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« Les prévisions de l’USDA paraissent très optimistes. »

Le 14 juin 2012 par Fabien Daireaux
* Mots clés :  Entretien


ENTRETIEN 

 

Entretien avec Christophe Terrain, exploitant dans le Gers, administrateur à la FNSEA, président de l’Association Générale des Producteurs de Maïs (AGPM) et de Maiz’Europ’, organisation fédératrice de la filière française de maïs. 

 

 

L’US Department of Agriculture (USDA) estime dans son rapport  du 12 juin que la production européenne de maïs pour 2012/13 pourrait être supérieure à ces propres prévisions de mai, qu’en pensez-vous ? 

 

Le rapport de l’USDA prévoit une production mondiale en augmentation de 4 Mt dont 1 Mt pour l’Europe et 2 Mt pour la Chine. L’USDA améliore un peu le rendement moyen pour l’Europe avec des surfaces en augmentation de 5 % en maïs grain. Il est encore un peu tôt pour savoir si l’USDA a raison ou tort mais on n’a effectivement peu de craintes majeures sur la récolte en Europe. Il faut préciser que même si la production augmente, l’Europe restera déficitaire. On passera peut-être de 6 Mt importées à 5Mt, ce qui est le niveau moyen sur les dix dernières années,  mais on restera déficitaire. Concernant la Chine, on peut se poser la question des chiffres. Sur une production totale d’environ 180 Mt quel sera l’effet d’une augmentation de 2 Mt ? D’autant plus que cette augmentation se base sur les statistiques chinoises dont on sait qu’elles sont pilotées de façon étatique. 

 

En France, les semis sont-ils terminés ?  A-t-on déjà une idée du rendement possible de la récolte française ?

 

Les semis sont terminés en France, avec un peu de retard par rapport à ce qu’on avait connu l’année dernière. Il y a eu une première période de semis précoces avant les pluies importantes du mois d’Avril, puis une reprise des semis après cet épisode pluvieux. Pour ce qui concerne les rendements, il est vraiment trop tôt pour se prononcer, tout va se jouer dans les semaines à venir avec la floraison. FranceAgrimer estime aujourd’hui que 70% des cultures ont un potentiel « bon » à « très bon » mais en tant qu’agriculteur, je reste prudent : la récolte est encore loin !

 

Les surfaces sont en hausse de 80 000 ha, selon les données de l’Agreste, cela fait autour de 6% d’augmentation et ceci correspond à l’augmentation observée ailleurs en Europe. Cela s’explique par une très bonne année dernière en termes de rendements et de prix.  Il n’y a pas vraiment de terres cultivables inutilisées en France, cette augmentation des surfaces se fait donc au détriment d’autres céréales. Il y a eu un progrès génétique plus important sur le maïs : on gagne à peu près 1,3 quintal par hectare et par an depuis plus de vingt ans. Avec en plus, l’effet du gel de Printemps qui a obligé certains agriculteurs à ressemer du maïs ou de l’orge à la place du colza ou du blé, on observe que le maïs se repositionne dans les assolements en France dans des zones où il était historiquement moins présent comme dans le Nord.

 

Le maïs français s’exporte-t’ il bien ? 

 

Nous travaillons actuellement avec Unigrain et Arvalis sur une étude de la compétitivité du maïs français à horizon 2020 qui sortira en septembre. Actuellement, la moitié de la production française est exportée principalement vers nos voisins proches, la péninsule ibérique, l’Europe du Nord et les pays de l’Union européenne, mais aussi  un peu vers le Maghreb.  Nous avons un bon maillage en France d’exploitations et d’entreprises logistiques qui facilite le transport et qui contribue à la compétitivité du maïs français. Nous avons par ailleurs en France des maïs de qualité capables de répondre aux spécificités demandées par les acheteurs. L’alimentation animale représente 80% de la demande mais il y a aussi des débouchés industriels dans l’amidonnerie et la semoulerie, qui ne demande pas les mêmes caractéristiques. Nos concurrents sont les Etats-Unis et l’Argentine, mais aussi  l’Ukraine et la Russie, et, au sein de l’UE, la Hongrie, la Roumanie et bientôt la Serbie. 

 

Les prix sont plutôt à la baisse depuis quelques mois mais restent à des niveaux élevés. Est-ce que cela reflète les fondamentaux du marché ?

 

Il est difficile de prévoir ce que va être le marché dans quelques mois, mais on peut dire que le niveau des prix reflète quand même une certaine tension sur le marché. C’est vrai que les stocks mondiaux ont progressé mais il ne faut pas oublier que la consommation, elle aussi, a fortement progressé. Le ratio stock sur consommation est tombé autour de 16% ce qui est un niveau très faible. Le maïs est la première céréale produite mais aussi la première consommée. C’est surtout la première céréale fourragère mondiale. Or le niveau de vie progresse partout en Asie, en Afrique, en Amérique latine, avec un régime alimentaire qui évolue et une consommation plus riche en protéines carnées. Alors que sur les dix dernières années, 75% de l’augmentation de la demande de maïs était liée aux débouchés industriels et en particulier au développement de la filière éthanol aux Etats-Unis, c’est désormais l’alimentation animale qui redevient le moteur de la croissance.

 

Pensez-vous comme certains analystes  que l’USDA a été trop optimiste en prévoyant une récolte record aux Etats-Unis, alors que le rendement est encore très hypothétique ?

 

Les prévisions de l’USDA paraissent effectivement  très optimistes. Ils tablent en effet sur un rendement de 104 quintaux par hectares qui est un rendement que les Etats-Unis n’ont jamais atteints. Leurs meilleurs rendements se situent plutôt autour de 102 q/ha. Il y a une augmentation historique des surfaces, au niveau du record de 1937, mais celle-ci pousse le maïs à sortir de la Corn Belt hyper productive et à s’installer aujourd’hui  sur des terres à plus faible potentiel. On a du mal à comprendre comment ces nouvelles surfaces vont atteindre, en un an, ce niveau de rendement historique. Le challenge paraît difficile et  les conséquences sur le marché mondial seront à la hauteur de la taille de la production américaine. Sans même parler d’une récolte décevante, si celle-ci est juste dans la moyenne de ces cinq dernières années, soit un rendement de 96,5 q/ha au lieu des 104 prévus par l’USDA, on se retrouve avec une production américaine à 348 Mt au lieu de 376 Mt, soit un déficit de 28 Mt équivalent à presque deux fois la production française !  

 

A plus long terme, pensez-vous que le monde est en capacité de répondre à l’augmentation historique de la demande dans les pays émergents, notamment en Chine ?

 

Selon l’USDA,  on va avoir besoin de 260 Mt supplémentaires par an de céréales dont 60% de maïs. Il va y avoir plus de bouches à nourrir et ce sont des bouches qui vont manger plus de viande.  Du côté de l’offre, il va falloir répondre et la France a un rôle à jouer. Nous avons en France un climat tempéré, avec des sols parmi les meilleurs au monde et une technicité d’agriculteurs élevée donc nous avons la possibilité de produire plus et mieux. Pour augmenter notre capacité de production il y a trois enjeux importants liés avant tout à une volonté politique : la recherche, le stockage de l’eau et l’innovation pour mieux protéger nos cultures. Il y encore en France un déficit sur les outils technologiques pour lutter contre les parasites. Sur la question de la ressource en eau : la France a la chance d’avoir suffisamment d’eau, il faut mieux la gérer en augmentant les capacités de stockage. L’enjeu c’est de réussir à exprimer pleinement le potentiel génétique de chaque maïs sur chaque territoire. Au niveau mondial, le potentiel de production est plutôt situé  en Ukraine et en Russie. 


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