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La Chine peine à assurer son autosuffisance en minerai de fer

Le 20 mai 2014 par Daniel Krajka
* Mots clés :  Mines


La baisse des prix du minerai de fer ne va pas favoriser les mines chinoises plus couteuses que les grandes mines australiennes et brésiliennes. Les investissements à l'étranger, destinés à sécuriser l'approvisionnement de la sidérurgie chinoise, peinent à se concrétiser.


La sidérurgie chinoise est toujours le principal facteur de la consommation de minerai de fer. Selon Macquarie, plus des deux tiers du minerai de fer exporté a fini en Chine en 2013. Depuis le début de l'année, 90% de la demande additionnelle s'est dirigée vers la Chine. Sous l'afflux du minerai extrait des nouveaux gisements en Australie et au Brésil, les prix du minerai sont tombés sous les 100 dollars pour la première fois depuis septembre 2012. Une mauvaise nouvelle pour les mines chinoises: 100 millions de tonnes (Mt) de capacités ont des coûts de production égaux ou supérieurs à 100 dollars par tonne et 160 Mt des coûts supérieurs à 90 dollars. 
 
Pour assurer la sécurité de ses approvisionnements, la Chine avait multiplié les investissements et les acquisitions à l'étranger. Un programme de dix ans a été préparé par un responsable d'Angang Steel, Shao Anlin, travaillant pour le ministère de l'Industrie et des technologies de l'information et l'Association chinoise des mines. Ce plan, similaire à un plan datant d'avril 2011, prévoit la consolidation du secteur avec la constitution de compagnies minières géantes capables d'assurer plus de la moitié de la consommation de la sidérurgie chinoise. L'objectif est une production de 1,52 milliard de tonnes de minerai de fer en 2015. Pour soutenir les mineurs chinois une baisse de la fiscalité de 20-22% à moins de 15% est prévue. 
 
Il est prévu également que la Chine devra détenir 40% des mines où elle achète son minerai à l'étranger. Selon les statistiques officielles, la production chinoise de minerai s'est appréciée de 9,9% sur un an en 2013, pour atteindre 1,45 milliard de tonnes. Une progression similaire lui permettrait de réaliser son objectif. Toutefois, note Graeme Train, ces chiffres ne correspondent pas avec la baisse de la part du minerai chinois consommée par la sidérurgie du pays. La production chinoise subit à la fois l'épuisement de ses gisements et l'augmentation de ses coûts d'investissement. 
 
L'objectif de posséder 40% du minerai importé est également irréaliste. Macquarie estimait en 2011 que ce pourcentage ne pourrait dépasser 16%. Selon la banque australienne, les importations de minerai extrait de mines étrangères contrôlées par des intérêts chinois ne devraient atteindre que 74 Mt en 2015, contre 153 Mt attendues par les prévisions de 2011. Malgré les succès des investissements dans Fortescue et African Minerals, le projet Sino Iron est un échec retentissant (http://indices.usinenouvelle.com/materiaux/matieres-premieres-industrielles/les-chinois-paient-leur-minerai-de-fer-australien-au-prix-fort.4922). D'ici à 2020, les importations de minerais contrôlés par des intérêts chinois vont certes doubler, mais elles seront inférieures à 10% du total des achats à l'étranger. Pour améliorer sa position, Baosteel s'est lancé à l'assaut des gisements du Pilbara d'Aquila. Ppour être rentables, ces gisements nécessiteraient un prix moyen du minerai de fer de 102 dollars la tonne, estime Macquarie, sensiblement au-dessus des 90 dollars prévus par la banque. 
 
Derrière ces investissements, aussi massifs que peu rentables, on retrouve la méfiance des autorités chinoises vis-à-vis des grandes compagnies minières accusées de "monopoliser et manipuler" le marché en poussant les prix à la hausse. En augmentant la part du minerai contrôlé par des compagnies chinoises, l'influence des géants miniers internationaux serait réduite. Pourtant, rappelle Graeme Train, les prix ont baissé de moitié depuis leur plus haut et ne semblent pas prêts de regrimper vers de tels sommets. La nouvelle politique économique mise en place devrait également rationaliser la sidérurgie chinoise, et donc participer au rééquilibrage du marché. Déjà les fermetures de capacités obsolètes se multiplient et les investissements dans la sidérurgie ont sensiblement baissé au cours des deux dernières années. 
 
La rentabilité opérationnelle des aciéries devrait donc s'améliorer, mais, pointe l'analyste, cette amélioration risque d'être remise en cause si les sidérurgistes doivent investir dans des gisements miniers peu rentables. Le plan décennal pourrait être remis en cause s'il ne correspond pas au programme de rééquilibrage global de la croissance voulu par les dirigeants de l'Etat. Le développement d'une nouvelle mine de fer par Bengang, un important sidérurgiste du nord-est du pays, a été refusé pour des motifs environnementaux. La Chine ne devrait pas lancer une grande vague d'investissements à l'étranger dans le minerai de fer, estime Graeme Train. Seuls les projets rentables devraient se concrétiser, conclut l'analyste. 
 
Pour maintenir leurs parts de marché, et à un niveau de prix rentables pour eux – 37 dollars la tonne pour Rio, 39 dollars pour BHP – les géants se sont hâtés de saturer le marché en développant à moindre coûts leurs mines déjà en activité. Ils ont ainsi écarté la menace africaine et gagné des parts de marché aux dépends des moins rentables des compagnies chinoises.

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