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"Pour le zinc, le déficit n'est pas la pénurie"

Le 18 juillet 2014 par Daniel Krajka
* Mots clés :  Entretien
Christian Hocquard
Christian Hocquard

ENTRETIEN 

Entretien avec Christian Hocquard, économiste-géologue du BRGM.


Quel est le principal facteur responsable de la hausse des cours du zinc depuis le début de l'année ?
L'évolution du marché du zinc est liée à l’offre et non à la demande. Elle se décline en deux temps. A court terme, le marché déficitaire et la réduction des stocks du LME et du SHFE ont déjà entraîné une hausse du prix du zinc qui s'est apprécié de 12% en 3 mois. Toutefois, à moyen terme, le pipeline de projets reste important et les prix plus élevés vont accélérer l’ouverture de nouvelles mines, ce qui ne pourra qu’entraîner un retour des  surplus.  
 
L'ouverture de nouvelles mines peut-elle compenser les fermetures déjà effectuées ou annoncées ?
La hausse des cours traduit l’anticipation d’un marché du zinc tendu en raison de la multiplication des fermetures, pour cause d'épuisement, d’un nombre important de grandes mines occidentales (Canada, Australie, Irlande, Namibie, Pologne, etc.). A court terme, ces fermetures ne seront pas immédiatement compensées par les expansions de mines existantes (brownfield) ou les mises en exploitation de nouveaux gisements (greenfield). En effet, il faut aujourd’hui prendre en compte les délais de plus en plus longs liés à l’ouverture de nouvelles mines. Des retards qui s'accumulent non seulement en raison des contraintes socio-environnementales croissantes, mais aussi des difficultés actuelles de financement. De plus, lorsqu'une mine démarre, elle est encore loin de produire à sa capacité nominale et sa montée en production (ramp up) prend souvent 6 à 8 mois. Il faut encore ajouter 6 mois pour passer du minerai au métal (concentration, transport, raffinage). 
Pour résumer, la majorité des nouvelles mines actuellement dans le pipeline – jusqu’ici reportées en raison du faible prix du zinc– n'arriveront pas sur le marché avant 2017.
 
Quel rĂ´le joue la Chine ?
La Chine, comme pour la majorité des autres commodités, demeure ici encore la « wild card », tant au niveau de la production minière et de métal raffiné que de la demande. La consommation chinoise – 45%  de la demande mondiale, avec une croissance de 14% en 2013 – devrait être dopée par les récents micro-stimuli (investissements publics dans la construction de logement sociaux et les infrastructures, en particulier les chemins de fer) et le relâchement du crédit à la consommation.  Les impacts de cet ensemble de mesures sont déjà visibles dans les statistiques de juin tant de la production industrielle que du PIB (dont la croissance de 7,5 % pour le second trimestre a dépassé les attentes).     
Enfin, il faut signaler l'importance des stocks de métal non déclaré, entre 0,6 et 1 Mt (« bonded warehouse » à Shanghai »), utilisés massivement en Chine comme garantie collatérale de prêts financiers. Ces stocks expliquent les divergences dans les statistiques entre Wood Mackenzie et l'ILZSG. Cette accumulation de métal présente d’ailleurs un risque potentiel baissier pour le prix du zinc si cet important tonnage accumulé revenait brusquement dans les entrepôts LME.
 
Quelle est la part de l'acier galvanisé dans la consommation de zinc ?
L'acier galvanisé, représente environ 60% de la demande globale de métal gris. Il est principalement utilisé dans la construction automobile, la construction et les infrastructures. Si la croissance de sa consommation est très modérée dans les pays industriels, elle est encore soutenue dans les marchés émergents, en particulier en Chine. 
Il faut souligner la forte reprise de l’automobile aux Etats-Unis et en Europe, et une demande en forte hausse de l’Inde.
 
Comment réagit la production minière chinoise?
La Chine assure actuellement 36% de la production minière de zinc avec pas moins de 850 petites mines et une vingtaine de taille moyenne.  Elle est donc flexible et fortement réactive tant à la hausse qu’à la baisse des cours. 
 
Quelles sont les perspectives du marché du zinc?
Après sept années de surplus, le marché du zinc devrait afficher un déficit structurel d’offre minière pour 2014 et 2015, et, probablement aussi, en 2016. Le prix de la tonne de métal pourrait poursuivre sa hausse vers les 2 400-2 500 dollars l'an prochain. Mais sans risque de pénurie avec un envol des prix (comme pour le nickel en 2007) car le marché du zinc reste liquide et le niveau important des stocks participera à l'équilibre du marché.  
Mais, dès 2017, le marché devrait revenir en surplus. Toutefois, les prix devraient se maintenir à un niveau élevé car les futurs projets concernent l'exploitation de minerais à plus faible teneur, plus difficiles à traiter et situés dans des juridictions plus difficiles, d’où des coûts de production et d’investissements beaucoup plus importants. Ces derniers pourront dépasser le milliard de dollars, alors que précédemment ils se situaient dans une fourchette de 300 à 400 millions. Ces dérives haussières des capex et opex détermineront alors un nouveau prix-plancher plus élevé qui pourrait se situer à un niveau voisin du cours actuel, 2 300 dollars par tonne.

 


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