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La Chine ne peut ignorer la crise américaine

Le 27 octobre 2008 par Rédaction L'Usine Nouvelle

Restée jusqu'ici relativement épargnée par la crise financière mondiale, la Chine a beaucoup à perdre si la récession venait à s'installer.

La semaine dernière, les autorités chinoises estimaient que leur pays était toujours en bonne santé économique, malgré un léger ralentissement de la croissance. Pourtant, elles travaillent actuellement sur différents scénarios destinés à parer tout ralentissement des échanges internationaux, un moteur essentiel de l'essor économique de la Chine.
« Une locomotive ne s'arrête pas d'un coup », précise Glenn Maguire, économiste à la Société générale, au vu du nouvel excédent commercial record enregistré par le pays en septembre. Et si la croissance est tombée au troisième trimestre sous la barre des 10% pour la première fois depuis plusieurs années, elle reste toujours à un niveau enviable.
Néanmoins, le pays est à son tour, confronté aux possibles répercussions d'une récession mondiale. « Je n'ai jamais trop cru à cette idée du découplage, commente Françoise Nicolas, économiste à l'Ifri, Institut français des relations internationales. Regardez dans nos magasins, les économies sont maintenant trop imbriquées. Il y a des signes de ralentissement. Beaucoup de choses s'accumulent dans les ports chinois ; on peine à les écouler. »
Les géants miniers Rio Tinto et BHP Billiton viennent coup sur coup de mettre en garde contre un fléchissement de la demande chinoise en matières premières, et la dégradation des perspectives de demande américaine se fait sentir chez les fabricants chinois de jouets et de textile.
 
Un maillon devenu incontournable
 
La Chine est désormais un rouage si essentiel de l'économie mondiale que la manière dont elle réagira déterminera peut-être l'ampleur et la durée de la récession. Devenu « l'usine du monde », le pays est aussi présenté comme l'Eldorado qui devait compenser la faible croissance structurelle des marchés occidentaux.
« La première chose que la Chine peut faire pour aider le système financier mondial et l'économie, c'est de continuer à se développer rapidement, souligne Jean-Charles Sambor, économiste de TCW, filiale de SGAM (Société Générale Asset Management). Les Chinois sont conscients que l'enjeu n'est pas seulement intérieur - avec à la clé, la relative paix sociale qui règne sur place - mais aussi global, avec un impact important pour toutes les classes d'actifs. »

Pour prévenir ce risque, Pékin a déjà réduit ses taux d'intérêt à deux reprises ces dernières semaines. « Le pays peut également assouplir ses contraintes administratives et relancer l'investissement public. Cela n'empêchera pas la croissance de ralentir encore, mais devrait lui permettre de ne pas chuter en dessous du seuil des 7-8% qui serait une catastrophe pour tout le monde », poursuit-il.
« La Chine est restée insensible à la crise financière. Ce qui me semble plus inquiétant, c'est qu'elle n'est pas du tout à l'abri des turbulences de l'économie [dite] réelle », ajoute Françoise Nicolas. C'est l'un des paradoxes chinois: le pays est l'un des plus ouverts du point de vue du commerce extérieur, mais reste très hermétique à la globalisation de la finance. Le système n'est pas sans faille, comme vient de le démontrer le récent renflouement de la banque agricole Agbank.
Autre paradoxe, la Chine, tentée de jouer un rôle plus actif sur la scène internationale, est restée discrète cet automne alors que le système bancaire américain a manqué de s'effondrer. Le fonds souverain chinois CIC avait certes injecté cinq milliards de dollars dans Morgan Stanley, mais ce coup de pouce remonte à décembre.

« Pékin peut aussi jouer le chevalier blanc en investissant dans les secteurs en détresse aux Etats-Unis ou en Europe, ajoute Jean-Charles Sambor. Mais les fonds souverains des pays émergents se sont avérés étonnamment peu actifs, peut-être parce qu'ils ont perdu beaucoup d'argent sur leurs investissements pendant la première phase de la crise, fin 2007 et début 2008. »
Le bruit court également que Washington tenterait de convaincre la Chine, mais également le Japon et les grands exportateurs de pétrole, d'acheter davantage de bons du trésor américain. « Encore un paradoxe, souligne Jean-Charles Sambor. Si la notation de la dette des États-Unis semble se détériorer, les obligations du Trésor américain restent le seul véritable refuge mondial. Personne n'a véritablement intérêt à voir une crise ébranler le dollar à cause de son impact sur la valorisation des réserves de change, notamment chinoises. La Chine devra donc continuer à financer partiellement le déficit américain. »

La banque d'affaires China International Capital Corp. a plaidé la semaine dernière pour que la Chine achète des obligations du Trésor américain et contribue ainsi au renflouement du système financier des États-Unis. En échange, son économiste en chef, Ha Jiming, estime que Pékin pourrait obtenir un assouplissement des restrictions sur les exportations américaines de produits de haute technologie vers la Chine.
 
Sylvain Dépée (avec Reuters)
 


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