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L’accès aux métaux rares est critique pour l’Europe

Le 18 juin 2010 par Daniel Krajka
* Mots clés :  Europe, Métaux critiques


L’Union européenne va prendre des mesures pour sécuriser l’approvisionnement de ses industries en « métaux critiques », indispensables au développement des nouvelles technologies.

Certains métaux – précédemment appelé stratégiques, mais qualifiés aujourd’hui de critiques pour abandonner toute référence au militaire – sont aujourd’hui une composante indispensable de la fabrication tant des produits de hautes technologies, que des produits de consommation courante. Un rapport publié le 17 juin par un groupe d’experts, présidé par la Commission européenne, a effectué l’état des lieux de matières dont l’approvisionnement pourrait devenir problématique.

 

Après avoir étudié pas moins de 41 minéraux et métaux, le groupe d’experts, réunis à Madrid du 16 au 18 juin, a estimé que 14 métaux ou groupe de métaux étaient « critiques » pour l’industrie européenne : l’antimoine, le béryllium, le cobalt, le spath fluor, le gallium, le germanium, le graphite, l’indium, le magnésium, le niobium, les platinoïdes (6), les terres rares (17), le tantale et le tungstène. Il s’agit donc de 36 matières premières minérales.

Les résultats du rapport serviront de base à l’élaboration d’une future communication sur les stratégies permettant de garantir l’accès aux matières premières, qui sera publiée par la Commission à l’automne 2010. Toutefois, tous les métaux sont critiques, suivant la branche d’industrie où l’on travaille. Métal de base le plus commun après l’aluminium, le cuivre est indispensable, et difficilement substituable pour des applications électriques toujours plus répandues.

 

Signe de l’importance de ces matières pour l’industrie européenne, les principaux secteurs les utilisant– construction, chimie, automobile, aéronautique, machines, équipements industriels, électronique professionnelle et grand public –, employaient en 2006 pas moins de 30 000 salariés pour un chiffre d’affaires combiné de 1 324 milliards d’euros. Des chiffres qui ont sensiblement progressé depuis, et qui vont continuer de croître. Les prévisions indiquent que, pour certaines matières premières critiques, la demande en 2030 pourrait être plus de trois fois supérieure à celle de 2006, tirée par l’évolution technologique (voir les prévisions figurant dans le MEMO/10/263).

 

Selon le groupe de travail, les risques les plus importants pesant sur l’approvisionnement des industries européennes sont principalement liés à la concentration de la production de certains produits, entre les mains d’un nombre de pays producteurs limités. Parmi ces pays certains vont jusqu’à détenir un quasi monopole sur certaines matières. Ce sont la Chine (antimoine, spath fluor, gallium, germanium, graphite, indium, magnésium, terres rares, tungstène), la Russie (palladium), la République démocratique du Congo (cobalt, tantale) et le Brésil (niobium et tantale). « Cette concentration de la production est d’autant plus problématique qu’elle va de pair avec une faible substituabilité et des taux de recyclage trop bas », mettent en garde les experts.

 

Indispensables aux nouvelles technologies

 

Les nouvelles technologies sont les principaux moteurs de la demande de matières premières critiques : l’oxyde d’antimoine et d’étain pour l’antimoine, les batteries ion lithium et les carburants de synthèse pour le cobalt, les cellules photovoltaïques en couches minces, les circuits intégrés et les diodes électroluminescentes blanches pour le gallium, les câbles à fibres optiques et les technologies optiques infrarouges pour le germanium, les écrans d’affichage et les cellules photovoltaïques en couches minces pour l’indium, les piles à combustible et les catalyseurs pour les platinoïdes, les catalyseurs et le dessalement d’eau de mer pour le palladium, les ferro-alliages pour le niobium, les aimants permanents et la technologie laser pour le néodyme (terre rare), ainsi que la technologie médicale pour le tantale. Les microcondensateurs utilisent à la fois l’antimoine, le niobium et le tantale.

 

Pour faire face aux risque potentiel d’approvisionnement – un risque qui peut à tout moment se concrétiser comme le démontre les dernières décisions des autorités chinoises sur les terres rares (lien avec article I&C) – le groupe d’experts recommande plusieurs mesures :

 

    la mise à jour tous les cinq ans de la liste des matières premières critiques de l’UE

    l’adoption de mesures stratégiques pour améliorer l’accès aux ressources primaires

    le développement du recyclage de ces matières ou des produits les contenant

    l’encouragement de la substitution en favorisant la recherche

    l’amélioration de l’efficacité matérielle globale des matières premières critiques

 

Une piste intéressante serait le développement de partenariat avec les pays africains. Le vice-président Tajani vient juste de revenir de la réunion entre laCommission européenne et la Commission de l’Union africaine, qui s’est tenue le 8 juin 2010 à Addis-Abeba. « Au cours de cette réunion, il a été convenu d’entretenir une coopération bilatérale dans le domaine des matières premières et d’œuvrer conjointement à la réalisation d’initiatives et de progrès futurs, en particulier sur des points tels que la gouvernance, les infrastructures, les investissements et les connaissances théoriques ou pratiques en géologie ». Mais il faudra faire vite, les entreprises chinoises et indiennes sont déjà très actives sur un continent africain disposant de ressources minières riches et variées et encore inexploitées.

 

Si la stratégie japonaise semble hors de portée de l’Europe, son modèle a été étudié de près par les chercheurs et les géologues européens. Au Japon, le gouvernement a créé en 2004 le JOGMEC, Japanese Oil, Gas and Metals National Cooperation. Cet organisme est notamment chargé d’offrir une assistance financière aux entreprises japonaises pour l’exploration et le développement de gisements miniers, pour le développement de « l’intelligence minière », et de la gestion de stocks stratégiques de métaux rares et indispensables. Ses entrepôts stockent sept métaux : chrome, cobalt, manganèse, molybdène, nickel, tungstène et vanadium.

 

 

 Le rapport final des experts sur les métaux critiques

 

Dossier
L'importance des métaux critiques

- Enjeux et contraintes de l’industrie minière

- Les terres rares attirent les brevets



- Pénurie de terres rares à l’horizon

- Terres rares, les Etats-Unis contre-attaquent



- La Chine concentre l’exploitation des terres rares

- L’accès aux métaux rares est critique pour l’Europe



- Les Etats-Unis veulent soutenir la production de terres rares

- Un ETF sur le lithium



- BYD sécurise ses approvisionnements en lithium

- La course aux terres rares



- La substitution au stade expérimental

- Rhodia sécurise ses terres rares



- Chers métaux...

- La Chine maintiendra ses exportations de terres rares en 2011



- Les Etats-Unis, l’autre pays des terres rares

- Le niobium, le meilleur allié de l’acier



- Le meilleur allié de l'acier

- La Chine réduit ses quotas d'exportations de terres rares



- Création d’un Comité pour les métaux stratégiques

- Les restrictions d’exportations montrées du doigt



- Des métaux critiques, très critiques

- « Un pays doit avoir une politique agressive pour sécuriser ses approvisionnements »



- Les terres rares européennes changent de main

- A la recherche des métaux



- Trop de projets pour les terres rares

- Terres rares : les Japonais se jettent à l’eau



- Terres rares : les Japonais regardent au fond du Pacifique

- Les terres rares, des métaux stratégiques pas si rares que cela



- Les métaux à risques

- Des terres rares plus rares



- L’Europe doit faire meilleure mine

- Une baisse des exportations de terres rares chinoises en trompe l’œil



- Une alliance pour sécuriser les approvisionnements de l’Allemagne

- L’Afrique du Sud, nouvel Eldorado des terres rares



- Molycorp lance son concentrateur de terres rares




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