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La production chinoise de minerai de fer peine à répondre à la demande

Le 27 avril 2010 par Daniel Krajka


De retour d’un voyage d’études dans le Hebei, les analystes de Macquarie Research annoncent une hausse des coûts de production et des tensions sur les marchés.

 

Jim Lennon, le responsable de l’analyse mines et métaux de Macquarie Research, a récemment visité les régions de Tangshan, Qian’an et Qian’xi dans la province chinoise de Hebei. Cette province est primordiale pour la filière sidérurgique chinoise, représentant 40% de la production de minerai de fer et 24% de celle d’acier. Avec ses trois provinces voisines – Shanxi, Mongolie Intérieure et Liaoning – ces pourcentages sont de respectivement 69 et 48%.

 

Les gisements chinois de minerai de fer souffrent d’un taux en fer plus bas que celui de leurs concurrents australiens ou brésiliens. Ils doivent donc traiter leur minerai pour qu’il ait une qualité acceptable, ce qui ajoute à leurs coûts de production. Pour obtenir un concentré compris entre 63 et 68% de métal contenu, ils doivent broyer, trier, sécher et concentrer leurs minerais. Si dans les unités les plus rentables toutes ces étapes sont concentrées sur un même site, les petites unités voient leurs coûts additionnés d’importants frais logistiques.

 

Les coûts de production totaux – extraction, concentration, fiscalité, et transport – pour un mineur privé relativement important ne dépassent pas 77 dollars par tonne Cfr pour du minerai à 66% et seulement 49 dollars pour du 62%. Un coût qui laisse un profit de 109 dollars par tonne pour le minerai à 66% a calculé la banque australienne. La situation est bien différente pour les petites mines du Liaoning dont les coûts de production sont de respectivement 173 et 125 dollars. Au prix de vente actuel il ne reste plus que 28,2 dollars de profit par tonne de minerai à 66%. Depuis 2008, indique Lennon, ce type de mine a subi une forte inflation de ses coûts évaluée à 40%.

 

 

 

Une forte hausse du coût marginal du minerai de fer

 

Si la plupart des éléments – transport, maintenance, coût du travail, explosifs – entrant dans le coût final de production se sont appréciés, c’est principalement une application plus rigoureuse de la fiscalité qui a grevé les coûts des petits mineurs qui avaient l’habitude de sous-évaluer leurs production. Confrontés à la baisse de la production minière au deuxième semestre 2008, les autorités locales ont procédé à une aggravation de la fiscalité sur les unités encore en activité qui a ajouté 15 dollars supplémentaire par tonne de minerai à 66%.

 

En 2008, rappelle Macquarie, la production chinoise de minerai de fer se décomposait ainsi :

        100 Mt de capacités annuelles par des entreprises d’Etat

        80 Mt de capacités à bas coût, moins de 55 dollars par tonne cfr, situées près des aciéries ou appartenant à des sidérurgistes.

        100 Mt avec un coût compris entre 55 et 85 dollars

        80 à 100 Mt avec un coût de production supérieur à 85 dollars.

 

Aujourd’hui, estime Jim Lennon, il faudrait un prix supérieur à 120 dollars par tonne cfr pour qu’un nouveau producteur à coût élevé entre dans ce marché. Tablant sur une production d’acier en Chine de 640 Mt en 2010, l’analyste a calculé qu’il faudra extraire localement pas moins de 300 Mt de minerai de fer. Une demande qui requière la mise en production des mines marginales avec un coût supérieur à 120 dollars par tonne cfr de minerai à 62%.

 

 

 

Atteindre le seuil de rentabilité n’est pas suffisant pour ramener les mineurs à la production. Il faut également que la rentabilité de l’extraction du minerai soit supérieure à celle des autres secteurs dans lesquels ils ont pu investir. Utilisant la production de fonte en Chine et le niveau des stocks sur les ports, Lennon estime que l’utilisation apparente de minerai de fer chinois a bondi de 278 Mt en février à 326 Mt en mars. Toutefois, le marché reste tendu en raison d’une demande supérieure aux attentes et d’une baisse sensible des importations. La saison de la mousson en Inde va fortement impacter les exportations de minerai du sous-continent, principalement sur le marché spot.

 

 

 

En 2008, rappelle l’analyste, la production chinoise annualisée de minerai avait atteint le niveau record de 366 Mt. Mais il sera difficile de revenir à ce niveau, de nombreux petits mineurs se sont reconvertis, après les années difficiles, dans le bois, le solaire, voire l’immobilier. Quand aux entreprises minières désireuses d’augmenter leurs capacités d’extraction elles l’ont fait plus par croissance externe que par des investissements organiques. Pour augmenter l’offre, les coûts devront encore s’apprécier considérablement.

 

 

 

Avec des possibilités limitées d’augmentation de la production, le seul moyen d’abaisser le niveau des prix spot est de réduire les besoins des aciéristes, et donc pour ces dernier de diminuer leur production d’acier. Aujourd’hui les marges des aciéristes se sont sensiblement appréciées, estime Lennon. Toutefois le prix spot actuel du minerai de fer, 180 dollar par tonne, ainsi que celui du coke, vont lourdement impacter ces marges. D’autant que la hausse des prix de l’acier ne devrait pas se poursuivre à un tel rythme au-delà du deuxième trimestre. Le resserrement du crédit et les autres mesures prises par les autorités pour refroidir une économie chauffée à blanc pourrait bien induire une correction du marché de l’acier. Toutefois, le niveau de 120 dollars par tonne cfr ne devrait pas être testé avant la fin de l’année, quand les importations par mer feront un retour en force. Même si les aciéries sont obligées de baisser leur production, il faudra cependant que les mines chinoises extraient plus de 300 Mt de minerai, conclut Macquarie.

 

 


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