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L'argent ne fait plus le bonheur

Le 10 décembre 2013 par Daniel Krajka


Après avoir touché des sommets, les cours des métaux précieux ont subi une très sévère correction en 2013, entrainant avec eux les profits des compagnies minières. Celles-ci devront se redresser en instaurant une politique de coût aussi rigoureuse que transparente.


L'argent trop cher, ce n'est plus la tendance en 2013. Si la sévère correction des cours de l'or a occupé le devant de la scène en 2013, c'est bien la chute du cours de l'once d'or qui a été la plus retentissante. Dans leur dernière étude « Gold, silver and copper price report 2014», les analystes de PwC soulignent que dans un contexte baissier global, les métaux précieux comme l'or et l'argent, mais également le cuivre, qui avaient amplement profité du puissant rebond des cours en 2011, ont été durement touchés par le cycle baissier. 
 
L'once d'or, qui avait commencé l'année à 1700 dollars, avait chuté cet été à 1 200 dollars et peine depuis à se redresser. Malgré sa double identité de métal précieux et de métal industriel, l'argent a subi de plein fouet les conséquences de la désaffection des métaux, plongeant de 32 dollars l'once en janvier 2013 à 18,6 dollars en juin. Une offre pléthorique est en partie responsable de la glissade des cours qui après avoir tutoyé les 50 dollars fin avril 2011 peinent à approcher les 20 dollars. Sa corrélation au métal jaune comme valeur refuge pour certains investisseurs a amplifié la chute, estime John Gravelle, le responsable de la recherche mines du consultant.  
 
Mariano Marcos, un associé spécialiste des matières premières chez PwC, pointe un regain d'optimisme chez les sociétés aurifères : « Même si 2013 a été une année difficile pour les sociétés minières, celles-ci ont confiance dans le fait que les cours sont revenus sur des fondamentaux pour se redresser. L'or, l'argent et le cuivre n'atteindront peut-être pas des niveaux record dans un futur proche, mais leur cours devrait s'améliorer dans un contexte de stabilisation de l'économie mondiale.» Pas moins de 39% des producteurs d'or tablent sur une stabilisation de leurs coûts au cours des douze prochains mois, 28% attendent une baisse et seulement 12% une hausse. 
 
La situation est difficile pour les producteurs d'argent dont les profits ont suivi la courbe du métal. Toutefois, comme dans le cas du métal jaune, la majorité des compagnies minières attendent un rebond des cours. Elles sont 53% à prévoir une hausse, 38% une stabilité et seulement 9% une baisse. Les prévisions du cours de l'once à long terme qu'elles utilisent sont en moyenne de 22 dollars pour 2014 (variant de 15 à 28 dollars) et de 23 dollars pour 2015. Interrogés par les auteurs de l'étude, 65% des mineurs ont expliqué utiliser leurs propres recherches pour déterminer le prix de leurs réserves d'argent alors que 20% utilisaient les consensus d'analystes. De même, 55% d'entre eux se basent sur des calculs réalisés en interne pour fixer leurs estimations de prix à long terme et 19% utilisent les consensus. Près de deux tiers des producteurs d'argent, 61% précisément, attendent une stabilisation de leurs coûts en 2014, 21% une hausse et 18% une baisse. 
 
Dans un contexte de réduction massive des marges des compagnies minières, les investisseurs, et les analystes, exigent une plus grande transparence lors de la publication des coûts de productions des entreprises du secteur. Réduire les coûts en reportant les investissements en matériels peut offrir une solution provisoire pour économiser du numéraire lorsque la demande et les cours baissent, mais ces dépenses ne peuvent être éliminées. Le consultant souligne le manque de clarté et d'uniformité dans les bilans des compagnies, principalement sur les différentes définitions de coûts. Seule une plus grande visibilité de tout ce qui s'intègre dans ce concept de coûts globaux – avec les diverses dépenses d'investissement indispensables à une croissance durable – peut démontrer, tant aux salariés qu'aux gouvernements, la difficulté à maintenir des marges minimum actuellement. 
 
Nick Holland, alors directeur exécutif de Gold Fields, explicitait cette situation dans une interview au quotidien sud-africain Business Day, du 15 août 2013: "Pendant des décennies, nous avons dissimulé nos vrais coûts pour présenter un meilleur profil à ceux qui nous amènent des capitaux en se concentrant seulement sur les coûts opérationnels, plutôt qu'en déclarant l'ensemble des coûts de la mine. En avait résulté l'impression que, malgré des pris très déprimés, le secteur faisait des profits conséquents, alors qu'en réalité ils étaient minimes." Seule la transparence des comptes peut faire accepter des réductions d'effectifs et des cessions d'actifs, met en garde PwC. 
 
Pour faire face à des cours qui ne devraient pas s'apprécier sensiblement à brève échéance, les compagnies minières placent la politique de gestion des coûts et la recherche de financements au cœur de leurs priorités, signale le rapport. Pas moins des deux tiers des groupes miniers affirment que le pilotage de ces coûts est l'un de leurs impératifs opérationnels pour 2014. Si 20% de ceux qui ont participé à l'enquête comptent poursuivre leur politique de fusions-acquisitions, ils sont 55% à estimer que la recherche de financements constitue également l’une de leurs priorités. Pour se financer en 2014, 53 % des groupes envisagent de se tourner vers les marchés de capitaux, 29% s’orienteront vers les financements de projets et 14% ont l’intention de recourir à l'emprunt. 
 
« Après avoir, pendant des années, axé leur croissance sur les fusions et acquisitions et sur l’extension de leurs activités grâce aux bénéfices réalisés sur le niveau élevé des cours des métaux, les sociétés se focalisent aujourd’hui sur la réduction de leurs coûts. Pour encourager les investisseurs à s'intéresser de nouveau aux sociétés du secteur minier, il sera nécessaire qu’elles intensifient leurs stratégies de gestion stricte des coûts tout en poursuivant, mais de façon sélective et raisonnée, leurs investissements dans la croissance de la production", résume Mariano Marcos. Une croissance économique forte en Chine et la reprise économique progressive aux Etats-Unis devraient soutenir la demande de matières premières à long terme. S'ils ne remontent pas jusqu'à des niveaux record dans un futur proche, les prix de l'or, de l'argent et du cuivre vont néanmoins s'apprécier dans un environnement économique stabilisé, affirme John Gravelle. "Après tout, ce n'est pas pour rien que l'on parle de cycle minier", ironise le responsable de l'étude.

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