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La fin de l'âge du fer

Le 01 octobre 2014 par Daniel Krajka
* Mots clés :  Mines


La forte progression des prix du minerai de fer s'est achevée sous l'effet combiné de la rapide hausse de l'offre et d'un net ralentissement de la consommation de la sidérurgie chinoise.


Les producteurs de minerai de fer qui souffrent de coûts élevés touchent un "point douloureux" lorsque le prix de la tonne de minerai tombe à 80 dollars, a souligné le directeur exécutif de Vedanta, Tom Albanese, interrogé par Bloomberg Television. L'ancien dirigeant de Rio Tinto précise que si les grandes compagnies, disposant de ressources exploitables à bas coût, affichent encore une profitabilité confortable, celles qui ne pourront faire face à la chute des cours devront fermer. 
 
Des petites compagnies minières australiennes comme Xestern Desert et Sherwin Iron ne disposant que de capacités de quelques millions de tonnes ont déjà dû fermer. Les cours sont tombés depuis le début de l'année de 130 dollars la tonne à moins de 78 dollars, le plus bas depuis cinq ans. La fermeté du dollar australien a renchéri leurs coûts d'extraction. Des sociétés cotées à Londres, comme Belzone, active en Guinée, et London Mining, qui est présent en Sierra Leone, et African Minerals connaissent de graves problèmes de financement qui ont fait dévisser leurs cotations en bourse. 
 
Pendant ce temps, les grandes compagnies minières qui dominent le secteur augmentent leur offre. Le premier producteur mondial, le brésilien Vale, vient de signer un accord avec l'armateur chinois China Merchants Group pour la construction et la mise à disposition d'une dizaine de minéraliers géants (VLOC de 400 000 tonnes) pendant 25 ans. Vale avait signé un autre accord de ce type avec COSCO, un autre armateur chinois. La Chine accepte désormais d'accueillir dans ses ports ces bateaux géants, plusieurs dizaines, qui réduisent fortement le coût de transport entre le Brésil et la Chine. 
 
Les trois grands du secteur – Vale et les deux anglo-australiens Rio Tinto et BHP Billiton – qui ensemble produisaient encore moins de 700 millions de tonnes (Mt) il y a trois ans, devraient largement dépasser les 800 Mt cette année avec un objectif à court terme de plus de 1 milliard de tonnes. Fortescue Minerals, un nouveau venu australien, a triplé sa production en trois ans à 124 Mt en 2013 et vise les 155 Mt cette année. En Australie toujours, Hancock, autre nouveau venu, qui entrera en production l'an prochain, vise les 55 Mt. Anglo American a pratiquement été obligé de tripler le budget d'investissement de son projet brésilien de Minas Rio à 8,2 milliards de dollars pour le faire démarrer, mais avec deux ans de retard. A pleine capacité, il apportera 26,5 Mt supplémentaires au marché. 
 
La fête est bien finie 
 
Avec cet afflux de minerai, le marché ne pourra qu'enregistrer davantage de surplus malgré les fermetures de capacités. "Les producteurs et les investisseurs avaient profité pendant une longue période des tensions sur l'approvisionnement et d'une profitabilité au-dessus de la moyenne", rappelle Christian Lelong, un analyste de Goldman Sachs. Cette période, baptisée "l'Âge du fer" par la banque américaine, s'est close en 2014. Les surinvestissements dans le secteur sont terminés et il s'agit plutôt désormais d'augmenter l'extraction des capacités existantes par une utilisation plus productive. Cette nouvelle période pourrait durer de 5 à 10 ans, estime l'analyste. 
 
 
Dès 2014, les exportations vont dépasser le milliard de tonnes. Mais la Chine, qui en absorbe plus de 70%, va fortement ralentir la croissance de ses achats. La construction immobilière qui consomme environ 30%  de l'acier produit en Chine a sensiblement réduit son activité. Et la croissance exponentielle de la consommation d'acier en Chine touche à sa fin. La consommation d'acier va se stabiliser et le recyclage jouer un plus grand rôle réduisant d'autant les besoins en minerai de fer. 
 
La baisse des prix du minerai n'est pas conjoncturelle mais structurelle, affirme la banque américaine notant que le recul – dépassant déjà les 40% depuis le début de l'année – a été plus brutal que prévu. Dans un marché saturé, les producteurs marginaux ont intérêt à retarder la fermeture des capacités dans le rouge. Il est plus couteux de fermer une mine que de produire à perte. En Chine, les autorités locales font pression pour éviter les fermetures et sont prêtes à accorder des avantages financiers pour soutenir l'activité. 
 
La fermeture des mines qui subissent les coûts d'extraction les plus élevés ne suffira pas à inverser la baisse des prix, affirme Eugene King de Goldman Sachs. Les fermetures qui ont déjà affecté 48 Mt de capacités en 2014 devraient grimper à 110 Mt en 2015 et 75 Mt en 2016. Les petites mines privées chinoises subiront la plus grande part des fermetures. Mais les mines exportatrices des autres pays n'échapperont pas à des arrêts touchant en moyenne 40 Mt en 2015 et 2016. Le marché du minerai de fer pourrait évoluer sur le modèle de celui du charbon métallurgique. Face à la baisse des prix, les grands du secteur ont drastiquement réduit leurs coûts unitaires – une baisse de 47% depuis 2012 pour BHP Billiton – en augmentant leur offre avec les mêmes actifs. Résultat, les prix du charbon à coke ont poursuivi leur baisse. 
 
 
Dans ce contexte, Goldman Sachs a revu en légère baisse ses attentes de prix. La tonne de fines à 62% qui affichait encore une moyenne de prix de 135 dollars en 2013 devrait tomber à 102 dollars en 2014 et à 80 dollars l'année suivante. Les prix ne devraient pas se redresser en 2016 à 79 dollars et en 2017 (78 dollars). Des prévisions en lignes avec celles de Citi, qui table sur une stabilisation à 80 dollars jusqu'en 2018. La forte augmentation de l'offre des plus grandes compagnies minières se fera aux dépends des mines chinoises et de celles des petits pays miniers, ainsi que des aciéries électriques, confirme Citi.

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