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"Pas encore de reprise pour les entreprises utilisatrices d'aluminium et d'acier"

Le 08 novembre 2013 par Daniel Krajka
* Mots clés :  Entretien
Jean-Paul Mermet
Jean-Paul Mermet

ENTRETIEN 

Entretien avec Jean-Paul Mermet, président d’AC3A, centrale d’achat et de trading de métaux.


Visible aux Etats-Unis, le rebond de la croissance se profile timidement en Europe. Qu'en est-il en France, dans les domaines que vous suivez?
A l'issue  de plusieurs réunions qui se sont tenues chez des producteurs d'acier, où étaient représentées une quinzaine d'entreprises membres de la CDAF, le sentiment général était modérément optimiste. La demande est encore loin de ce qu'elle était en 2007, mais elle reste correcte dans certains secteurs. Pour le BTP, toutefois, la situation n’est pas bonne. 
 
Les exportations jouent-elles toujours un rôle important pour tirer les entreprises industrielles françaises?
Les résultats des sociétés qui exportent sont bien meilleurs que les résultats de celles qui ne vendent que sur le marché français. Les entreprises de forge et d'estampage ainsi que les fondeurs sont tirées par leurs clients étrangers et la demande allemande. C’est vrai pour l'industrie automobile et également pour la métallurgie et la mécanique. Dans le secteur de la métallurgie, les sociétés sous-traitantes sont également portées par les exportations. Par contre, le marché français est toujours récessif. Les sociétés spécialisées sur des produits spécifiques de niches, avec une forte automatisation s'en sortent mieux. Pour les sous-traitants, le salut est à l'exportation. 
 
L'Europe est-elle la principale destination des exportations?
L'Europe est évidemment importante, en particulier la zone allemande, incluant les pays d'Europe centrale et de l'Est intégrés dans son système industriel, mais la grande exportation, surtout l'Asie, joue également un rôle important. On peut noter un redressement des exportations dans leur ensemble après une chute continue de plusieurs années. Dans notre domaine de la métallurgie, la concurrence espagnole s’accroit en Europe 
 
Le marché automobile est-il moteur?
Dans l'automobile, les constructeurs étrangers et équipementiers offrent des commandes importantes aux entreprises françaises. Les fonderies d’aluminium qui travaillent pour ces clients (pièces destinée à la motorisation, les boites de vitesses et les accessoires périphériques) en Allemagne ont des carnets de commandes très corrects. En France même, si Renault ne s'en sort pas si mal, PSA souffre toujours et conséquemment répercute ses baisses de volumes à ses équipementiers et ses sous-traitants. Si la production pour les nouveaux modèles est dynamique, celle pour les modèles plus anciens est en forte perte de vitesse.  
 
Les entreprises ont-elles amélioré leurs résultats?
La situation n'est certes pas catastrophique au niveau des volumes tant dans l'aluminium que dans l'acier. Le problème est au niveau des prix. Les prix de vente sont en baisse ou stables pour certaines matières, mais pas suffisants pour dégager des marges, alors que les prix des intrants comme les ferrailles, les déchets d'alu et de cuivre demeurent chers et pour certains, raréfiés, comme l’aluminium. Les donneurs d’ordres continuent d’exercer une  forte pression sur les prix, qui fragilisent les fournisseurs. Le dépôt de bilan du producteur allemand d'aluminium secondaire Oetinger (380 000 tonnes de capacité) est l'exemple des risques induits par cette situation qui avait provoqué une forte inquiétude en retour, parmi ses clients.  
 
Comment va la sidérurgie?
Dans la sidérurgie, certain ne sont pas en grande forme. En Espagne, en Italie et plus largement en Europe, la sidérurgie ne gagne pas d’argent. En Italie, dans le domaine des produits longs, l'aciériste Beltrame souffre et son redressement est souhaitable pour l’ensemble des opérateurs. Pour les produits plats, les problèmes de Riva ont certes soutenu les prix en retirant des volumes importants au marché, mais la sidérurgie européenne reste toujours en surcapacité. En 2014, les aciéristes vont tenter des hausses de prix, mais tout dépendra de l'état de la demande. Pour que la situation globale s'améliore, l'Allemagne ne devra pas ralentir. 
 
Les entreprises françaises de transformations sont-elles compétitives?
La crise depuis 2007 a sélectionné les meilleurs, dans la forge, la fonderie. Ceux qui ont survécu aux restructurations peuvent suivre la compétition des marchés et vendre sur les marchés allemands. Leurs équipements et procédés – fours, presse, découpe, traitement thermique… – et leurs machines sont au meilleur niveau, leurs salaires ne sont pas plus élevés et ils paient leurs matières premières un peu moins chères qu'outre Rhin. 
 
Peut-on parler de reprise?
Globalement, le rebond n'est pas assez important encore pour être qualifié de reprise. Les entreprises sont plus concentrées sur la consolidation de leurs résultats. Une reprise serait caractérisée par des embauches et des investissements et ce n'est pas le cas. L'incertitude fiscale et les charges aggravent une atmosphère générale où l'on joue à se faire peur. Le manque de confiance ambiant  ne favorise pas l'investissement et la consommation. 
Espérons qu’il ne s’ajoute pas une reprise à la hausse des taux d’intérêts. En conclusion, il me parait fondamental que les rapports entre les donneurs d’ordre et les fournisseurs entrent enfin dans une phase de collaboration plus constructive basée sur des accords équilibrés.

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