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Massacre dans une mine de platine en Afrique du Sud

Le 17 août 2012 par Daniel Krajka


La police a ouvert le feu sur des grévistes, provoquant la mort de 36 mineurs. Les affrontements autour d’une mine de platine appartenant à Lonmin sont liés à des revendications de salaire et à un conflit entre syndicats de mineurs.

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Le conflit qui a interrompu la production de la mine de platine de Marikana – appartenant au troisième producteur de platine, Lonmin – s’est lourdement amplifié. Le bilan des affrontements qui ont opposé le 16 août des mineurs grévistes à la police aurait atteint 36 morts, a déclaré le secrétaire général du NUM Frans Baleni sur une radio. « Le ministère considère que, compte tenu de la volatilité de la situation, la police a fait de son mieux », a indiqué le porte-parole du ministère de la Police Zweli Mnisi qui parle pour sa part d’une trentaine de morts. Le massacre s’est déroulé à proximité de la mine de platine de Marikana. Le conflit qui oppose deux syndicats sur fond de revendication de salaire des travailleurs de la mine a démarré le 10 août par une grève illégale de 3 000 mineurs.

 

Jeudi matin environ 3 000 travailleurs de la mine armés de gourdins, de barres de fer et de machettes, occupaient toujours le site de la mine. La direction de la mine a fait savoir que si les grévistes ne reprenaient pas le travail le lendemain, ils seraient licenciés. Suite aux affrontements du weekend, pas moins de 3 000 policiers, dont des unités d’élite anti-émeutes, avaient été déployés dans la région de Bushweld, une zone riche en platinoïdes. Après avoir tenté de disperser les grévistes en utilisant des gaz lacrymogène et des canons à eau, les policiers anti-émeute, lourdement armés et appuyés par des véhicules blindés, ont ouvert le feu sur les ouvriers qui les chargeaient à l’arme blanche.

 

Le président de la société Lonmin, Roger Phillimore, s’est défaussé de la responsabilité des affrontements de jeudi sur la police sud-africaine, tout en déplorant les violences. « La police sud-africaine était chargée de l'ordre et de la sécurité sur le terrain depuis le début des violences entre syndicats rivaux ce week-end, qui ont fait huit morts parmi nos salariés et deux parmi les officiers de police », a déclaré le dirigeant dans un communiqué, pointant que ce conflit « est clairement une affaire d'ordre public plutôt qu'un conflit social ».

 

Frans Baleni, le secrétaire général du NUM, a défendu l’action de la police. « Les policiers ont été patients, mais ces gens étaient lourdement équipés avec des armes dangereuses ». Le président sud-africain, Jacob Zuma a condamné les violences. Il n’a toutefois pas condamné la police, soulignant qu’ « il y a assez d’espace dans notre ordre démocratique pour que tout conflit puisse se résoudre par le dialogue sans transgresser la loi ou utiliser la violence ».

 

A l’origine du conflit on trouve cependant des revendications de salaire – les travailleurs réclament une augmentation supérieure à 100% – et de conditions de travail. Pour les travailleurs de la mine, leur syndicat historique, le NUM, est aujourd’hui trop proche du pouvoir et des dirigeants des entreprises. «  Le NUM nous a abandonnés », a ainsi déclaré un mineur à un journaliste du New York Times, soulignant que le « NUM travaille avec les blancs et reçoit de l’argent. Il a oublié les travailleurs ». Pour ce mineur son salaire de 500 dollars par mois, pour un travail dangereux et difficile, est tout à fait insuffisant. Pour de nombreux travailleurs la fin de l’apartheid et l’arrivée de l’ANC au pouvoir ne se sont pas traduites par une amélioration significative de leurs conditions d’existence, contrairement à une petite élite noire qui s’est parfaitement intégrée à la classe dominante. C’est sur cette brèche entre le NUM et les mineurs que s’est créé le syndicat Acmu, à la fois moins politique mais plus radical sur la défense des intérêts immédiats des travailleurs.

 

Le conflit a déjà fait perdre plus de 15 000 onces de platine à Lonmin qui a stoppé ses opérations le 14 août et estime désormais que son objectif de 750 000 onces produites en 2012 ne sera pas atteint. La compagnie minière assure 12% de l’offre mondiale de platine. Les sanglants affrontements risquent fort de décourager les investissements dont l’industrie minière sud-africaine a besoin.

 

 



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