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La guerre du fer a bien lieu

Le 16 octobre 2014 par Daniel Krajka
* Mots clés :  Mines


Les trois géants du minerai de fer maintiennent leurs programmes de croissance accélérés malgré la chute des prix. Ils estiment pouvoir éliminer leurs concurrents tout en maintenant un niveau élevé de profitabilité par une réduction drastique de leurs coûts de production.


Rio Tinto vient d'annoncer un nouveau record de production de minerai de fer. La compagnie anglo-australienne a produit 76,8 millions de tonnes (Mt) pour le trimestre juillet-septembre, 12% de plus que l'année précédente. En puisant dans ses stocks, Rio a livré 78 Mt, affichant une hausse de 15% sur un an. Ce résultat est en ligne avec les objectifs annoncés de 295 Mt produites et de 300 Mt vendues pour l'année 2014. Ces objectifs pourraient même être dépassés si la météo est favorable, indique Heath R. Jansen dans une note de Citi. 
 
 
La réduction des dépenses d'exploration a été bien appliquée puisque Rio n'y a consacré que 266 millions de dollars, portant ses dépenses pour les trois premiers trimestres de l'année à 566 millions. Un milliard de dollars étaient programmés, mais selon Adrian Wood de Macquarie les dépenses d'exploration pour l'année ne devraient pas dépasser les 740 millions de dollars. Le budget de dépenses d'investissement de Rio, qui avait encore été réduit de 19% à 9 milliards de dollars en août, pourrait encore être diminué. D'autant, rappelle Adrian Wood, que les projets de mine souterraine à Oyu Tolgoi et les nouveaux investissements dans le gisement ferreux de Silvergrass ont été repoussés et que l'intensité capitalistique des investissements dans le Pilbara diminue. 
 
L'infrastructure nécessaire pour réaliser l'objectif de 360 Mt de minerai de fer produites dans le Pilbara (Western Australia) est déjà réalisée à 75%, indique Rio dans un communiqué, précisant que les infrastructures ferroviaires et portuaires sont en place. Face à la multiplication des projets dans le minerai de fer, attirés par la profitabilité du secteur, Rio a décidé de saturer le marché pour préserver ses parts. Face à la baisse des prix du minerai, "réduire notre production aurai juste créé un vide qui aurait été rempli par les autres producteurs et les nouveaux projets", justifiait récemment Andrew Harding, le responsable de la banche minerai de fer de Rio. Le groupe a identifié pas moins de 32 projets susceptibles d'être démarrés si Rio réduit ses volumes. 
 
L'autre géant anglo-australien, BHP Billiton – première compagnie minière mais troisième dans le minerai de fer – a également lancé un programme de développement accéléré. Bénéficiant de riches et vastes gisements dans le Pilbara, BHP compte augmenter de 30% une production qui devrait grimper à 290 Mt d'ici à 2017. Cette croissance devrait s'effectuer avec un minimum de dépenses d'investissements, ce qui lui permettra de faire face à la baisse des prix du minerai grâce à un coût de production unitaire réduit de 25%. 
 
Cette politique d'expansion "n'est en aucun cas dirigée contre des concurrents, elle vise à améliorer les marges et la valeur de ce que nous retirons de nos actifs", a expliqué Jimmy Wilson, qui est en charge de la branche minerai de fer de BHP. Hors coût du fret et paiement des royalties, le coût de la tonne de minerai pour BHP pourrait tomber à 20 dollars. Sam Walsh, pour Rio, annonce des coûts également proches de 20 dollars par tonne. Des chiffres qui semblent justifier la volonté des deux géants alors que malgré une baisse de plus de 40% depuis le début de l'année, le prix du minerai de fer est juste passé sous les 80 dollars. 
 
Au Brésil, Vale, qui dispose de ses propres gisements du Carajas, aussi riches que vastes, ne veut pas être en reste et pour préserver la place de numéro un vise une production de 450 Mt d'ici à 2018. Un objectif qu'il avait déjà décidé en 2007 pour 2012. Mais sa production n'avait pas décollé et avait stagné autour de 300 Mt, faute d'investissements suffisants, alors que le marché du minerai de fer exporté s'appréciait dans le même temps de 60%. Pour réduire des coûts de fret vers la Chine plus élevés en raison de l'éloignement du Brésil, Vale a fait construire une flotte de nouveaux vraquiers capables de transporter 400 000 tonnes de minerai chacun
 
Cette politique de saturation du marché qui conduit à la baisse des prix ne fait pas que des heureux. Il y a d'abord les petites compagnies minières dont la situation financière est catastrophique alors que les grands projets de l'Afrique de l'Ouest sont repoussés sine die. En Chine, les petites mines privées, qui produisent un minerai cher et de mauvaise qualité, ferment également. Mais c'est le Premier ministre de Western Australia, Colin Barnett, qui a exprimé le plus violemment sa critique de la politique des deux compagnies minières. Devant le Parlement il les a menacé en déclarant "souvenez-vous qui est le propriétaire des terres". Il s'est dit étonné par cette politique, menée de concert par les deux compagnies, qui consiste à augmenter l'offre alors que la demande recule et que les prix s'effondrent. 
 
L'Etat de Western Australia a vu ses revenus fiscaux fondre en raison de la chute des prix du minerai. Selon la presse australienne son budget était basé sur un prix de la tonne de minerai de 122,70 dollars, prix ramené à 115 dollars. Cette baisse de revenu lui a fait perdre son triple A décerné par les agences de notation. Il y a quatre ans, le même Barnett avait défendu les compagnies minières face au gouvernement fédéral qui voulait imposer une nouvelle taxe minière. Au niveau fédéral également, les conséquences de la baisse des prix du minerai se font sentir par une baisse des exportations, en valeur, et une réduction estimée à 5 milliards de dollars des revenus de l'Etat.

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