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Le cuivre entre la Chine et le Chili

Le 19 avril 2012 par Daniel Krajka


Le ralentissement de la croissance chinoise a fait plonger la demande et les cours du cuivre. À terme cependant,  les difficultés pour développer de nouveaux projets vont soutenir les cours du métal rouge face à une consommation qui va se redresser.

La Chine, qui consomme plus de 40% du cuivre raffiné est le principal facteur de la demande de métal rouge, alors qu’avec 5,42 millions de tonnes (Mt), le Chili assure plus d’un tiers de l’extraction de minerai. Il était donc logique que le ralentissement de la croissance chinoise et les difficultés rencontrées par l’industrie minières au Chili soient les deux thèmes majeurs de l’évènement annuel du secteur cuprifère, la semaine CESCO organisée à Santiago du Chili à partir du 16 avril.

La réduction du très symbolique objectif de croissance du Pib en Chine de 8% à 7,5% et encore plus le recul à 8,1% de cette même croissance sur un an au premier trimestre 2012 – contre 8,9% au quatrième trimestre 2011 – ont suffisamment inquiété les marchés pour faire chuter le cours de la tonne de cuivre à 3 mois sous les 8 000 dollars. Les affineurs chinois devraient tourner à un rythme sensiblement inférieur à leurs capacités, estime Chris Melton de CRU, pointant outre les difficultés de l’industrie minière, un manque relatif de scraps cuivreux. De plus, souligne l’analyste de Bank of America Merrill Lynch, Michael Widmer, « avant que les Chinois ne commencent à importer il faudra que les prix sur le SHFE remontent et que les stocks en Chine diminuent ». « D’ici le milieu de l’année la Chine devrait revenir à l’achat et acheter de nouveau des produits », estime Bonnie Liu de Macquarie.

Li Yihuang, le président du premier producteur chinois de métal rouge, Jiangxi Copper, affirme n’être pas inquiet du ralentissement de la croissance en Chine. Répondant à Reuters, il table sur un prix moyen de 8 500 dollars en 2012. Ecartant la possibilité d’un atterrissage en catastrophe de l’économie, il parie sur une croissance moyenne de la demande de cuivre de 6-7% au cours des 5 prochaines années. Malgré des stocks qui ont grimpé en Chine jusqu’à 1 Mt – bourse de Shanghai et stocks détenus par les producteurs et les consommateurs – il se dit optimiste, jugeant temporaire cette augmentation des stocks. Optimisme partagé par le responsable de la branche cuivre de Xstrata, Charlie Sartain qui table sur une détente de la politique monétaire chinoise et sur une production industrielle toujours solide. Il prévoit une hausse de la demande chinoise de cuivre proche des 7% alors que le fort rebond de la consommation des Etats-Unis contrebalancerait la faiblesse de l’Europe.

Le déficit structurel de l’offre minière dans le cuivre devrait maintenir le cours du métal raffiné largement au-dessus de ses coûts d’extraction et de raffinage, affirme également Vanessa Davidson, la responsable de la recherche cuivre du consultant CRU. Chaque point de croissance de la consommation chinoise de cuivre se traduit par une demande additionnelle de 100 000 tonnes, rappelle l’analyste. Le consultant tablant sur un déficit du marché de 500 000 tonnes en 2012, la demande chinoise devrait s’effondrer pour ramener le marché à l’équilibre.

Une extraction minière insuffisante

« Alors que c’est la volatilité qui va continuer de prédominer à court terme, les perspectives à long terme du cuivre n’ont pas changé », renchérit Andrew Harding, le directeur général de la branche cuivre de Rio Tinto. Le dirigeant souligne que du côté de l’offre les problèmes vont continuer de limiter l’extraction. La baisse de qualité du minerai extrait de la mine de Kennecott a d’ailleurs entrainé un recul de 13% de la production de cuivre de la compagnie anglo-australienne. A long terme, Harding pronostique un marché sous tension avec une offre en hausse moyenne annuelle de 3% d’ici à 2025, alors que la demande croitra de 3 à 5%. De nouvelles découvertes de gisements seront nécessaires, insiste le dirigeant.

Les dirigeants des géants miniers tels Codelco, Antofagasta ou Anglo American, pointent le problème de l’offre, avec sa longue litanie d’augmentation des coûts du travail, des équipements, de l’énergie, du capital investi…en outre, les nouvelles contraintes environnementales et sociales, une fiscalité qui pèse toujours plus, et la baisse de teneur du minerai extrait, qui pourraient entrainer l’ouverture de mines souterraines à la place de mines à ciel ouvert comme à Chuquicamata, ajoutent encore à l’inflation des coûts. Et ce pour les pays avec une longue tradition minière. La hausse de la demande oblige à explorer de nouveaux territoires où la logistique est à construire et où les lois  minières sont loin d’être stables, sans oublier les risques politiques. La récente nationalisation du pétrolier YPF en Argentine illustre bien ces risques pour les mineurs. Et pourtant « il faut prendre plus de risques politiques », affirme Michael Chender, le directeur exécutif du consultant Metal Economics Corp. Les budgets d’exploration consacrés au métal rouge ont bondi sur un an de 60% en 2011 à 3,7 milliards de dollars.

« L’histoire des nouveaux projets est une suite de déceptions », affirme John MacKenzie, le responsable de la division cuivre d’Anglo American, soulignant que même pour les meilleurs ce n’est pas facile. Codelco va devoir investir entre 2011 et 2022 autant que ce qu’il a investi dans les 35 années précédentes pour juste ajouter 500 000 tonnes de cuivre à son offre. Selon le ministre chilien des Mines, Hernan de Solminhac, ce sont près de 100 milliards de dollars, 92 milliards précisément, qui seront investis dans l’industrie minière. Pas moins de 77% de ces capitaux, soit 71 milliards de dollars, serviront à porter la production cuprifère du pays à 8,5 Mt d’ici à la fin de la décennie. « Le défi est énorme : énergie, eau et main d’œuvre », concède le ministre. Diego Hernandez a d’ailleurs souligné que les tarifs trop élevés de l’électricité minaient la compétitivité de l’industrie minière du pays et qu’il faudrait développer les lignes à haute-tension. Le Chili devra doubler une capacité aujourd’hui de 15 000 MW s’il veut répondre aux besoins du pays d’ici à la fin de la décennie.

Pour autant, de nombreux projets, ralentis par la crise financière de 2008-2009, vont finir par entrer en activité à partir de 2013, rééquilibrant le marché et créant même, à terme, un surplus sur le marché du cuivre. Vanessa Davidson de CRU, met d’ailleurs en garde contre un important surplus à partir de 2016. Le cours du cuivre devrait alors retomber vers les 7 500 dollars et pourrait même descendre plus bas dans les années qui suivent. Après avoir accumulé des profits substantiels, les mineurs devraient voir leurs marges fondre entre la baisse des cours et  des coûts toujours plus élevés. Ces prévisions sont à l’opposé de celles des dirigeants des compagnies minières qui pointent les difficultés à élargir la demande.

Croissance organique ou acquisition

Les vertigineuses hausses tant des coûts de production que des coûts des investissements impliquent qu’il est peut-être moins couteux – comme l’affirmaient il y a quelques années les compagnies pétrolières – de se procurer de nouveaux gisements cuprifères en bourse que d’explorer et développer de nouveaux territoires. Tel est l’avis du directeur exécutif de Codelco, Diego Hernandez, indiquant que les acquisitions étaient une option plus attractive que la construction de nouveaux projets. John MacKenzie, un dirigeant d’Anglo American, préfère la croissance organique, malgré toutes les difficultés rencontrées. Continuant d’étudier toutes les possibilités d’acquisitions – en particulier First Quantum Minerals – il estime cependant que la valeur des actifs cuprifères est actuellement trop élevée.

 


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