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Glencore peut-il s'assoir sur le Trône de fer

Le 13 octobre 2014 par Daniel Krajka
* Mots clés :  Mines
Action Drill & Blast, NRW, Western Turner Syncline. Always credit 'csfoto - Christian Sprogoe photographer' when published.
Action Drill & Blast, NRW, Western Turner Syncline. Always credit 'csfoto - Christian Sprogoe photographer' when published.

Rio Tinto a officiellement refusé une offre de fusion avec Glencore. Mais un non n'est pas une réponse valable pour  Ivan Glasenberg, le patron de Glencore.


Il n'y avait pas de fumée sans feu. La direction de Rio Tinto a confirmé qu'en juillet 2014 Glencore avait bien  contacté le numéro deux mondial du minerai de fer pour envisager une fusion éventuelle. Cette opération aurait créé un géant de la mine, des métaux et du trading, capable, avec une capitalisation estimée à 160 milliards de dollars, de concurrencer l'actuel incontesté numéro un, BHP Billiton.  Le 7 octobre, Rio Tinto confirmait dans un communiqué avoir bien été contacté par la firme de Zoug. Après avoir consulté ses conseillers financiers et légaux, le conseil d'administration du groupe anglo-australien rejetait la possibilité d'une fusion, affirmant qu'elle n'était pas dans l'intérêt de ses actionnaires. Selon la loi britannique, Glencore ne pourra donc pas faire de nouvelle proposition avant six mois. 
 
Depuis, affirme Rio, il n'y a plus eu de contact entre les deux groupes. Le président de Rio, Jan du Plessis – celui qui avait été contacté directement par le patron de Glencore, Ivan Glasenberg –, a déclaré que le conseil d'administration estime que "la bonne exécution de la stratégie de Rio Tinto lui permettra d'augmenter significativement le volume de flux de trésorerie disponible à court terme et d'augmenter concrètement les  bénéfices pour les actionnaires". 
 
Les compagnies minières très actives dans le fer ont subi de plein fouet le recul de plus de 40% du prix du minerai de fer depuis le début de l'année. Hors le brésilien Vale et le nouveau venu australien Fortescue Metals, c'est Rio Tinto, dont 90% des profits dérivent de l'intrant de l'acier, qui est le plus menacé. La valeur des actions des trois grands a reflué au rythme de la chute des cours du minerai de fer.  Le peu d'implication de Glencore dans cette activité, qui limitait sa profitabilité durant le cycle haussier, est désormais un avantage. Sa valeur actionnariale s'est fortement appréciée par rapport à celle de ses concurrents.  
 
La valeur boursière de Glencore n'a jamais été aussi proche de celle de Rio Tinto, ce qui lui donne une monnaie d'échange dans le cas d'une "fusion entre égaux", avec échanges d'actions. Ce serait une opération opportuniste, constate dans une note J.P. Morgan Cazenove, estimant que "Rio est sous-évalué". Jugeant une fusion peu réaliste en 2014-2015, les analystes de la banque américaine admettent qu'un rapprochement permettrait à Glencore d'entrer en force dans le minerai de fer et correspond à une "stratégie crédible".  
 
Ce sont les synergies et l'évolution des prix des métaux qui détermineraient en dernière instance les conséquences, positives ou négatives pour la profitabilité, d'une fusion "Glen Tinto" explique Jeff Largey de Macquarie. Dans l'hypothèse d'un échange d'action avec une prime de 20% pour les actionnaires de Rio, une fusion serait créative de 4% pour la période 2015-2017. Si la prime est de 30%, l'opération serait dilutive, mais de seulement 1%. Glencore a l'habitude de tirer un profit maximal de ses acquisitions et, selon la banque australienne pourrait réaliser 3,6 milliards de synergies de cette opération, voire plus. Selon Bernstein Research, la prise en main de la commercialisation du minerai de fer de Rio par les traders de Glencore suffirait pour ajouter 1,7 milliard de dollars aux profits opérationnels du groupe. 
 
Profitabilité et ambition 
 
Depuis la fusion avec Xstrata, Glasenberg fait l'apologie des opérations limitées, aisément profitables, écartant soigneusement toute opération spectaculaire entrainant un saut qualitatif. Quel prix serait prêt à payer Glencore pour réaliser ce type de fusion, s'interroge Largey. Car les actionnaires de Rio ne se contenteront pas d'une prime symbolique. Les actionnaires de Glencore apprécient le fait que leur groupe n'est pas exposé au marché du minerai de fer, actuellement bien déprimé, souligne l'analyste. Pour Ivan Glasenberg le premier actionnaire de Glencore, sa dernière ambition pourrait être de diriger la plus grande compagnie minière et de s'assoir sur le "Trône de fer", même si le minerai est devenu moins rentable.
 
Les autorités de la concurrence en Chine et aux Etats-Unis ne pourront que se mêler à un tel rapprochement. Dans le cuivre, les actifs combinés de Glen Tinto dépasseraient ceux de Codelco et Freeport, le plaçant au premier rang dans le métal rouge. Sur le marché du charbon thermique sa part atteindrait les 15%. Il faudrait également convaincre le chinois Chnalco, premier actionnaire de Rio avec 9% de son capital. 
 
Selon Macquarie, Glencore ne devrait pas disposer, en liquidités et en crédit, de plus de 15 milliards de dollars pour la partie en numéraire d'une fusion avec Rio. Rien ne dit que ce sera suffisant pour séduire les actionnaires de Rio qui devrait recevoir  de 2,5 à 5 milliards de dollars de dividendes en 2015. Une somme qui devrait leur être à nouveau versée au cours des années suivantes. 
 
Outre un prix peut-être décourageant pour Glencore, une fusion pourrait se heurter à un conflit culturel entre les ingénieurs des mines de Rio Tinto et les négociants de Glencore. "L'antagonisme culturel serait massif entre Glencore et Rio et serait un risque majeur pour le succès de l'opération", a mis en garde Peter Mallin-Jones, un analyste de Cannacord Genuity. Une poursuite de la baisse des cours du minerai de fer réduirait la profitabilité de Rio et fragiliserait la position de ses dirigeants. 

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