevé », avait-t-il déclaré à Dow Jones Newswire. En 2011, Halliburton achetait environ 20% de la production indienne. Avant même la chute des prix du brut, le groupe  a donc réagi en développant des fluides d’extraction alternatifs contenant peu ou pas du tout de guar. Schlumberger n’a pas tardé à en faire de même.

 

Chute des cours : le coup de grâce

 

Aujourd’hui, la chute des cours  du pétrole, qui touche particulièrement les huiles de schiste américaines, dont le point mort est en moyenne de 80 dollars alors que le baril en vaut moins de 50, est sans doute le coup de grâce pour les cultivateurs indiens, que la demande des pétroliers avait sortis de la pauvreté. Selon le département américain de l’Agriculture (USDA), les importations américaines de guar (245 000 tonnes) représentaient 3,4 milliards de dollars en 2012. Au prix actuel, l’ensemble de la récolte annuelle exportée vaut à peine un milliard. Sans l'agroalimentaire et la cosmétique, le guar serait redevenu un triste haricot qui n'intéresse plus que les vaches indiennes.


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