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« Un pays doit avoir une politique agressive pour sécuriser ses approvisionnements »

Le 10 mars 2011 par Daniel Krajka


ENTRETIEN  Entretien avec Jean-Claude Samama, consultant indépendant Mines et Géologie

Le 8 mars, vous avez participé au colloque « Les enjeux des métaux stratégiques : le cas des terres rares », organisé par l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques (OPECST). Pensez-vous que la France bouge suffisamment ?

Tant au niveau du ministère français de l’Industrie que de l’Union européenne, les discours n’ont pas beaucoup évolué depuis une quinzaine d’années. Une nouvelle commission, le Comes (http://indices.usinenouvelle.com/metaux-mineurs/creation-d-un-comite-pour-les-metaux-strategiques.3491) dresse un catalogue de mesures à prendre. C’est complet et intéressant, mais quand il s’agit de relancer l’exploration minière en France métropolitaine, en Guyane et en Nouvelle-Calédonie pour sécuriser un approvisionnement en minerais, je reste perplexe. L’exploration se déroule sur toute la scène mondiale et des pays comme le Kazakhstan et la Mongolie, entre autres, offrent des perspectives de découverte et de mise en production de gisements autrement plus attrayantes et au moins aussi sécurisables. Areva a d’ailleurs montré le chemin dans ce sens pour l’uranium.

En tout état de cause, quand il s’agit de métaux critiques pour lesquels les déficits de l’offre par rapport à la demande se dessinent à trois ou à cinq ans avec des perspectives de crises, voire de pénurie d’approvisionnement, ce n’est pas à travers la prospection qui, en cas de succès, ne contribuerait que dans dix à quinze ans à des approvisionnements miniers, que l’on peut trouver une solution.

Dans le climat d’extrême concurrence sur l’accès à de nombreuses ressources minières, il faut avoir une politique agressive impliquant des stratégies de sécurisation allant du permis de recherche jusqu’à l’achat de gisements ou de prise de participation. L’exemple de la stratégie développée par Rhodia et Lynas dans le domaine des terres rares, tel qu’il a été présenté dans ce colloque, est l’exemple même d’une politique réaliste et efficace qui a anticipé les difficultés d’approvisionnement actuelles.

Le recyclage tel qu’il est invoqué n’est pas plus une solution pour des métaux dont la consommation augmente très fortement, parfois sur un rythme annuel de 10 et même 20 %, mais qui ne seront pas récupérables avant dix ou quinze ans à la fin de vie des équipements qui les contiennent.
 
Quelles stratégies préconisez-vous ? La constitution de stocks ?
Les Japonais ont réagi immédiatement aux risques de pénurie de terres rares, principalement en investissant dans les pays disposant de gisements importants comme l’Inde ou le Vietnam. A l’autre bout de la chaîne, le gouvernement japonais, associé à des entreprises privées, va investir massivement dans la recherche afin de réduire leur consommation de terres rares. Un consortium de sociétés japonaises n’a pas hésité à acquérir au prix fort 10% du capital de CBMM, l’entreprise brésilienne qui assure les deux-tiers de la production mondiale de niobium.

En France, si les risques de difficultés d’approvisionnement à court terme, voire de pénurie, sont bien identifiés, aucune mesure concrète n’a encore été prise par les pouvoirs publics. La constitution de stocks stratégiques bien ciblés n’est même pas envisagée alors que les Japonais, les Sud-Coréens et les Chinois ont déjà constitué de tels stocks stratégiques. Certes, c’est là une stratégie assez difficile à mettre en place, mais au total assez peu coûteuse pour les métaux critiques vu les faibles quantités concernées : stocker 30 tonnes d’indium ne représenterait qu’environ 200 millions de dollars au cours actuel. Autre exemple, le néodyme, indispensable à la fabrication des aimants permanents entrant dans la fabrication de moteurs pour véhicules électriques, représente un marché mondial annuel ne dépassant pas 200 millions de dollars. C’est par cette voie du stockage qu’il serait possible d’assurer les besoins de certaines filières industrielles en France en cas de rupture de la chaîne d’approvisionnement.
 
Alors les acquisitions ?
En effet, l’acquisition de sociétés minières engagées dans les métaux critiques serait une voie idéale sur le court terme. Mais elle achoppe sur la rareté des cibles et leurs prix d’acquisition très élevés. Dans tous les cas, toute intervention implique des budgets facilement mobilisables, une forte réactivité et l’acceptation de la prise de risques.
 
Les petites minières (ou juniors) sont-elles plus réactives et efficaces ?
A travers le monde, les juniors minières, quasi inexistantes en France, ont toujours fait preuve de leur efficacité dans le développement minier. Actuellement, les métaux rares sont pour elles des cibles de prédilection. Dans ce domaine, la concurrence est acharnée, la réactivité un atout majeur et la prise de risque, quotidienne. Dans cet esprit, comme consultant pour le compte d’une junior en développement accéléré, j’ai conseillé de déposer des permis de recherche sur 70 000 km2 recélant des concentrations non conventionnelles de terres rares. C’est une stratégie nécessaire à la fois pour augmenter les chances de découverte et pour bloquer des concurrents éventuels.
 
Où en est la France dans la recherche métallurgique des métaux rares?
Si Rhodia a 50 salariés qui travaillent sur la recherche appliquée des terres rares, au Japon, ils sont 5 000 ! La France ne dispose plus de société métallurgique puissante capable d’assurer une recherche d’envergure. Ni le CNRS, ni l’enseignement supérieur ne sont à même de couvrir les besoins en chercheurs, en équipements et en fonctionnement à la hauteur des enjeux. C’est à l’échelle européenne qu’il faudrait fédérer toutes les capacités de recherche en ce domaine en associant bien entendu les grandes firmes industrielles du secteur.
 
Propos recueillis par Daniel Krajka

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