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L’alumine mieux soutenue

Le 27 février 2013 par Daniel Krajka


Le prix de la poudre blanche va bénéficier de la rapide augmentation de la production chinoise d’aluminium.

 

Contrairement aux attentes, Rio Tinto, ayant conclu un accord avec les autorités locales, ne va pas fermer sa raffinerie d’alumine de Gove en Australie et ainsi réduire l’offre de poudre blanche de 2,75 millions de tonnes (Mt). Malgré cet accord qui lui permettra de réduire sa facture d’électricité, la profitabilité de la raffinerie est peu élevé estime Daniel Brebner de la Deutsche Bank, qui explique la décision de Rio par sa volonté de préserver l’intégralité de sa filière aluminium dans la région pour la revendre plus facilement. 
 
La survie de Gove a provisoirement interrompu le rebond du prix de l’alumine. Le prix de la tonne fob Australie, tombé en juin 2012 vers les 300 dollars, était remonté à 350 dollars après une rapide hausse en février. Les marchés avaient anticipé une amélioration des fondamentaux de la poudre blanche. Toutefois, affirme Brebner, d’autres facteurs devraient soutenir les prix à moyen et long terme. Les exportations de bauxite en provenance d’Indonésie sont toujours largement inférieures à ce qu’elles étaient avant la décision de les limiter. De nouvelles alumineries vont démarrer en Inde, mais elles ne disposent pas, contrairement à ce qui était prévu, des approvisionnements avals nécessaires. De même, les nouvelles capacité ouverte dans le nord-ouest de la Chine sont dépendantes d’alumine provenant d’autres régions ou, plus probablement selon la banque allemande, d’importations.

 
 


 
 
Alors que les marchés du minerai de fer et du charbon ont bénéficié de longues périodes de forte profitabilité, tel n’a pas été le cas pour le groupe alumine/bauxite. Si les productions d’acier, d’électricité et d’aluminium ont fortement augmenté en Chine depuis plus d’une décennie, les producteurs chinois ont été contraints de recourir massivement aux importations pour le minerai de fer et le charbon, contrairement à la bauxite et à l’alumine, où les aluminiers ont pu se fournir localement. 
 
Les paramètres pourraient bien changer, estime Daniel Brebner, avec la décélération de la croissance de la construction d’infrastructures. Le nouveau plan quinquennal chinois semble faire la part belle aux moyens de consommation, un choix favorable à la demande de métal léger. Dans ce contexte, la Chine ne pourra subvenir à ses besoins et devra recourir toujours plus aux importations d’alumine, et, plus encore de bauxite. Comme pour le nickel et le charbon thermique, ce sont les importations indonésiennes qui ont particulièrement alimenté le marché chinois. Toutefois, depuis mi-2012, les ventes de l’Indonésie ont fortement baissé suite à la décision des autorités d’instaurer des taxes et des quotas d’exportations afin de favoriser le traitement des minerais sur place.  
 
Pour pallier à la baisse des ventes indonésiennes, les aluminiers chinois vont devoir trouver d’autres sources d’approvisionnement. Mais il faudra construire la logistique nécessaire pour développer l’exploitation de la bauxite dans d’autres régions. Les délais seront d’autant plus longs que ces développements entreront en concurrence avec d’autres marchés prometteurs pour l’obtention des capitaux nécessaires à la réalisation des nouveaux projets. Le 14 novembre dernier, Citic, un trader chinois de matières premières, prenait 15% du capital d’Alumina – une société australienne détenant 40% d’Alcoa World Alumina & Chemicals (AWAC), le numéro un mondial de l’alumine –  pour 450 millions de dollars.

 
 


 
 
L’exploitation de la bauxite en Australie et au Brésil, qui détiennent les plus importantes réserves du monde derrière la Guinée, ne devrait guère se développer au cours des prochaines années. La production d’aluminium n’est plus rentable, au cours actuel, dans ces deux pays, explique Brebner. En Jamaïque, grand pays producteur, l’offre actuelle (10 Mt) n’est pas revenue au niveau des 15 Mt de 2008 en raison de ses coûts. En Guinée, la grande raffinerie d’alumine de Friguia est toujours perturbée par des conflits sociaux. En Inde, la bureaucratie gouvernementale et les populations concernées retardent les projets de développement de nouvelles mines de bauxite. En Chine, la croissance moyenne de la production annuelle depuis dix ans atteignait 77%. Un rythme insoutenable, prévoit Deutsche Bank, en raison de l’épuisement des gisements de bauxite de bonne qualité. Aux Etats-Unis par contre, le raffinage de l’alumine va bénéficier de la chute des tarifs de l’énergie.

 
 


 
 
L’accélération de la production chinoise d’aluminium (21,1 Mt de production annualisée en janvier contre 17,5 Mt un an plus tôt) va soutenir les prix de la poudre blanche et de la bauxite. Pour construire une nouvelle raffinerie d’alumine aujourd’hui, a calculé Brebner, il faudrait un coût de production d’environ 200-220 dollars par tonne. Avec une intensité capitalistique de l’investissement de 1 200 dollars par tonne, cela entrainerait un coût modeste du capital de 10% et un prix à long terme de la poudre blanche de 400 dollars par tonne. L’accès à de la bauxite de bonne qualité et à de l’énergie peu chère est également nécessaire. 
 
Sur le long terme, les acteurs du marché tentent de dé corréler les prix de l’alumine de ceux de l’aluminium. Une tentative dont la réussite dépend fortement de la poursuite de la hausse des importations chinoises. Ce marché pourrait alors se développer sur des bases proches de celui du minerai de fer. Si la relation entre alumine et aluminium n’est pas rompue, un rapport de 16% est soutenable. A plus long terme, Deutsche Bank estime que le rapport grimpera à 17-18%. Pour 2013 et 2014, la banque table sur un prix moyen de l’alumine de respectivement 355 et 352 dollars, avant une hausse vers 364 dollars en 2015 et alors que le cours de l’aluminium devrait être stable à 2 200 dollars en 2014 et 2015.

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